De Mozart et des Lumières : un voyage au 18e siècle, en 10 épisodes

De Mozart et des Lumières
De Mozart et des Lumières - ©

Retrouvez ici cette série passionnante, qu'Un Jour dans l'Histoire a rediffusée avec plaisir au moment des fêtes !

Mozart est un des plus grands génies que le monde musical ait connu. Son passage sur terre fut bref, 35 ans, durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Et pourtant, cette période aura été d’une richesse immense dans tous les domaines, musicaux, artistiques, politiques, philosophiques, médicaux et scientifiques.
Mozart ouvrira la voie aux compositeurs romantiques, faisant de sa musique un opéra, composant des opéras aux personnages psychologiquement complexes, doués de tolérance et de pardon. N’est-ce pas aussi l’époque des Edits de Tolérance de Joseph II ? Ces édits qui bouleverseront totalement la scène politique au moment où la médecine change radicalement sa vision du corps. 

Les valeurs des Lumières traversent la vie et l’œuvre de Mozart. Ce siècle qui donnera la primauté à la raison verra également la naissance de l’ancêtre des vaccins grâce à l’inoculation de la variole. Les hommes seront vaccinés, protégés de l’intérieur. Cette intériorité qui se manifestera également en musique en cette fin de XVIIIe siècle. 

Tout au long des dix épisodes, nous voyagerons dans le temps, auprès de Mozart et de son époque. La vie, l’hygiène, les voyages, les courants de pensée, la médecine, le climat politique et social et bien sûr la musique seront abordés par nos invités.

Une enquête en dix épisodes, par Cécile Poss et Marion Guillemette

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1er épisode : "  Enfant, tu ne t’endormais jamais sans avoir chanté "

"Mozart est trop facile pour les enfants et trop difficile pour les adultes". Cette célèbre phrase prononcée par le pianiste Artur Schnabel résume à elle seule l’aspect insaisissable de la musique du compositeur. Profondeur, sincérité, écriture parfaite, la musique de Mozart est aussi l’une des plus vivantes, l’une des plus humaines.

Ce 1er volet retrace l’enfance du jeune prodige qui naît durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, période importante qui connaît des changements aussi bien dans les domaines musicaux que politiques et médicaux.

Qui était Anna-Maria Mozart ? Qui était Léopold Mozart ? A-t-il maltraité ses enfants en les baladant sur les routes d’Europe ? Et d’ailleurs comment voyageait-on au Siècle des Lumières ?

Remontons le temps auprès de la famille Mozart et de leur si riche époque.

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2e épisode : " La maladie de l’enfant nous a fait perdre quatre semaines "

Le jeune Mozart rencontrera de multiples personnalités au cours de ses périples européens. Le pape, les nobles, les rois, les grands de ce monde d’alors mais aussi et surtout des compositeurs et musiciens qui auront une importance capitale dans le développement musical de l’enfant.

Wolfgang Mozart aurait été beau s’il n’avait pas eu la variole " confie sa sœur Nannerl. 1767, Vienne est infestée par l’épidémie tout comme d’autres villes d’Europe. Sur 255000 habitants que compte la capitale autrichienne, 800 personnes succombent chaque année à la variole aussi appelée petite vérole.

Faisait-on le lien entre hygiène et maladie ? Comment se soignait-on ? Le XVIIIe siècle verra naître ce qu’on appelle alors l’inoculation ou variolisation, ce procédé qui n’est autre que l’ancêtre de la vaccination.

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3e épisode : " Il ne nous manque rien si ce n’est papa "

A la fin de l’année 1771, les Mozart rentrent à Salzbourg. Wolfgang a les oreilles, les yeux et la tête remplies de musiques et de traditions européennes.

Sigismund, comte de Schrattenbach, l’archevêque de Salzbourg, meurt en cette fin d’année 1771. Son successeur, Hieronymus Colloredo, se montrera nettement moins conciliant quant aux voyages des Mozart. " Le père et le fils sont autorisés par l’Evangile, à chercher fortune ailleurs ", telle sera la réponse de Colloredo aux demandes de congés de la famille Mozart.

Afin de préserver son emploi, Léopold décide de laisser partir Wolfgang chaperonné par sa mère. Le 23 septembre 1777, la mère et le fils se dirigent vers la première étape de ce long périple, Augsbourg et Mozart est ébloui par les pianos Stein qu’il y découvre.

Deuxième étape et non des moindres, Mannheim son orchestre révolutionnaire. Outre le fait que Mozart s’éprendra d’une jeune chanteuse qui n’est autre que l’une des sœurs de sa future épouse, Mannheim aura une empreinte indélébile dans le développement musical du jeune homme de 21 ans à la plume ironique : " Moi, Johannes Chrysostomus Amadeus Wolfgangus Sigismondus Mozart, je demande la sainte absolution, si elle peut se donner facilement. Sinon cela m’est égal parce que le jeu continuera quand même. WA Mozart "

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4e épisode : " J’ai prié Dieu avec ferveur de m’accorder la force "

Séduit par Mannheim, Mozart tarde à obéir aux injonctions paternelles. Ce n’est finalement que le 23 mars 1778 qu’il exauce le vœu de Léopold et se rend à Paris afin d’y dégoter un emploi fixe. Les désillusions sont au rendez-vous, Mozart considère que les Français sont et resteront des ânes en musique. Anna-Maria, la mère de Wolfgang doit normalement prendre la direction de Salzbourg mais elle décide d’accompagner son fils à Paris de peur des mauvaises fréquentations.

Le 3 juillet 1778, à 22h21, elle quitte ce monde laissant son fils seul dans ce Paris qu’il déteste, seul face aux reproches que lui adresse son père. " Wolfgang, vous avez trop attendu avant de faire venir un médecin et peut-être l’avez-vous trop saignée " écrivait Léopold Mozart.

Pourquoi recourait-on aux saignées ? Comment cela se passait-il ? Était-ce encore vraiment à la mode en cette seconde moitié du Siècle des Lumières, cette période qui verra un changement radical dans l’approche de la médecine ?

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5e épisode : " Salzbourg n’est pas un endroit pour mon talent "

" La seule chose qui me dégoûte à Salzbourg, je vous le dis comme je l’ai sur le cœur, c’est que les relations avec les gens n’ont aucun niveau, que la musique ne jouit que d’une piètre considération et que l’archevêque ne croit pas sensés les gens qui ont voyagé. Mais je vous assure qu’on est vraiment une pauvre créature si on ne voyage pas. Un homme de talent moyen restera toujours médiocre, qu’il voyage ou non. Mais un homme de talent supérieur (ce que, sans renier Dieu, je ne puis me dénier) deviendra mauvais s’il reste toujours au même endroit. " écrit Mozart à son père.

Wolfgang se sent à l’étroit dans sa ville natale qui ne lui offre même pas la possibilité d’écrire un opéra, genre qu’il affectionne au plus haut point. Qu’à cela ne tienne, il démissionnera de son poste d’organiste de la cour pour être un musicien libre à Vienne.

Je hais l’archevêque jusqu’à la frénésie " disait le compositeur, cet archevêque qui aura joui d’une mauvaise presse et qui pourtant était un homme des Lumières, il fera également représenter à Salzbourg le premier opéra en langue allemande de son ex-employé, L’enlèvement au Sérail.

Mozart est heureux à Vienne, il a du succès, il écrit pour l’opéra et il épouse Constance Weber. Ce mariage marque la rupture définitive avec Salzbourg mais aussi avec sa famille. Les liens qui unissaient le compositeur à son père et à sa sœur seront définitivement altérés.

Wolfgang et Constance donneront naissance à un petit Raimundl Léopold qui, confié à une nourrice, ne survivra pas.  " Je me soucie de la fièvre de lait ! - car elle a des seins assez gonflés ! - Maintenant, contre ma volonté, et cependant avec mon accord, l’enfant a une nourrice ! - Ma femme, qu’elle soit ou non en mesure de le faire, ne devait pas nourrir son enfant, c’était ma ferme résolution - Mais mon enfant ne devait pas non plus avaler le lait d’une autre ! " écrit le compositeur. Les soins et l’attention accordés aux nourrissons était alors un sujet qui commençait à intéresser le monde du XVIIIe siècle.

 

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6e épisode : " L’opéra me rapportera en tous temps "

Vienne, la capitale autrichienne est synonyme de liberté pour Mozart qui peut enfin composer à sa guise. Joseph II, l’empereur des Habsbourg depuis 1780, s’inscrit en droite ligne de l’Aufklärung. Ce mouvement allemand comparable aux Lumières françaises, à quelques différences près,  s’intéresse de près aux autres civilisations.

Les voisins des Autrichiens retiendront donc toute l’attention des artistes viennois, c’est l’époque de l’orientalisme et des turqueries qui imprègnent diverses œuvres de Mozart dont notamment, L’Enlèvement au sérail, son premier opéra en langue allemande.

" Chaque nation a son opéra, pourquoi n’en aurions-nous pas un, nous autres Allemands ? La langue allemande n’est-elle pas aussi bien adaptée au chant que le français ou l’anglais ? N’est-elle pas plus chantante que le russe ? " confie Mozart à son père.

A cette époque, c’est l’opéra italien qui a pignon sur rue. Quelle relation nouera Mozart avec ses collègues italiens, avec Salieri de 5 ans son aîné, qu’en est-il des cabales et de la place de Mozart au sein de la société des Lumières ?

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7e épisode : " Très Honorable Frère "

Mozart était croyant, religieux et franc-maçon. Paradoxal ? Pour les Lumières françaises certainement. Pas au regard des Lumières germaniques.

Dès son plus jeune âge, Mozart est en contact avec des frères maçons. Le médecin qui le guérira de la variole en 1768 était maçon, le Docteur Mesmer rencontré à Mannheim l’était également, tout comme plusieurs autres musiciens qui ont croisé le chemin du compositeur. 

Le 14 décembre 1784, Mozart est admis à la Loge A la Bienfaisance au grade d’Apprenti. Le 7 janvier 1785, il est Compagnon et le 22 avril 1785, il devient Maître.

Plus que des signes et symboles cachés que nous pourrions trouver dans n’importe quelle œuvre de Mozart, c’est le chemin intérieur, initiatique qui imprégnera dorénavant ses œuvres. Ce passage de l’ombre à la lumière se retrouvera également dans un célèbre quatuor dédié à l’un de ses plus chers amis, franc-maçon également, Joseph Haydn.

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8e épisode : " J’espère que vous pourrez me pardonner "

" Mon très cher Père. J’ai étudié au moins mille livrets et même plus. Mais je n’en ai pratiquement pas trouvé un seul qui puisse me satisfaire, du moins sans apporter ici et là bien des modifications. Et même si un poète acceptait de s’en charger, il lui serait plus aisé d’en écrire un tout neuf " écrit Mozart.

La collaboration entre le librettiste Lorenzo da Ponte et Mozart commencera en 1785 et donnera naissance à 3 chefs d’œuvre, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan Tutte.

Le fil conducteur qui relie la plupart des opéras de Mozart, c’est le pardon et la tolérance. Et si ces valeurs étaient le reflet de la société de l’époque ? Cette seconde moitié de XVIIIe siècle qui appréhende aussi l’homme dans toute sa complexité.

Les médecins des Lumières commencent à s’intéresser aux nerfs et au psychisme. L’intériorité de chaque individu est pris en considération. Est-ce un hasard si c’est à cette époque également qu’apparaît le courant du Sturm und Drang qui met en évidence les passions et les sentiments du compositeur ? Et si tout était lié ?

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9e épisode : "Lorsqu’une œuvre est achevée dans ma tête, je peux embrasser le tout en un coup d’œil "

" Ici à Prague, j’ai constaté avec un énorme plaisir que tous ces gens s’amusaient fort à sautiller sur la musique de mon Figaro, adapté en contredanses et allemandes. Car ici, on ne parle que de Figaro ; on ne joue, ne sonne, ne chante, ne siffle que Figaro. On ne va voir d’autres opéras que Figaro et toujours Figaro. Un bien grand honneur pour moi " écrit fièrement Mozart qui se voit confier la commande d’un opéra pour la ville de Prague.

Ce sera Don Giovanni qu’il écrira quelques mois après la mort de son père survenue le 28 mai 1787. Mozart compose verticalement et semble-t-il, n’a plus qu’à transcrire sur le papier une musique déjà achevée dans sa tête.

Les années  qui suivent l’écriture de Don Giovanni s’annoncent difficiles, pour Mozart, certes mais pour ses collègues également. Tout le monde, musiciens ou non, subit les conséquences de la guerre austro-turque qui se déroule en 1788. Les théâtres sont fermés, les commandes d’opéra se font rares, les finances de Mozart s’estompent d’autant plus que sa femme, Constance, doit partir en cure à Baden. L’eau et les bains qui ont commencé à être délaissés après le Moyen-Âge car considérés comme dangereux. On les soupçonnait de transmettre des maladies, on accusait les bains d’être des lieux de plaisirs. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que les bains soient à nouveau prisés.

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10e épisode :  " Nous avons eu du travail par-dessus la tête "

Le fondateur de l’Ecole de Médecine de Vienne se nomme est un certain Gerard van Swieten. Son fils, Gottfried, permettra à Mozart d’entrer en contact avec les œuvres de Bach et Haendel. Mozart s’en souviendra durant l’écriture de son requiem, citant à plusieurs reprises ses maîtres baroques et les compositeurs qu’il estime.

La mort viendra ravir le compositeur durant l’écriture de son œuvre ultime.

Fièvre miliaire aigue ", peut-on lire comme cause de la mort dans le registre de décès de la cathédrale Saint-Etienne. On ne compte plus les mythes et légendes qui entoureront la fin du compositeur et parmi celles-ci, l’enterrement dans une fosse commune, seul, pauvre et abandonné, emmené dans un cercueil loin de la ville.

C’est qu’en cette fin de XVIIIe siècle, on prend conscience du danger de garder les dépouilles mortelles près de soi, on appréhende les mauvaises odeurs comme vecteur de maladie et les prémices de ce qu’on appelle l’hygiène publique commencent à pointer le bout de leur nez.

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