Dany Laferrière : "Je n'aime pas les gens qui ressemblent à leur oeuvre"

Un ouvrage publié chez Grasset
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L'écrivain et académicien Dany Laferrière publie son premier récit dessiné, et écrit à la main : "Autoportrait de Paris avec chat" (Grasset).

Il nous fait pénétrer dans un Paris à son image, un Paris qui, d’une certaine façon, n’est autre que lui-même. Il décrit Paris par sa fenêtre, Paris et ses écrivains, Paris et ses chats, Paris et ses bars, Paris et ses librairies... 

On est ici dans une forme de journal dessiné. On a même l'impression d'avoir accès à son journal intime, avec son regard particulier sur Paris, qui est devenue sa ville. Le chat est ici la conscience de Dany Laferrière, un chat qu'on découvre plutôt picoleur...

Dany Laferrière écrit sans entraves, de façon extrêmement naturelle : "Je suis quelqu'un qui écrit à la main et qui dessine, comme le font les enfants." Certaines pages sont en effet des premiers jets, avec parfois des corrections à même la feuille. Mais ce n'est pas parce que c'est écrit à la main que rien n'est repris, précise-t-il.
 

Un Paris de l'esprit

Dany Laferrière nous raconte Paris par sa fenêtre avec énormément de fantaisie. Un Paris très bouillonnant, très foisonnant, avec des gens qui viennent de partout, des écrivains de la négritude, comme Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas ... ou des Américains comme Baldwin, Hemingway...

Un Paris d'écrivains, où se côtoient Doc Gynéco, Villon, et ceux qui ont des chats bien sûr, comme Paul Léautaud, Colette, Malraux... Un Paris de musiciens comme Django Reinhardt, ou de peintres comme Matisse.

Il ne manque pas de décrire aussi le Paris plus ordinaire, plus contemporain, avec la soupe populaire du Xe arrondissement, là où il habite.

Pour écrire cet ouvrage, il a passé tout un été enfermé : "C'est le propre de l'écrivain de se promener dans la ville et de ne pouvoir goûter ce qu'il a vu que quand il s'assoit devant sa table pour écrire. Et j'ai ajouté le dessin. Il y a à peu près 1200 dessins, car j'avais le goût de mettre ça en couleurs. Et tous les dessins ne sont pas maladroits. Tous les dessins ne rappellent pas la peinture primitive haïtienne qui coule dans mes veines." 

 

Une façon d'approcher les artistes

Dany Laferrière parsème son livre de multiples citations picturales, en donnant à voir des dessins de Matisse ou de Basquiat par exemple.

"Je suis un enfant, j'ai la clé pour rencontrer les gens que j'aime, c'est par l'imaginaire. Je préfère ne pas avoir rencontré les auteurs et les artistes que j'aime, et les inventer, ils me paraissent plus proches encore de moi. Personne que j'aime ne peut me décevoir, au contraire. Si je le trouve moins bien dans la réalité, je me dis qu'il se cache pour m'empêcher de le rencontrer parce qu'il est pudique. Comme Bukowski qui cache sa finesse derrière un personnage à gros ventre, à gros nez, qui se bagarre tout le temps."

"Je n'aime pas les gens qui ressemblent à leur oeuvre, c'est bien plus intéressant, on a l'impression sinon de parler boutique tout le temps."

 

Eloge de l'écriture à la main

Dans cet ouvrage, Dany Laferrière a voulu 'reprendre sa main', après avoir beaucoup utilisé sa machine à écrire. Cette main qui a beaucoup servi, qui ne tombe jamais en panne. "Pour apprendre à écrire, ça nous a coûté beaucoup dans l'enfance, pour apprendre à faire ces lettres de l'alphabet, magiques. Et puis, on a confié ça à la machine. Et je crois aussi qu'on a moins dessiné quand la machine est apparue de manière intempestive dans notre vie. Car c'est la main qui oblige à tenir le crayon." 

C'est pourquoi il a choisi le dessin et le texte à la main. Ainsi l'écrit fait partie même du tableau. Ce qui est nouveau dans ce livre, c'est qu'il comporte beaucoup de textes écrits et beaucoup de dessins, environ 50/50. Le fait d'écrire simplement, pas très bien, sans aucune calligraphie, rejoint la spontanéité du dessin. 

Le dessin n'est pas son métier, mais il s'est toujours senti libre de faire ce qu'il voulait. En dessinant, il a voulu s'aventurer dans une zone qui n'est pas sa zone de confort et il y est resté longtemps...

 

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