De la télégraphie sans fil à l'INR, revivez la grande épopée de la Radio

Au commencement de la Radio
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Au commencement de la Radio - © D.R.

La Radio est tellement présente dans votre vie de tous les jours qu’il vous est sans doute impossible d’envisager ce que serait le monde sans elle. Et pourtant, ce monde sans récepteur, sans transistor et sans autoradio a bel et bien existé. C’était il y a plus de cent ans, juste avant la grande guerre. Comment la grande épopée de la Radio a-t-elle commencé ? En Belgique, avant la RTBF, il y eut la RTB. Avant la RTB, il y eut l’INR. Et avant l’INR, que s’est-il passé ?

Le Fantôme de la Radio vous raconte, en deux épisodes, l’histoire des pionniers des ondes qui ont tout imaginé et tout inventé.

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Dès 1914, les prémices de la Radio

Au cours de l’hiver 1913-1914, les premières expériences de TSF, la télégraphie sans fil que l’on nommera plus tard 'radiophonie', sont menées dans une annexe du Palais royal de Laeken, sous la direction de M. Goldschmidt et de l’ingénieur italien Marzi.

Dès le printemps 1914, les premiers concerts radiophoniques d’Europe sont émis chaque samedi depuis cette station. Ils sont captés sur postes à galènes, aux quatre coins de la Belgique et dans le nord de la France.

De la première émission du 28 mars 1914, il n’existe aucun enregistrement. Le Fantôme de la Radio vous propose d’en écouter une reconstitution assez fidèle, réalisée quelques années plus tard, probablement dans les années 30. Au micro, le technicien Joseph Longe qui devient par cette annonce le premier speaker de l’histoire de la radio en Europe.

La première guerre mondiale interrompt brutalement ces premières expériences. Sur ordre du Roi Albert 1er, les installations de Laeken sont dynamitées et l’émetteur est récupéré par l’armée belge qui l’utilise comme station de TSF mobile pendant le conflit.


Après la Première Guerre Mondiale, l’essor de la Radio

Heureusement, la guerre n’emporte pas avec elle l’enthousiasme des pionniers. Après l’armistice de 1918, les expériences de TSF et de radiophonie reprennent de plus belle. Notamment en Wallonie, où Maurice Tricot lance Radio Wallonia – Bonne espérance qui émet depuis sa maison de Vellereille les Brayeux, non loin de Binche. Au programme, de la musique, des annonces, des disques demandés et des réclames. En français et en wallon.

A Bruxelles, plusieurs initiatives voient le jour dans les années 20. Retenons-en deux : Radio Schaerbeek qui s’adresse aux auditeurs de ladite commune et Radio Belgique, basée à Ixelles, aux ambitions plus larges, dont les émissions sont captées au-delà de nos frontières.

Radio Schaerbeek se distingue par des séquences humoristiques rédigées et interprétées par Marcel Antoine : les tribulations de Monsieur Slache et de sa femme Toutouneke. Le tout encadré par de la réclame.

A quelques km de Schaerbeek, au 34 de la rue de Stassart à Ixelles, dans les locaux de l’Union coloniale, se trouvent les studios d’une autre radio. Cette station, dotée d’un émetteur très puissant, est lancée par le fabricant de récepteurs SBR, la Société Belge Radio-électrique. Baptisée pour quelques mois seulement Radio-Bruxelles, elle prend rapidement le nom définitif de Radio Belgique.

Le premier speaker de Radio Belgique, celui qui le premier a fait entendre sa voix sur antenne, est un chanteur d’opérette. Il s’appelle Léopold Bracony. L’inauguration a lieu le soir du 23 novembre 1923, dans les studios de la rue de Stassart.


Radio Belgique

Que peuvent entendre les auditeurs de Radio Belgique ? De la musique, exclusivement. Des airs joués en direct par un trio de musiciens : violoniste, pianiste et violoncelliste. Frans André était le violoniste de Radio Belgique.

Pour soulager les musiciens très sollicités, des disques sont diffusés sur antenne, tant bien que mal, avec du matériel hésitant. Une véritable prouesse technique pour l’époque, comme le rappellent deux techniciens de Radio Belgique, Léon Bouffioulx et Marcel Kindermans.

Qu’importent les incidents techniques, les hésitations ou les fausses notes, les auditeurs sont au rendez-vous. Les sans-filistes, les amateurs de TSF et de radiophonie se ruent sur le matériel pour construire eux-mêmes leurs récepteurs.

En 1924, Radio Belgique tourne déjà en rond. Les durées d’émission restent relativement courtes : deux heures par jour. Quant aux programmes, ils ne sont guère variés : à l’exception de la musique, la station n’offre aucun autre contenu susceptible d’attirer de nouveaux auditeurs.

Pour grandir, il faut de l’argent. Or les moyens financiers de Radio Belgique sont limités. Les revenus proviennent de contributions versées par quelques généreux bienfaiteurs, de cotisations payées par des adhérents et d’une taxe acquittée par les vendeurs de récepteurs radio.

Un pionnier d’envergure : Théo Fleischman

La direction de Radio Belgique se tourne alors vers un jeune journaliste : Théo Fleischman. Déjà très expérimenté en presse écrite, Fleischman ne connaît rien à la Radio. Il propose de développer sur antenne ce que l’on appelle ‘les émissions parlées’. Avec pour objectif d’alimenter les caisses de la Radio.

Fleischman se mue en homme à tout faire : à côté de sa chronique quotidienne, il écrit des récits et adapte pour la radio des pièces de théâtre du répertoire qu’il fait ensuite interpréter en direct par des comédiens. Il est à ce titre l’inventeur de la fiction radiophonique.

Les émissions parlées occupent de plus en plus l’antenne. Lectures, conférences et causeries répondent aux aspirations des auditeurs de plus en plus nombreux. Fleischman, jamais à court d’idées, réalise les premières interviews de personnalités en studio. Il invite Joséphine Baker, Colette ou encore Fernand Crommelynck à se confier au micro de Radio Belgique.

Fleischman se lance également dans le reportage en direct à la Radio. Il commence par la course cycliste des 6 jours depuis le vélodrome d’hiver de Bruxelles. Quelques semaines plus tard, il couvre les 24h de Francorchamps, installé dans les travées du circuit, au milieu des spectateurs.

Tout ceci conduit Fleischman à réfléchir sur la présentation des actualités sur antenne. Ce qui aboutit à la création, à l’invention du journal parlé qu’il présente sur antenne pour la première fois le 1er novembre 1926.

Ecoutez ici, à partir de 16'35'', la 1e partie de cette émission du Fantôme de la Radio, avec les nombreux sons d’archives rassemblés par Eric Loze. Avec le concours de la SONUMA.

Les séquences et interviews sont extraites des émissions suivantes :

Contrastes, produit par la RTBF Liège

Point de Mire, de Gérard Vallet

Signe des temps, avec Jeanine Modave

Et le documentaire " Le Fantôme de la Radio " signé Wilbur Leguebe

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L’INR

 

Malgré cet enthousiasme et toutes ces inventions, Radio-Belgique n’est pas rentable. La SBR, la Société belge de Radio-électricité, principal contributeur de la station, décide d’arrêter les frais.

Adieu Radio-Belgique, bonjour l’INR, Institut National de Radiodiffusion, géré et contrôlé par l’Etat Belge. Le 18 juin 1930, l’INR est né. Il commencera à émettre le 1er février 1931.

Les grands partis politiques de l’époque, libéraux, catholiques et socialistes ont soutenu ce projet comme un seul homme. Et pour cause : en plus de participer activement à la gestion de l’INR, les différents partis prévoient d’utiliser ce nouvel outil public pour exprimer leurs opinions aux auditeurs.

L’empreinte du monde politique sur l’INR est d’emblée très présente pour ne pas dire pesante. C’est le Ministre des PTT en personne qui préside le Conseil de Gestion de l’INR. A ce titre, il a pouvoir de s’opposer à toute mesure prise par le Conseil de gestion qui serait selon lui contraire à l’intérêt public. Un droit de veto en somme qu’il peut exercer comme il l’entend et considéré par une partie du personnel de l’INR comme une ingérence dans les émissions proprement dites.

Le côté positif de l’affaire est que l’INR dispose de moyens financiers confortables. La Radio perçoit une subvention annuelle constituée en grande partie du produit des redevances désormais payées par les auditeurs. 20 Fr s’ils sont propriétaires d’un poste à galène, 60 francs s’ils écoutent l’INR sur un poste à lampe. La Radio nationale ne peut en revanche épaissir son capital avec de la réclame : toute publicité commerciale lui est interdite.

La Radio se développe

L’INR s’installe rue du Bastion à la porte de Namur, non loin des anciens locaux de Radio Belgique. Elle investit également un studio musical du théâtre Molière et une salle dite de l’Abbaye, située également à la rue du Bastion. C’est là que Théo Fleischman s’installe, avec sous le bras son concept du journal parlé imaginé quelques années plus tôt sur Radio Belgique.

Grâce à ses budgets confortables, l’INR investit dans du matériel technique innovant, comme un car d’enregistrement, grâce auquel les journalistes peuvent développer et multiplier les reportages à l’extérieur.

Les reporters comme Paul Levy et Louis-Philippe Kammans sillonnent la Belgique de l’entre deux-guerres. La Radio devient la chambre d’écho d’un pays en mouvement. L’INR installe son micro dans les ateliers, sur les chantiers, s’intéresse à tous les métiers. Elle couvre en direct les événements folkloriques, culturels et sportifs.

Le 17 février 1934, la Belgique perd son roi, Albert 1er. Un an et demi plus tard, le 29 août 1935, c’est la Reine Astrid qui meurt dans un accident de voiture.

A chaque fois, l’INR met en place un dispositif exceptionnel pour retransmettre les funérailles royales. 22 microphones, 20 amplificateurs, 40 batteries à hautes tension et la mise en service de 32 lignes téléphoniques spéciales. Ce qui permet aux reporters, Théo Fleischman en tête, de commenter les événements heure par heure et sans interruption, à différents endroits de la capitale. Deux reportages qui sont captés dans le monde entier, grâce aux relais effectués par les stations européennes et aux transmissions sur ondes courtes. D’après les statistiques de l’Union internationale de Radiodiffusion, plus de 100 millions de personnes sont à l’écoute lors des funérailles du Roi Albert 1er.
 

La musique et le théâtre

La musique occupe une place très importante dans la grille des programmes de l’INR. Voilà pourquoi, dès 1932, le service musical dispose de trois orchestres : un orchestre symphonique de 43 musiciens, un orchestre Radio de 23 musiciens et une formation plus petite composée d’une douzaine d’instrumentistes.

La bibliothèque musicale compte environ 10.000 partitions. 5000 disques garnissent déjà les étagères de la discothèque. Ils seront 16.000 en 1936. A la tête de l’orchestre symphonique, Frans André qui a fait ses débuts comme violoniste à Radio Belgique.

La période 1931-1940 correspond l’âge d’or des émissions théâtrales. Des genres spécifiques apparaissent sur antenne tels que les jeux radiophoniques qui sont en réalité des œuvres dramatiques, des fictions conçues pour le micro, habillées de musiques et de bruits d’ambiance destinés ‘à placer l’auditeur dans l’atmosphère de l’action’. Parmi les premiers comédiens et metteur en ondes de l’INR, il y a Georges Genicot.


Flagey

L’INR commence à se sentir à l’étroit dans ses locaux de la rue du Bastion. La nécessité de construire un bâtiment spécialement équipé pour la Radio s’impose. En 1934, l’INR achète à la commune d’Ixelles un terrain de 4000 m2 situé place Ste-Croix. On y construira la Maison de la radio, un projet dessiné par l’architecte Joseph Diongre. La première pierre est posée lors d’une cérémonie solennelle le 3 novembre 1934.

Le bâtiment est achevé pendant l’été 1938. Il comprend 6 salles de concerts dont une de plus de 1000 m2, quatre studios pour les jeux radiophoniques sans oublier les studios pour les émissions parlées.

 

 

La guerre

L’INR ne profite pas longtemps de ses installations flambant neuves. Le 10 mai 1940, l’Allemagne nazie envahit la Belgique. Très vite, le personnel de l’INR quitte la Maison de la radio, qui est une cible potentielle, non sans avoir saboté ses installations techniques. La Radio recule avec l’armée belge puis quitte le territoire tout en continuant à émettre. Finalement, à bout de ressources, l’INR cesse ses activités le 14 juin 1940.

A Bruxelles, dans les locaux de l’INR place Ste-Croix s’installe alors, pour quatre ans, une Radio de propagande, pilotée et contrôlée par l’occupant allemand : Radio Bruxelles. Mais cela, c’est une autre histoire…

Ecoutez ici, à partir de 15'30'', la seconde partie du Fantôme de la Radio, avec les nombreux sons d’archives rassemblés par Eric Loze. Avec le concours de la SONUMA.

Les archives sont extraites des émissions suivantes :

  • Le Journal Parlé
  • Point de Mire, de Gérard Valet
  • Signe des temps avec Jeanine Modave
  • Et Fleischman créa la Radio
  • Contraste, produit par la RTBF Liège
  • Le Fantôme de la Radio, de Wilbur Leguebe

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La 3e et dernière partie est à écouter ici

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