Condition noire & Design social

llll
11 images
llll - © libre de droits

Ce samedi 6 juin 2020,les invités de Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) dans LES ECLAIREURS sont Jonathan Collin, Docteur en Anthropologie, Chercheur et Chargé de cours en Sciences sociales à la Haute Ecole Léonard de Vinci, Responsable du laboratoire " Education, Migration et Interculturalité " et auteur d’une thèse sur la condition noire des jeunes afro-descendants, sous le titre " Bande à part ou Quête d’appartenance "  & Doris Michel, photographe et graphiste, auteure d’une recherche sur la pratique artistique en prison (menée avec des détenues de Lantin). Ce mémoire de Master en Communication visuelle et graphique -Design social et numérique à l’ESA (École supérieure des Arts - Saint-Luc, Liège) fut nominé aux Hera Awards 2020.

DIFFUSION : samedi 6 juin 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 7 juin 2020 à 23h10’

 

Jonathan Collin

Jonathan Collin est Docteur en Anthropologie, Chercheur et Chargé de cours en Sciences sociales à la Haute Ecole Léonard de Vinci.  Il est aussi Responsable du laboratoire "Education, Migrations et Interculturalité", associé au Département Educateur spécialisé en activités socio-sportives. Jonathan Collin intervient également dans le cadre du Master en Ingénierie et Action Sociales, une co-diplomation de la Haute Ecole Louvain en Hainaut et de l'HENALLUX.

Titulaire d'une licence en Criminologie et d'un master en Sociologie et Anthropologie, Jonathan Collin a soutenu en mai 2019 une thèse de doctorat en Anthropologie à l'Université de Liège portant sur la condition des jeunes Afro-descendants dans la région urbaine de Liège. Sa thèse s’intitule : " Bande à part ou quête d’appartenance ? Une anthropologie de la condition des jeunes Noirs à Liège. ".  Dans cette recherche, il réalise une contextualisation socio-historique de la présence africaine subsaharienne en Belgique et développe une discussion portant sur la notion de " condition noire ". Les matériaux recueillis sont analysés selon une approche interactionniste, dans la lignée notamment des travaux d’Erving Goffman. Cette approche théorique se prête particulièrement bien à l’analyse des relations interethniques via une meilleure compréhension des processus de socialisation, construction et reconnaissance identitaire qui s’y jouent. En plus de constater la présence de discriminations, cette analyse a permis à Jonathan Collin de mettre en évidence l’existence d’un second phénomène, considéré comme distinct du premier : celui des interactions ethno-raciales difficiles en face à face.

Jonathan Collin a étudié ce phénomène en se penchant sur l’important travail de figuration réalisé par les individus noirs dans le cadre de telles interactions, de même que sur les adaptations produites au quotidien pour préserver la civilité dans les contacts et les rencontres mixtes.

Il examine plus particulièrement deux ressources mobilisées par de jeunes afro-descendants pour tenter de faire face, à plus long terme, aux difficultés interactionnelles : d’une part, le recours aux bandes qui,  par la crainte qu’elles suscitent chez autrui et le repli qu’elles permettent dans un entre-soi protecteur, leur permettent de développer un sentiment de respect personnel et de " reconnaissance interactionnelle " ; d’autre part, leur investissement dans des mouvements culturels ou sportifs tels que le krump, une danse urbaine, leur permettant le déploiement d’une " citoyenneté interactionnelle "- c’est-à-dire d’une inclusion plus importante dans la société grâce à une reconnaissance sociale plus large de leur identité culturelle. Par l’analyse de ces deux stratégies, Jonathan Collin montre comment ces jeunes afro-descendants sont sans cesse tiraillés entre le désir de faire bande à part - pour éviter les interactions ethnoraciales difficiles - et la volonté de s’inscrire dans la société, au sens large.

Dès lors, cette recherche apporte un éclairage scientifique sur des phénomènes, récemment médiatisés, mettant en jeu ce concept de " condition noire ". A titre d’exemple, rappelons les propos à connotation raciste d’un contrôleur de train IZY qui, s’adressant à une passagère dont l’adolescent qui l’accompagnait voyageait avec un titre de transport non adapté, avait déclaré " On n’est pas sur le marché à Kinshasa ". Une interaction filmée par une autre passagère choquée par la violence symbolique des propos tenus.

 

Consultez à ce propos la vidéo et l’article RTBF (2 janvier 2020).

 

Un livre tiré de la thèse de Jonathan Collin est en préparation et sera publié aux Presses universitaires François-Rabelais.

 

Cliquez ici pour visionner le teaser du documentaire "Pourquoi nous détestent-ils, nous les Noirs ?" qui fait écho à la thèse de Jonathan Collin.

 

Outre l'examen de la thématique de l'interculturalité en Belgique, Jonathan Collin développe aussi un travail de recherche portant sur les processus de collaboration interdisciplinaire dans le secteur du non-marchand, dans l'Unité Collaboration Interdisciplinaire de la Haute Ecole Léonard de Vinci.

 

Enfin soulignons que, dans le cadre de ses activités d'enseignant-chercheur en Haute Ecole, Jonathan Collin est correspondant du Groupe de Travail 15 "Analyse qualitative interdisciplinaire" de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française. Il est aussi Administrateur et Chargé de la communication de l'Association Belge Francophone de Sociologie et d'Anthropologie. Il fut également co-président de l'Association Liégeoise de Criminologie pendant cinq ans.  

 

Jonathan Collin a co-dirigé récemment un numéro thématique de la revue Les Politiques Sociales intitulé "La mécanique de la recherche qualitative appliquée"

Doris Michel

Doris Michel est photographe et graphiste. Elle travaille actuellement comme graphiste-chargée de communication à l’ASBL Hypothèse à Liège.

 

Elle est titulaire d’un Bachelier en photographie et d’un Master en Communication visuelle et graphique, option " Design social et numérique " à l’ESA (École supérieure des Arts - Saint-Luc, Liège).

Dans le cadre de ce Master, elle a finalisé en septembre 2019 un mémoire intitulé " Captives. Comment l’imagination et la créativité peuvent favoriser le processus de réinsertion post-carcérale des femmes en Belgique ?" ; un mémoire pour lequel elle a été nominée aux HERA Awards 2020 de la Fondation pour les générations futures dans la catégorie " Sustainable Design ".

Cette recherche repose sur un pari : l’art peut constituer une piste, parmi d’autres, pour la réinsertion socio-professionnelle d’ancien·ne·s détenu·e·s.

Pour cette recherche, elle a réalisé un état des lieux détaillé du système pénitentiaire belge, du processus de réinsertion post-carcérale et de la pratique artistique en prison.

Doris a ensuite organisé, pendant un mois, trois ateliers graphiques (collage, collage et dessin, édition) avec cinq détenues de la prison de Lantin. Objectif : renforcer leur confiance en soi et de les aider à se projeter dans la vie, après la prison.

Sur le plan méthodologique, Doris Michel s’est inspirée des méthodes d’innovation sociale comme le design social, soit un ensemble d’approches et d’outils élaborés en cocréation avec le public concerné et destinés à faire émerger de nouvelles formes de citoyenneté. Cette méthodologie spécifique peut également s’appliquer dans les établissements pénitentiaires masculins ou de type Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ).

 

Le travail de Doris est une création d’outils, et d’ateliers graphiques et artistiques orientés vers la réinsertion post-carcérale. Il est orienté sous trois axes : aider, partager et sensibiliser.

Pour la vidéo HERA Awards sur le mémoire de Doris Michel, cliquez ici :

Pour en savoir davantage sur les ateliers menés par Doris Michel en milieu carcéral, cliquez ici.

 

Consultez au format PDF son mémoire " Captives ".

Actuellement, en parallèle de son activité de graphiste, Doris Michel termine les cours d’agrégation en enseignement secondaire supérieur en " Arts visuels, plastiques et de l’espace " avec comme objectif l'enseignement carcéral.  Par ailleurs, elle s’investit dans le collectif " Les Gaphistes " qu’elle a cocréé avec des camarades du Master en Communication visuelle et graphique à l’ESA. L’action de ce collectif s’éloigne du milieu carcéral mais sa démarche reste dans une logique humaine de design thinking, la dimension collaborative étant primordiale.

Doris Michel participera le jeudi 18 juin 2020 à 10h à un webinar sur le design thinking. Pour s’inscrire, cliquez ici.