De l'importance du peau à peau !

Les neurosciences démontrent que la proximité entre la mère et le nouveau‐né est fondamentale pour qu’il puisse réaliser une transition efficace entre la vie intra et extra‐utérine. Titou Bosseret, sage-femme chez Amala et au Cocon, le gîte de naissance de l’hôpital Erasme, nous explique pourquoi.

La pratique du peau à peau est née dans les maternités de Bogota, par manque de moyens pour acheter des couveuses. Cela a constitué une petite révolution qui perdure aujourd’hui et s’est bien répandue. Ses bienfaits ont été démontrés scientifiquement.

"Il est étonnant que quelque chose d’aussi simple ait été perdu au siècle dernier, constate Titou Bosseret. Le milieu médical a cru bien faire, sûrement, mais a complètement imposé l’opposé de ce qui se faisait depuis 3000 ans. Au lieu de la proximité continue avec le bébé, au lieu de dormir avec lui, d’être tout proche et d’allaiter, on a isolé les bébés, on n’a plus répondu à leurs pleurs et on a imposé un biberon toutes les 4 heures."


La nécessité du contact

Un nouveau-né séparé de sa maman a des sanglots courts, comme des cris de détresse. Si on n’y répond pas, il devient angoissé. Il observe qu’on ne répond pas, il va s’arrêter de pleurer, il va se renfermer sur lui-même, il va être épuisé, et il va consacrer toute l’énergie qui lui reste pour survivre : sa température et son rythme cardiaque vont baisser, ses facultés vont se mettre au ralenti. S’il est isolé pendant 10 jours du contact humain et est privé d’amour, certaines facultés de lien et d’adaptation ne reviendront plus, ou très difficilement.

Chez nous aujourd’hui, les choses évoluent bien, grâce entre autres au label 'Amis des mamans, amis des bébés', mais ailleurs ce n’est pas toujours le cas. Il arrive encore bien souvent que les bébés soient trop vite enlevés à leur maman, pour être pesés, mesurés, lavés, aspirés, habillés avant de lui être rendus.


Une meilleure adaptation physiologique

Le premier sens qui se développe, à 8 semaines de gestation, c’est le toucher. Et quand une fonction est très précoce dans le développement, ça veut dire qu’elle est très importante. Nous avons effectivement besoin de contacts toute notre vie.

La proximité immédiate à la naissance est fondamentale au bon fonctionnement de l’enfant et à son adaptation à la vie extra-utérine. Cette transition peut se faire beaucoup plus facilement grâce au simple contact peau à peau, que ce soit maman-bébé ou papa-bébé. Le bébé s’adapte plus rapidement au niveau physiologique : respiration, digestion, température, production d’endorphines… Il va chercher automatiquement à téter pour se nourrir. Tout sera beaucoup plus efficace.

Le peau à peau devrait en fait être la norme. Selon les neurosciences, ses bienfaits sont impressionnants. Au bout de 8 semaines de peau à peau et d’amour, les sens du bébé sont beaucoup plus éveillés. Les compétences des parents sont aussi éveillées et valorisées : ils reconnaissent mieux les signes et le langage corporel de leur bébé.

Des tout petits prématurés ont été sauvés par la chaleur, l’amour, la tendresse des parents. C’est à l’intérieur des services de néonatologie que cette pratique est revenue en force, avant de refaire son apparition, assez récemment, dans les salles d’accouchement et les chambres de maternité.

"On revient aux choses simples, comme dans l’alimentation ou dans le simple fait de passer du temps avec les gens qu’on aime" se réjouit Titou Bosseret.


Respecter ses propres besoins

Il ne faut toutefois pas devenir dogmatique et basculer dans l’excès contraire. On ne peut jamais obliger une maman à prendre son bébé en peau à peau. Si on ne se sent pas à l’aise avec quelque chose, il ne faut pas culpabiliser. Il faut respecter ses besoins et mettre des mots sur son ressenti. Certaines mamans auront envie d’accueillir leur enfant autrement.

On observe que les papas découvrent leur lien au bébé beaucoup plus vite quand on le pose contre eux, en écharpe ou en portage. La proximité et l’apaisement que cela procure au bébé mettent de la lumière dans les yeux de nombreux papas !

Nombreux sont ceux qui n’ont pas bénéficié du peau à peau, dans les générations précédentes, et qui ne s’en portent pas trop mal. Il semble que les capacités d’adaptation soient impressionnantes, pour autant qu’il y ait de l’amour…
 

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