Des influenceuses virtuelles qui se prennent le bec... alors qu'elles n'existent pas

Deux influenceuses, Lil Miquela et Bermuda, sont en conflit ouvert sur Instagram. Leur particularité, c'est qu'elles n'existent pas puisqu'elles sont entièrement virtuelles. Comment est-ce possible ?

Les influenceuses sont des personnes qui utilisent leur notoriété pour faire la promotion de marques. Lil Miquela, chanteuse en plus d'être influenceuse, s'est fait pirater son compte Instagram par Bermuda. La première défend le BlackLivesMatter et les transgenres, tandis que la seconde est plutôt pro-Trump. On comprend donc rapidement le genre de conflit qu'il peut y avoir entre elles deux. 

Mais la particularité de Bermuda et Lil Miquela, c'est qu'elles sont totalement virtuelles : ce sont des avatars créés par des logiciels 3D. Ça ne les empêche évidemment pas d'être actives, de poster des photos et commentaires. Lil Miquela est la plus suivie des deux, avec plus d'un million d'abonnés sur Instagram.

Par qui ces influenceuses sont-elles créées ?

La question de leur concepteur est sans doute la plus secrète puisqu'un vrai mystère est entretenu autour de ces influenceuses. Bermuda, influenceuse pro-Trump, aurait selon certains été créée par Cain Intelligence, une société d'intelligence artificielle qui soutiendrait aussi le président américain. Mais en réalité, cette société n'existe pas. C'est en fait un storytelling qui se cache derrière tout ça et qui a été révélé par le site Buzzfeed, lequel a mené l'enquête. 

La vérité a de quoi surprendre puisque la vraie société, Brud, se cache non seulement derrière Bermuda... mais aussi Lil Miquela. Brud a donc créé de toutes pièces ce conflit ouvert pour faire mousser ses deux influenceuses virtuelles. Et ça a fonctionné puisque Bermuda, la moins connue des deux, a gagné 50.000 abonnés en très peu de temps.

Un vrai business

Selon les informations de TechCrunch, la société Brud aurait levé 6 millions de dollars auprès, notamment, de Sequoia Capital, un fonds d'investissement très connu dans la Silicon Valley. D'autres influenceuses et mannequins virtuels continuent d'apparaitre, comme Shudu Gram qui a déjà 100.000 abonnés. Et l'idée est toujours la même : créer des communautés de fans autour de ces modèles, pour vendre de la publicité. Par exemple, Lil Miquela travaille avec Prada, et Shudu Gram collabore avec une marque de maquillage...

Quel est l'intérêt de développer des avatars pour faire ce boulot ?

"Dupliqué, un influenceur virtuel peut participer à tous les événements en même temps, de Sydney à Paris, et parler toutes les langues grâce à l'intelligence artificielle (IA). Sans compter qu'il ne vieillit pas, ne tombe pas malade et permet un contrôle total par le groupe qui l'anime", explique le patron de l'agence de com Walter Thompson, cité par Le figaro.

Certains, à commencer par les marques elles-mêmes, espèrent sans doute que ces avatars pourront à terme remplacer les influenceuses humaines. Ces marques pourraient développer leur propre avatar et ne plus dépendre de ces influenceuses qu'il faut rémunérer pour leurs posts.

Est-ce qu'un avatar peut avoir autant de succès qu'une "vraie" influenceuse ?

Reconnaissons-le, le succès des influenceuses tient aussi pour beaucoup de leur côté humain. Le risque, c'est que ces comptes ressemblent à des robots et qu'à moyen ou long termes, les abonnés s'en désintéressent. Pour pallier ce problème, les personnes qui sont derrière les influenceuses jouent sur l’ambiguïté "humain/non humain".

Et c'est notamment pour cela que Brud a créée de toutes pièces ce conflit Lil Miquela versus Bermuda. On y voit facilement des scénarios inspirés de la télé réalité, du type Kardashian ou Les Anges de la téléralité. Qu'il s'agisse de téléréalité ou des influenceuses, c'est du storytelling et de la mise en scène dans les deux cas. Et si ça marche pour les Kardashian, ça devrait marcher pour les avatars...

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