Devenez virtuellement immortel

Devenez virtuellement immortel
Devenez virtuellement immortel - © Pixabay

"Who wants to live forever?” Eternime est une start-up qui propose de préserver pour l’éternité nos pensées, nos histoires et nos souvenirs les plus importants. Pourquoi ? Parce que nous mourrons tous et que, bientôt, nous disparaîtrons des mémoires. Et cela, nous pouvons l’éviter en devenant virtuellement immortel ! Gilles Quoistiaux nous explique comment.
 

Contrairement aux super héros de la série The Umbrella Academy, qui sont capables de communiquer avec les morts, nous n’avons pas de super pouvoirs. Mais nous avons des outils numériques qui nous permettent de maintenir un lien virtuel avec nos proches décédés !

Debra Bassett est une sociologue britannique de l’Université de Warwick. Elle explique sur le site The Conversation qu’elle a étudié ces nouvelles formes de communication avec l’au-delà. Pour certaines personnes, c’est une nouvelle manière de faire son deuil, dans l’espace numérique.


Les traces numériques de nos disparus

Debra Bassett a suivi pendant plusieurs années une vingtaine de personnes qui ont perdu un proche. Elle a étudié leur manière d’exprimer ou de faire leur deuil en ligne. Elle s’est vite rendu compte que la plupart des gens cherchent à retrouver et conserver des traces numériques de leurs proches.

De notre vivant, nous avons tous une existence numérique. Nous publions des posts sur Facebook, des photos sur Instagram, nous envoyons des messages, des vidéos sur WhatsApp ou d’autres applications.

A notre mort, toutes ces traces numériques restent accessibles à nos proches. Et c’est devenu un réflexe pour beaucoup d’entre nous. Quand quelqu’un décède dans notre entourage, nous cherchons à retrouver ces messages, ces photos, ces vidéos, qui nous évoquent des souvenirs.


Se souvenir des petites choses

Tout le monde ne réagit pas de la même façon au décès d’un proche, c'est ce qu’a remarqué la sociologue Debra Bassett. Certaines personnes qu’elle a suivies dans le cadre de son étude ont trouvé un réel réconfort dans ces traces numériques.

Certains relisent de nombreuses fois des messages WhatsApp très courts qui paraissent anodins, mais qui parlent finalement de la vie de tous les jours, du genre " je suis devant chez toi " ou " je pense à toi " ou " je te rappelle plus tard ".

Une certaine Sarah explique qu’elle se rend souvent sur le profil Linkedin de sa tante décédée. Sa tante n’avait pas mis de photo sur ce profil, il y a donc une sorte d’ombre grise au-dessus de son nom et Sarah trouve cela poignant.


La peur d'une deuxième perte

Mais d’autres au contraire ont développé une nouvelle forme d’angoisse au contact de ces souvenirs numériques. Ils ont développé ce que la sociologue appelle 'la peur d’une deuxième perte', c’est-à-dire la peur de perdre le proche décédé, une deuxième fois.

C’est en fait la peur de perdre les données numériques des proches décédés. Emma par exemple a perdu son meilleur ami. Elle avait pris l’habitude de retourner sur son profil Facebook pour regarder des publications, des photos, des vidéos. Mais un jour, le profil a disparu et elle a ressenti ce sentiment de perdre son ami une deuxième fois.

On estime que 8.000 utilisateurs de Facebook meurent chaque jour. Facebook propose des fonctionnalités permettant aux proches d’une personne de supprimer sa page ou de la transformer en une sorte de lieu de commémoration.

Mais les amis n’ont évidemment rien à dire dans ce processus qui est réservé aux familles. C’est donc ce qu’a vécu Emma avec la disparition du profil Facebook de son meilleur ami.

Beaucoup d’entre nous craignent de voir disparaître ces données, ces traces numériques des proches décédés. Plusieurs personnes interrogées par la sociologue lui ont confié qu’elles n’osaient pas changer de téléphone ou mettre à jour leurs applications. Elles ont peur de perdre ce contact virtuel, elles craignent de ne plus être capables de poursuivre leur deuil numérique.


Un filon bien exploité

Résultat : des sociétés ont évidemment repéré un filon à exploiter et des services sont apparus pour aider les internautes à faire leur deuil en ligne. Certaines sociétés proposent simplement des outils pour conserver les données, les messages, les photos, les publications Facebook, dans un lieu unique et sécurisé.

La société Everdays va un petit peu plus loin, elle se présente comme 'le Facebook de la mort'. Elle connecte les personnes en deuil, elle leur permet de publier des messages de condoléances, de faire des dons à la famille et à des associations ou de recevoir des rappels aux dates anniversaires.


Communiquer avec les morts 

Certaines entreprises proposent même des outils permettant de communiquer avec les morts. On ne va pas directement communiquer avec un fantôme, mais avec un avatar, une sorte de double numérique qui prend l’apparence de la personne décédée avec laquelle on veut rester en contact.

Là on est vraiment proche d’un épisode de la série Black Mirror qui s’appelle Be Right Back. Dans cet épisode, une femme perd son compagnon dans un accident de voiture et elle le ressuscite sous forme d’un robot humanoïde qui a été nourri par toutes les conversations numériques, tous les messages, toutes les photos, toutes les vidéos, que sa femme a conservés sur son smartphone et sur son ordinateur.

C’est exactement le service que propose la société Eternime. Quand on arrive sur son site Internet, les choses sont assez claires, elle vous propose de devenir 'virtuellement immortel'. Vous lui fournissez des messages, des photos, des vidéos, et Eternime vous envoie l’avatar de votre proche décédé. Vous allez ensuite pouvoir lui parler et interagir avec lui ou avec elle quand vous voulez.

D’après la société, plus de 43.000 personnes utilisent déjà ses services. Plus de 43.000 personnes ont donc déjà accédé à l’immortalité virtuelle...

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK