Deux jeunes Indiens veulent nettoyer le Gange

Dans un pays où la pollution de l’air et de l’eau est un enjeu capital pour la population, deux jeunes entrepreneurs se sont lancé le défi de nettoyer le fleuve le plus sacré: le Gange. Et pas n’importe comment...

L’Inde est un pays qui peut donner le tournis. Tout d’abord, par sa taille : sa surface équivaut à 107 fois celle de la Belgique ! Puis, par son nombre d’habitants: ils sont 1 milliard 350 millions de personnes, c’est presque autant que la Chine (1,4 milliard) mais surtout la moitié des Indiens ont moins de 25 ans. Cela fait quand même presque 700 millions de personnes… Pour rappel, l’Union Européenne compte 500 millions d’habitants, tous âges confondus.

Parmi ces 700 millions de jeunes Indiens, il y en a donc deux qui ont décidé de s’attaquer à l’un des plus gros enjeux sociétaux du pays: la pollution. Ils s’appellent Ankit et Karan, et ils ont focalisé leur plan d’attaque sur la pollution de la rivière la plus sacrée de l’Inde: le Gange.

Des tonnes de fleurs fanées qui polluent

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La pollution des fleuves est l'un des enjeux environnementaux majeurs en Inde. © Tous droits réservés

Direction Kanpur, une ville de 3 millions d’habitants située dans le nord-est du pays. C’est là que tout a commencé: "En janvier 2015, un ami tchèque m’a rendu visite, je lui a fait découvrir les rives du Gange lors d’une fête appelée Makar Sankranti, se souvient Ankit, et nous y sommes restés environ une heure, pendant laquelle plus de 100 personnes sont venues se baigner dans le Gange. En voyant ça, on s’est dit : ''l’eau du fleuve est tellement polluée, et pourtant les gens s’y baignent et en boivent’’. On a commencé à parler des différentes causes de la pollution du Gange, et il m’a dit "pourquoi tu ne fais rien ?". Et je lui ai répondu : ''Mon ami, on est en Inde, ça c’est le Gange, et je pense qu’on ne pourra jamais rien y faire’’.

Ils ont également remarqué que de nombreuses personnes venaient jeter dans la rivière les fleurs utilisées dans les temples… il y avait même un petit camion qui venait larguer des tonnes de fleurs fanées et autres déchets ramassés dans les temples, directement dans le Gange ! Ankit s’est donc dit que même s’il ne pouvait pas agir sur la pollution industrielle, il pouvait peut-être faire quelque chose avec toutes ces fleurs. "Alors j’en ai parlé à mon ami d’enfance Karan, qui travaille dans les temples, et au bout de 7 mois de recherches, nous avons développé notre premier produit : du compost.’’

Un modèle économique circulaire...

A la base, une fleur, c’est plutôt biodégradable. Par contre, les pesticides dont sont recouverts ses pétales, eux, ne le sont pas ! Et il s’agit là d’une source vraiment non négligeable de pollution, puisque les très nombreux temples des villes qui longent la rivière sacrée y balancent chaque jour des dizaines de tonnes de fleurs fanées et autres déchets végétaux.

D’où l’idée de récupérer ces fleurs avant qu’elles ne finissent dans le Gange, afin de les nettoyer de leurs pesticides et de les transformer. Au départ, Ankit et Karan les transformaient en compost, puis ils ont eu l’idée de valoriser les essences parfumées des fleurs en transformant les pétales en bâtons d’encens mais aussi en huiles essentielles utilisées dans la fabrication de savons. Fallait y penser !

L’aventure de l’association "Help Us Green" a débuté en 2015. A l’époque, Ankit et Karan ne récoltaient que quelques kilos de fleurs par jour… aujourd’hui, ils en sont à plusieurs tonnes, chaque jour ! Du coup, ils ont dû se montrer créatifs pour la valoriser entièrement, parce qu’ils savaient bien qu’ils n’auraient pas réussi à écouler des tonnes de bâtons d’encens évidemment. Alors ils ont eu l’idée de fabriquer un matériau semblable au carton, qu’on peut utiliser à l’intérieur des emballages pour amortir les chocs. Comme ces cales en carton qui maintiennent en place le grille-pain que vous venez d’acheter sur Internet… c’est cela qu’ils font avec les fleurs fanées.

... avec un grand impact social

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Deux jeunes indiens veulent nettoyer le Gange © Tous droits réservés

L’autre grand pilier de l’initiative "Help Us Green’", c’est la dimension sociale. "Notre projet emploie 73 femmes à temps plein, précise Ankit. Nous leur fournissons les meilleurs outils possibles, et aussi une assurance, une couverture santé et même un bus pour faire la navette entre leurs domiciles et l’usine." Cerise sur le gâteau : ces femmes gagnent en moyenne six fois le salaire de leur mari, de quoi faire basculer les équilibres dans les ménages, dans une société indienne encore très patriarcale. "C’est vraiment de l’économie circulaire : on utilise le flux de déchets provenant des temples, on les revalorise, on crée de l’emploi et on génère du profit. C’est un modèle où tout le monde est gagnant.’’

Ankit et Karan sont fiers, et ils peuvent l’être. Leur initiative est tellement porteuse de sens qu’elle a été choisie pour être présentée à l’Assemblée Générale des Nations Unies qui se tient actuellement à New York.

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