De Balzac à Yourcenar, les écrivains regardent Bruxelles

De Balzac à Yourcenar, les écrivains regardent Bruxelles
De Balzac à Yourcenar, les écrivains regardent Bruxelles - © Pixabay

De Balzac à Yourcenar en passant par Stefan Zweig, Joseph Conrad ou Baudelaire, les écrivains ont regardé Bruxelles avec dégoût, condescendance, tendresse, amour, nostalgie…

Marc Méganck, historien attaché à la Direction des Monuments et Sites (Bruxelles Urbanisme et Patrimoine), a rassemblé ces textes dans son livre Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Bruxelles, 1845-1978paru aux éditions Historia Bruxellae.

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En 1928, l’écrivain, journaliste et éditeur, Jean Fayardévoque Bruxelles en ces termes : "…ses monuments modernes démesurés, ses boulevards avec des affiches lumineuses pour 'faire capitale', ses rues à demi larges, ses immeubles à demi hauts, ses magasins à demi chics, ses tramways jaunes ou 'chocolat', tout cela en fait une des villes les plus laides et les plus mornes qu’il se puisse voir ".

Alexandra David-Neel, en revanche, écrit en 1940 : " Cher vieux Bruxelles de mon enfance ! Chacun de tes modestes édifices, chacune de tes rues paisibles évoque, devant mes pas, le fantôme de mon moi juvénile qui te reste fidèle en dépit de tant d’années envolées et me ramène obstinément vers toi pour d’émouvants pèlerinages ".

Dans une lettre du 17 août 1837, Victor Hugo s'enthousiasme : "L'hôtel de ville de Bruxelles est un bijou comparable à la flèche de Chartres. Une éblouissante fantaisie de poète tombée de la tête d'un architecte. Et puis la place qui l'entoure est une merveille".

Et plus tard, dans Les Contemplations, à propos de la Grand-Place : "J’habitais au milieu des hauts pigeons flamands. Tout le jour dans l'azur, sous les vieux toits fumants, je regardais voler les grands nuages ivres. Sous mes yeux, dans l'austère et gigantesque place, j’avais les quatre points cardinaux de l’espace." Il évoque aussi Le Manneken Pis, "l'enfant qui pleut".

 

Regards subjectifs

La capitale de la Belgique depuis 1830 attire de plus en plus de monde. De nombreux écrivains et voyageurs ont livré leurs impressions sur Bruxelles, qu’elles soient positives, neutres ou dépréciatives. Il y a autant de réalités urbaines que de subjectivités, car une ville est aussi bien faite de pierre que d’humain.  

Marc Méganck a voulu dresser un portrait de Bruxelles en choisissant une soixantaine de textes et en mettant en avant ce subjectif : romans, nouvelles, correspondances, récits, souvenirs, poèmes, chansons. 

L’image qui en ressort est en demi-teinte, car Bruxelles est une ville que l’on aime ou que l’on déteste, une ville qui suscite autant d’amour que de désamour.

C’est une ville complexe que l'on compare aussi beaucoup avec Paris ou avec d’autres villes. Gérard de Nerval écrira d’ailleurs : "Bruxelles est la lune de Paris". Les Belges sont les premiers à dénigrer Bruxelles, eux aussi font la comparaison avec Paris.


Une période de mutations urbanistiques

La période que Marc Méganck a choisi d'évoquer se situe entre le milieu du 19e siècle et les années 1970, période régulièrement marquée par des mutations urbanistiques d’envergure.

Bruxelles connaît le voûtement de la Senne, la création des boulevards, la jonction Nord-Midi, la création du métro, la construction de gratte-ciels…. Un urbanisme sauvage, un chantier permanent contribuent à cette image négative de la ville qui se cherche pendant toutes ces années.

Une ville est toujours sublimée par le fleuve qui la traverse. Bruxelles va devoir s’en passer lors du voûtement de la Senne pour cause de pollution, vers les années 1860-1870. Ce manque d’eau sera souvent dénoncé par les écrivains, malgré un port intérieur encore actif jusque vers 1910, les bassins de Sainte-Catherine ou encore le canal de Willebroeck.

Plus récemment, de nombreux auteurs évoquent la bruxellisation de la ville, ce massacre architectural par les promoteurs dans les années 60, 70, 80, surtout s'ils ont connu ces moments de transition, l'avant et l'après. William Cliff en particulier décrit bien cette situation dans le texte Marché au charbon.
 

Bruxelles, lieu de promenade

Au tournant du siècle, la promenade urbaine atteint son apogée. Parmi les écrivains piétons à Bruxelles, on trouve Odilon-Jean Périer, un jeune poète qui vit dans le quartier de l’avenue Louise, alors au sommet de sa splendeur. Son texte ‘Le citadin, poème ou éloge de Bruxelles’ est fondateur, d’autres écrivains pratiqueront comme lui la marche urbaine. 

Baudelaire et Nerval arpentent plutôt le centre ville aux rues pentues qu’ils critiquent, les comparant à Montmartre. Le premier évoque l'odeur de savon noir, il exècre la sonorité particulière du pavé, l'accent belge, les aboiements des chiens, le sifflement universel. 


Bruxelles, lieu de rencontre

Bruxelles est un lieu de rencontre entre les écrivains, tels Stefan Zweig et Emile Verhaeren avant la Première Guerre Mondiale, ou les rencontres clandestines dans les bars entre Georges Eekhoud et Sander Pierron. Ou l'un des lieux de rendez-vous, "l'une des 23 villes sacrées", d'Honoré de Balzac et de sa maîtresse Eva en 1845. Ou encore les rencontres érotiques entre Paul Nougé et sa maîtresse Marthe Beauvoisin dans les rues obscures autour de la Place de Brouckère. Et évidemment la rupture passionnelle entre Rimbaud et Verlaine, après une énième dispute, avec le coup de pistolet et l'arrestation de Verlaine.


Aujourd'hui, Bruxelles comme décor ou comme personnage a acquis ses lettres de noblesse. William Cliff écrit : "Bruxelles est la plus, la plus, la plus du monde". Ça ne dit rien, mais ça dit tout, conclut Marc Méganck. 

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