Deux livres qui rendent hommage au roman policier

Deux sorties littéraires qui célèbrent le genre du roman policier
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Deux sorties littéraires qui célèbrent le genre du roman policier - © Pixabay

En cette année des 30 ans de la mort de Simenon, le roman policier est à l’honneur dans Le Mug, à l’occasion de la sortie de Maigret, docteur ès crimes (Ed. Les Impressions Nouvelles) de Jean-Baptiste Baronian et du Detection Club (Ed. Delcourt) de Jean Harambat. Le point commun des deux auteurs : revenir à l’histoire et au principe du genre du roman policier.

C’est Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe, publié autour des années 1840 aux Etats-Unis, qui est considéré comme le tout premier roman policier. Ce texte jette les bases du roman de détection, à savoir une enquête au cours de laquelle un inspecteur ou un simple limier cherche à relever des faits, des circonstances, des détails, qu’il étudie à la loupe pour découvrir les circonstances exactes et l’auteur d’un crime.

Mais le véritable créateur du récit de détection est bien sûr Arthur Conan Doyle, avec son personnage de Sherlock Holmes.

Le Detection Club

La bande dessinée Detection Club raconte l’histoire d’une réunion des plus grands auteurs britanniques de l’âge d’or du roman policier : Agatha Christie, G. K. Chesterton… Pour que l’hommage soit complet, un meurtre se produit et ils doivent le résoudre.

Jean Harambat reprend les règles du roman policier, établies par Monseigneur Knox, homme d’Église et romancier policier, spécialiste des études holmésiennes. Il avait établi de façon un peu ironique un Décalogue des dix règles d’or du roman policier à respecter, parmi lesquels le meurtre en chambre close, ou l’interdiction d’avoir recours à un personnage chinois…

Le Detection Club a réellement existé, confirme Jean Harambat : on est dans l’héritage d’Edgar Allan Poe, presque dans un jeu de société où le lecteur doit trouver les indices. C’est un jeu intellectuel. Et tous ces écrivains, bien qu’ils établissent des règles, font des entorses légères de façon à surprendre le lecteur, à le séduire, à l’amener vers une évocation policière mais aussi poétique.

Conan Doyle devait être le premier président de ce club un peu secret, fermé, mais il meurt en 1930. Chesterton en est le président, puis ce sera le tour d’Agatha Christie. Et ce club existe toujours aujourd’hui, même s’il n’a plus l’importance des années 30.

Detection Club est un hommage à ces auteurs de romans policiers :

  • À la dimension métaphysique de Simenon et de Chesterton, ainsi qu’à la modernité de ce dernier.
  • À Dorothy Sayers qui est d’une modernité sur le féminisme inouïe, avec un discours très subtil sur le masculin et le féminin.
  • À Agatha Christie, la duchesse du crime qui, mystérieusement, rencontre toujours un énorme succès.

Mathématiques ou métaphysique ?

Pour les deux pères fondateurs du genre, Edgar Allan Poe et Arthur Conan Doyle, l’intrigue policière se construit comme des mathématiques, avec une ingéniosité cartésienne. Mais G. K. Chesterton, vers 1910, transforme son enquêteur, le prêtre catholique le Père Brown, en une sorte de métaphysicien. Le crime est une atteinte à l’ordre mondial, à l’ordre divin. C’est une transgression métaphysique.

Très tôt, on est dans une sorte d’idéalité dans le roman policier. Les éléments de type mathématiques, abstraits ou concrets, ne se retrouvent plus dans les romans de Chesterton.

Et encore moins chez Simenon ! Son personnage de Maigret est un commissaire de police qui s’intéresse davantage au criminel qu’au crime. Il faut d’abord comprendre le criminel pour comprendre le crime. Comme chez Chesterton, ce qui compte chez Maigret, c’est la vie, c’est l’exploration de l’âme humaine.

C’est cela qui distingue la plupart des récits de détection anglo-saxons – Agatha Christie, Dorothy Sayers…- de Simenon qui est le premier à mettre en scène un homme comme tout le monde. C’est par l’intuition, par l’instinct que Maigret parvient à trouver le coupable.

 


Les phénomènes Agatha Christie et Georges Simenon

Agatha Christie traverse les modes, les écoles, les goûts. Elle est constamment rééditée. C’est la reine du crime, mais aussi du crime artificiel, hautement improbable, explique Jean-Baptiste Baronian.

Elle est l’anti-Simenon, comme le montre bien Les Dix Petits Nègres. C’est un jeu sophistiqué dans lequel le lecteur doit intervenir comme complice. S’il ne joue pas le jeu, il ne peut pas admettre le roman d’Agatha Christie, qui est totalement artificiel et ludique.

Au contraire, "Maigret est fascinant parce qu’il est un homme comme les autres, il passe son temps à boire, à fumer, à flâner. Il manifeste une forme de tendresse, d’empathie envers les gens. Il n’est pas le personnage omniscient qu’on présente souvent dans les films. […] C’est mon frère, c’est mon père, c’est mon copain, il y a ça que j’aime énormément chez lui. C’est un homme comme un autre.

Si tout cela tient la route, c’est parce que Simenon est un génie du roman. En trois lignes, il pose un décor, on sent le froid, on sent le chaud. Une grande part du succès de Simenon tient à sa valeur littéraire. Il y a une magie littéraire, une juste adéquation entre ce qu’il dit et la façon dont il le dit et c’est cela qui fait qu’il est aujourd’hui un auteur très moderne", affirme Jean-Baptiste Baronian.

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