Didier Reynders est l'invité de Matin Première

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Chaque matin, Bertrand Henne reçoit un invité pour évoquer l'actualité. Interview à 7h45 sur La Première.

Ce mardi, nous recevons Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, à propos d'une possible participation belge à l'intervention militaire au Mali.

 

Texte de l'entretien:

GL              : - La Belgique va-t-elle participer d'une manière ou d'une autre à l'intervention militaire française au Mali ?

Pour y répondre, nous recevons ce matin Didier Reynders, Ministre des Affaires Etrangères, Bertrand Henne.

BH             : - Bonjour, Didier Reynders.

DR             : - Bonjour.

BH             : - La France est donc en guerre au Mali contre les rebelles du nord ; est-ce que ce sera bientôt aussi le cas de la Belgique ?

DR             : - Nous allons participer fort probablement à cette opération mais ce n'est pas un élément neuf, depuis le mois de septembre de l'année dernière, il y avait eu un mini-Sommet concernant le Mali aux Nations Unies et j'avais participé à ce mini-Sommet pour la Belgique et nous avions dit que nous participerions à toutes actions qui seraient organisées au départ du Gouvernement malien bien entendu, avec le support des pays de la région, ce qu'on appelle la CDAO, les pays de l'Afrique de l'Ouest et d'Union Africaine. Alors tout cela s'est mis en place très progressivement. On a eu des réunions dans l'Union Européenne et la Belgique était prête avec d'autres dans l'Union Européenne à apporter un soutien logistique d'un côté mais de l'autre aussi, de formation pour l'armée malienne.

BH             : - De formation des troupes ; concernant l'intervention Serval, l'intervention française qui a été décidée assez rapidement, est-ce que vous avez reçu une demande officielle d'aide de la France ?

DR             : - Alors dans le cadre de cette opération, deux choses : d'abord, il y a une Résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui date déjà du 20 décembre, la Résolution 2085 qui permet ce genre d'intervention et qui couvre d'ailleurs ce que nous pourrions faire. Il y a eu une demande qui est arrivée progressivement comme toujours de manière informelle d'abord et puis formelle auprès du Ministre de la Défense hier en fin d'après-midi, vers 18 heures et la demande, c'est de nouveau un soutien logistique. Et d'abord ce que la Belgique pourrait proposer, ce que nous allons débattre ce midi en Conseil des Ministres restreint, avant d'aller au Parlement dans l'après-midi, c'est de mettre à disposition des  C-130, il y en a un qui est déjà dans la région donc qui peut être opérationnel tout de suite. Un deuxième qui pourrait être opérationnel dès le 16 janvier, c'est-à-dire dès demain. Et puis un hélicoptère pour des évacuations médicales qui pourrait lui, être opérationnel à partir du 21 janvier. Dans une première phase, ça va venir en soutien de l'armée française mais les Français ont hier, fait le point devant le Conseil de Sécurité, le but est évidemment de céder le plus vite possible le relais à cette opération internationale qui avait été imaginée et pour laquelle alors, l'Union Européenne pourrait venir en soutien. Nous pourrions d'ailleurs dans ce cadre, continuer à jouer un rôle logistique et de formation.

BH             : - Ces C-130 et cet hélicoptère, ils vont faire quoi ? On a vu que les opérations étaient quand même assez dangereuses ; il y a un mort français dans un hélicoptère, un officier français. Est-ce que ce sera du transport de Paris ou de la métropole en tout cas vers le Mali ou est-ce que ce sera au sein même du pays, au nord, dans les zones de guerre ?

DR             : - Alors, ça peut être les deux ; c'est pour ça qu'on parle de soutien tactique et stratégique, ça peut être aussi à l'intérieur du Mali. D'abord, il faut être très clair, toute participation à des opérations comme celles-là, comporte toujours des risques. On voit bien qu'ici, nous avons choisi dès le début de limiter les risques, en disant très clairement dès qu'on a parlé d'une opération même internationale, que la Belgique viendrait en support comme l'Union Européenne d'ailleurs, le fera, logistique et de formation. Mais un support logistique en ce compris dans le pays, ça comporte toujours un certain nombre de risques. On parle aux alentours de 80 militaires qui seraient nécessaires puisque disons 20 à 25 personnes pour chacune des opérations, pour chacun des équipements mis à disposition de la France, alors dans ce contexte-là, ce qu'il faut maintenant, c'est se dire que la France a agi en urgence en anticipant un peu ce qui se prépare sur la scène internationale. Ca entraîne deux réflexions chez moi. La première, c'est qu'on est encore un peu lent à mettre en route des opérations internationales comme on le voit, avec l'Union Africaine d'une part, l'Union Européenne de l'autre. Donc il a fallu réagir plus vite.

BH             : - C'est la défaite de ces institutions-là aussi ?

DR             : - Je ne dis pas la défaite mais ça doit nous faire réfléchir à la nécessité peut-être de,

BH             : - Oui, d'aller plus vite ?

DR             : - D'aller plus vite et surtout d'avoir des capacités d'intervention, plus rapide en cas de nécessité, sinon, c'est un pays qui doit prendre l'initiative. La deuxième chose, c'est pourquoi la France, il faut rappeler qu'il y a 6.000 Français au Mali. Je voudrais d'ailleurs rappeler aussi que les Belges, il y en a 183, disons, Belges ou ayant-droit, peuvent participer à des opérations consulaires auprès de la Belgique, les Belges sont déjà pris en charge dans des programmes d'évacuation, organisés avec la France, puisque c'est la France qui est principalement sur le terrain. Et donc depuis quelques temps, nous recommandons déjà à nos compatriotes au Mali, de quitter le pays, si leur présence n'est pas indispensable. Et je dirais aujourd'hui, de limiter leurs déplacements, même dans la capitale, ils sont surtout à Bamako parce qu'on ne sait pas ce qu'il peut se passer dans la capitale.

BH             : - Oui, alors 80 hommes sur le terrain, pas de troupes combattantes, vous nous dites,

DR             : - Tout à fait.

BH             : - Beaucoup d'analystes disent ce matin qu'on risque un embourbement, que c'est une opération risquée, qu'on ne sait pas où ça va s'arrêter, en cas d'escalade, d'abord, est-ce que vous mesurez ce risque d'escalade et comment vous le mesurez ?  Et est-ce que, alors, on est peut-être prêt à aller plus loin, un nouvel Afghanistan, on parle beaucoup de ça, ce matin ?

DR             : - Alors on le mesure depuis le début. D'abord, quand on fait la comparaison avec l'Afghanistan, je dirais, le premier point, c'est effectivement le comportement des rebelles dans le nord, souvenez-vous, les destructions d'un certain nombre de sites historiques et un comportement qui fait penser au comportement des Talibans. Donc ça, c'est clair qu'on a un peu cette appréhension même si quand on discute notamment avec nos collègues Algériens qui sont évidemment très concernés dans la région, ils estiment qu'il y a des groupes rebelles différents et on l'a vu ces derniers jours. Les Touaregs semblent changer d'attitude et plutôt rejoindre l'armée malienne contre d'autres forces liées beaucoup plus à des groupes terroristes. Donc il y a cette première comparaison. Mais le deuxième élément, dès le début, du côté belge, nous avons dit deux choses. D'abord nous nous limiterons à une intervention logistique et de formation, donc de soutien et on veut savoir quelle va être la stratégie de sortie. Quand on dit stratégie de sortie, on peut aussi faire la comparaison avec l'Afghanistan, c'est ne pas attendre 10 ans pour se demander quel bilan, on fait. L'idée est donc de céder le relai rapidement non seulement à une force internationale, à une force composée des pays de la région mais aussi aux forces maliennes. C'est pour ça qu'on parle de formation, former un bataillon, je ne suis pas expert mais on l'a vu à d'autres endroits, c'est 6 mois peut-être de formation. Mais là, on peut travailler sur ce thème-là et faire en sorte que l'armée malienne aidée par les armées de la région, puisse reprendre réellement le relai, ne pas attendre comme on l'a fait en Afghanistan, très longtemps, avant de céder le relai aux forces de sécurité afghanes.

BH             : - Penser à la transition et à l'après, on disait ça aussi pour la Libye, on voit que c'est toujours un pays instable, on voit notamment que les éléments du Mali, proviennent de Libye, sont des guérilleros qui venaient de Libye, etc, qu'il y a aussi des armes qui viennent de Libye. Est-ce que, quelque part, ce qui se passe au Mali, ce n'est pas la conséquence aussi de l'intervention occidentale en Libye ?

DR             : - Pour partie, je ne dirais pas nécessairement de la conséquence de l'intervention, c'est la conséquence de la fin d'une dictature de 40 ans en Libye, qui devenait catastrophique pour cette population libyenne et avec une conséquence que l'on a tentée de mettre dans le pays, en place, un système démocratique, avec des élections. Et c'est vrai qu'un certain nombre de mercenaires d'une certaine façon, qui travaillaient pour Kadhafi, sont partis, sont retournés dans leurs territoires d'origine, je pense aux Touaregs. Mais je viens de le dire, les Touaregs justement semblent aujourd'hui reprendre une autre démarche et se mettre du côté du Gouvernement malien. Alors on peut quand même agir dans la matière, je voudrais dire deux choses sur le sujet. L'une, c'est ce problème des armes qui circulent beaucoup dans la région, ça n'est pas neuf. Il y a toujours eu énormément d'armes dans la région mais la Belgique, comme d'autres, participent  à des opérations de retrait d'armes notamment ce qu'on appelle les "manpads", ces équipements qui permettent de tirer y compris sur des avions ou sur d'autres, d'autres éléments comme des hélicoptères et nous participons avec des Américains, avec d'autres à des retraits d'armes. Mais le deuxième élément, je sais qu'on fait tout le temps la remarque de dire, mais enfin en Libye, quelle est la situation d'instabilité aujourd'hui. Je pourrais dire, 2 ans après le départ de Ben Ali en Tunisie, quelle est la situation en Tunisie ?On pourrait parler de l'Egypte. Je crois qu'il faut aussi se mettre en tête qu'il y a peut-être un rêve européen de croire qu'il y a une révolution au printemps, des élections en été et qu'en automne, tout est en ordre.

BH             : - Il faut être patient, c'est ce que vous dites ?

DR             : - Il faut un minimum de patience, il faut être très vigilant parce qu'on voit quels sont les courants qui peuvent se mettre en place.  Mais je crains que ce qu'on a appelé "le printemps arabe", d'abord, c'est une situation très différente de pays à pays et cela prendra du temps pour stabiliser la situation dans ces pays mais nous devons être vigilants pour continuer à mettre en place, un ordre démocratique.

BH             : - Rapidement, certains éditorialistes notamment Algériens, disent que c'est le retour du néo-colonialisme français. Vous n'avez pas l'impression de participer au retour de la France-Afrique ?

DR             : - On peut évidemment toujours réfléchir comme cela, mais vous savez, si nos compatriotes étaient en  difficultés dans un quelconque pays africain, je crois que nous serions aussi tenus à un moment donné, d'intervenir. Je le répète, il y a 6.000 Français au Mali, ça me paraît assez normal qu'il y ait une volonté de protéger cette population et surtout de céder le relai. Et le discours hier des Français au Conseil de Sécurité, était très clair, la demande, c'est que le Gouvernement malien et les forces régionales, Union Africaine, CDAO, prennent le plus rapidement le relai. C'est ça, l'objectif. Malheureusement, ça n'a pas pu se faire dans des délais raisonnables, je le disais, on en parle depuis le mois de septembre. Mais les Français souhaitent céder le relai le plus rapidement possible.

BH             : - Alors il n'y aura pas d'accord interprofessionnel, Didier Reynders,

DR             : - Non.

BH             : - On l'a appris, les syndicats estiment qu'il n'y a pas de marge pour négocier, ça veut dire quoi, que le Gouvernement va devoir prendre ses responsabilités, décider en matière de flexibilité ?

DR             : - Oui, c'est un peu regrettable parce que ça fait longtemps que l'on sait qu'il n'y aura pas de marge et que l'on a annoncé la couleur, qu'il n'y aurait effectivement pas de capacité d'aller au-delà, je le rappelle quand même, de l'indexation et des évolutions barémiques. Il y a plusieurs pays autour de nous, où beaucoup de salariés aimeraient bénéficier de l'indexation et des évolutions barémiques. Mais bon, c'est un choix, la FGTB l'a annoncé hier. J'espère simplement que les partenaires sociaux vont au moins tenter de se mettre d'accord sur certains aspects qui permettront peut-être de progresser, il y a une enveloppe bien être qui doit être affectée. Donc j'espère qu'on recevra un ensemble de propositions sur le projet. Et puis, il y a des travaux de fond sur lesquels, il faut encore avancer, je pense à l'harmonisation des statuts notamment entre employés et ouvriers, mais voilà, je regrette cette situation. Mais le Gouvernement prendra évidemment ses responsabilités.

BH             : - Merci, Didier Reynders, d'avoir été notre invité ce matin.

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