Des étés plus longs que d'autres

'Des étés plus longs que d'autres', les accidentés de la route témoignent
'Des étés plus longs que d'autres', les accidentés de la route témoignent - © Lou Camino / Hans Lucas

L'un était footballeur, une autre musicienne, lui revenait d'une soirée arrosée, une autre allait au travail, tôt le matin. L'une se souvient du pantalon qu'elle portait, une autre de l'odeur du bitume. 

Ce documentaire de Laura Tirandaz reprend le fil des souvenirs de ces quatre personnes, avant l'accident, pendant et après. Elles évoquent ce qu'elles ont perdu, ce qu'elles ne pourront plus faire, la manière dont leur vie a été transformée et ce qu'elles ont réalisé depuis. Chacune retrace les perceptions de son corps et l'évolution de ses désirs.

 

Des ateliers d'écriture...

"Durant quelques séances, j'ai animé des ateliers d'écriture dans un centre de ré-éducation, la clinique IRIS de Marcy l’Étoile. J'ai rencontré beaucoup de personnes, parfois très jeunes. Certains devaient tout revoir, leurs choix, leurs projets. Dans ce lieu atypique des IRIS, on dort, on mange, on rêve de ce que l'on fera après, ou même de ce qu'on pourrait être en train de faire si, seulement si, ce n'était pas mal tombé, la chute, le crash, l'accident. Et quand on a du temps libre, on s'occupe, on lit, on a des visites, du courrier, on écrit aussi, on cherche à se livrer. Des trajectoires qui se croisent, des proximités folles sans pour autant être amis, des confidences, et même un peu de drague entre deux béquilles."

 

Et des songes...

"Certains patients restent des jours voire des semaines, allongés, sans pouvoir sortir du lit. La maladie imprime un autre temps à notre quotidien, elle ralentit, elle densifie les minutes qui sinon s'écouleraient sans heurt. Comment peupler cette attente ? Quels paysages intérieurs traversent-ils chaque jour ? Au fil des rencontres, j'ai entendu toute une séries de rêves, d’hallucinations, et le documentaire est traversé de ces témoignages hors micros. Tout ce que je n'ai pas pu enregistrer, je l'ai écrit. J'ai restitué ces quelques souvenirs qui rythment le documentaire comme un refrain."

 

Laura Tirandaz

 

"Elle m'écrit

me parle des chambres partagées, des respirations qui se répondent

sur les portes des poignées basses

Me parle des hallucinations parfois, la morphine...

Cette femme qui voyait des toiles d'araignées aux fenêtres et se plaignait de ne plus voir la lumière du jour, elle disait que les insectes tissaient vite

Elle m'écrit

Mon lit est comme une île le sable très blanc et j'attends qu'on vienne me chercher

C'est un lit pour une personne ma fille peut juste s'asseoir à côté de moi

Mon lit est toujours défait toujours brûlant"

 

"Elle m'écrit qu'un jour,
elle se lèvera et pliera bagage,
il ne restera rien d'elle dans cette chambre..."

 

Une coproduction de la bourse Brouillon d’un rêve de la Scam France et de la Première.

Mixage : Pierre Devalet

Remerciements à Nadine Fossier-Varnet, Corinne Klein et David Ruf ainsi qu'à tout le personnel de la Clinique IRIS.
 

Le blog de Laura Tirandaz : http://shabesiaa.blogspot.fr
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Extraits...

"Il y a un moment quelque chose qui vient faire voler en éclats ce qui était votre équilibre et qui vous atteint éventuellement dans votre corps, avec tout ce que ça veut dire pour soi, ce qui est toujours très différent d'une personne à l'autre. Après, il y a tout l'épuisement que ça génère et tout ce qui pouvait être un moment sur un équilibre plus ou moins précaire est susceptible de s'effondrer."

 

"La réanimation, ça a été une bouffée d'amour. Je savais que mes parents tenaient à moi mais je ne savais pas à ce point. Tu sens vraiment qu'il y a un truc charnel, qui ne s'explique pas. C'est tout l'élan d'amour que j'ai eu en réanimation qui était chouette, quoi."

 

"Je suis toujours très prudente par rapport à l'acceptation, parce que ça peut être entendu de manière un peu difficile par les patients. Pour certains, c'est violent parce que c'est inacceptable. Mais apprivoiser un peu la période qu'ils ont à traverser là et qui est valable pour le moment présent..."

 

"Dès que je mets la personne en face de mon handicap, je vois comment il réagit et je me rends tout de suite compte du genre de personne qu'il est, s'il fera partie de ma vie, s'il ne fera pas partie de ma vie. Après, c'est à moi aussi de mettre à l'aise parce que je comprends que ce n'est pas facile."