Démasquer les tueurs en série grâce à l'analyse de votre ADN

Démasquer les tueurs en série grâce à l'analyse de votre ADN
Démasquer les tueurs en série grâce à l'analyse de votre ADN - © Tous droits réservés

Dans la série Dexter, le héros est aussi un tueur en série. Il s’y connaît très bien en scènes de crime, vu qu’il fait lui-même partie de la police scientifique. Dexter sait comment procéder pour éviter de laisser de l’ADN derrière lui. Mais ce n’est pas le cas de tous les tueurs. Avec les progrès de l’analyse ADN, de plus en plus de criminels sont démasqués, parfois des années plus tard. La nouveauté, c’est que la police a désormais à sa disposition de nouvelles bases de données pour retrouver les auteurs. Ces bases de données sont assemblées par des plateformes en ligne, qui référencent aujourd’hui des millions de profils.

 

Il existe aujourd’hui toute une série de plateformes où vous pouvez envoyer un échantillon de votre salive afin de connaître votre ADN. L’intérêt est de pouvoir identifier vos origines ethniques.

Par exemple la société FamilyTreeDNA vous donnera une sorte de fiche technique sur l’origine de vos ancêtres, et vous découvrirez peut-être que 25% de vos aïeux viennent d’Australie. Le test ADN peut aussi vous aider à recomposer votre arbre généalogique, il peut même vous mettre en relation avec des membres éloignés de votre famille que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam.

Ce sont des sociétés américaines qui proposent ce genre de service. Actuellement, ce n’est pas autorisé en Europe. Ça ne veut pas dire que ces sociétés n’ont pas de clients européens. Certains sites sont traduits dans plusieurs langues, et il suffit d’envoyer un petit échantillon par la poste pour recevoir ensuite ses résultats. Le test coûte une centaine de dollars.

 

Pourquoi les autorités judiciaires s’intéressent-elles à ces plateformes ?

 

Ce qui intéresse la police, ce sont évidemment les profils ADN de potentiels suspects. Aux Etats-Unis, le FBI utilise ces plateformes depuis quelques années pour tenter de retrouver des auteurs de crimes.

Les services de police ont créé leurs propres bases de données ADN, où on trouve les auteurs mais aussi les suspects interpellés dans certaines enquêtes. Mais parfois cela ne suffit pas, parce que certains criminels ne se font jamais pincer. Du coup, de nouvelles bases de données, ça fait rêver les enquêteurs.

Et ils ont réussi, grâce à ces plateformes grand publics, à résoudre toute une série de cold case – ces affaires anciennes non résolues. En avril 2018, un suspect a été identifié et arrêté dans l’affaire du Golden State Killer, un tueur en série qui a commis au moins 12 meurtres et 50 viols en Californie dans les années 70-80. Le tueur présumé a été identifié via des membres éloignés de sa famille qui ont fait des tests ADN sur ces fameuses plateformes.

On constate un véritable engouement pour ces plateformes de collectes de l’ADN. D’après une étude du MIT relayée par le site Usbek & Rica, depuis 2013, plus de 26 millions de personnes ont déjà acheté leur propre test ADN. Et le marché se développe extrêmement vite. D’ici 2 ans, plus de 100 millions de personnes auront fourni leurs données génétiques à l’une de ces plateformes.

D’après une étude de la revue Science, il suffit que 2% de la population américaine donne son ADN pour que tous les Américains puissent être identifiés, grâce à toutes les corrélations qui pourront être faites entre les profils. Donc si un certain nombre de membres de votre famille donnent leur ADN, vous pourrez être démasqué, même si vous-même vous n’avez pas fourni votre propre test ADN.

 

Des données utilisées à votre insu

 

Les clients de ces plateformes d’analyse ADN ne sont pas toujours informés que leurs données peuvent être utilisées par les services de police.

Le site Buzzfeed a révélé que la société FamilyTreeDNA collaborait avec le FBI depuis plusieurs années. Le patron de l’entreprise a depuis lors changé les règles internes, et il informe désormais ses clients. Il leur donne aussi le choix : s’ils le souhaitent, les clients peuvent refuser que leurs données soient éventuellement utilisées par la police. Mais apparemment cette option n’a pas beaucoup de succès : 99% des clients ne l’activent pas. En fait, beaucoup de clients et beaucoup de citoyens en général sont tout à fait favorables à l’utilisation de leurs données génétiques dans le cadre d’enquêtes criminelles.

Il faut rester vigilant. Ces analyses pourraient avoir pour conséquence d’incriminer un membre de votre famille. On prend évidemment l’exemple de cas extrêmes comme les tueurs en série, mais cela pourrait donner des idées aux services de police dans d’autres types de dossiers. D’après une étude menée par le Baylor College of Medecine, 91% des Américains sont favorables à la généalogie médico-légale dans le cadre d’enquêtes sur des crimes violents. Et 46%, près de la moitié des Américains donc, sont aussi favorables à l’utilisation de cette généalogie médico-légale dans le cadre d’autres types de crimes.

Ces plateformes Internet pourraient devenir de véritables auxiliaires de police dans les années à venir.

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