"Dans un burn-out, on se dit d'abord que tout le monde est responsable, sauf nous"

"Dans un burn-out, on se dit d'abord que tout le monde est responsable, sauf nous"
"Dans un burn-out, on se dit d'abord que tout le monde est responsable, sauf nous" - © Tous droits réservés

Anne Habets a fondé Stress Out, centre d’expertise pour la sensibilisation au stress et la prévention du burn-out, après être elle-même passée par un burn-out il y a quelques années. Elle revient sur cette période de sa vie et sur les raisons qui l'ont poussée à créer Stress-Out.

"J’ai commencé par des études d’ingénieure commerciale, je suis partie en Erasmus en Espagne et puis, les événements de la vie m’ont propulsée au poste de chef d’entreprise de la PME familiale. On était grossiste en matériaux électriques, un domaine assez technique et masculin. A 24 ans, c’était pas mal comme challenge donc… " Finalement, Anne a eu des envies d’ailleurs et est partie au Chili où elle a obtenu un poste de consultante. De retour en Belgique, elle est passée dans la gestion de projets culturels.

"Puis, je me suis rendue compte que j’avais envie de mettre plus de sens et mes valeurs en avant", poursuit-elle. "J’ai fait un grand saut du marchand au non-marchand, en passant par MSF, sur le terrain en Guinée Conakry dans un projet Sida. Puis, j’ai fait une formation en gestion des ressources humaines car c’était une matière complexe qui me passionnait. Jusqu’au jour où j’ai repris la gestion d’une ASBL qui s’est soldée par un burn-out, il y a environ 5 ans.  

Si Anne aurait pu vivre cela comme un échec, elle confie que ça a plus été une opportunité de se rendre compte qu’il fallait remettre des choses en place, s’aligner à sa vraie mission. C’est de là qu’est né Stress Out.

" Il y a un fil rouge dans ma carrière. Quand je dirigeais la grosse ASBL bruxelloise et que j’ai fini en burn-out, ce n’était pas par manque de passion. Donc au final, on en vient à se demander quelle est sa part de responsabilité dans un burn-out. Ça a été une gifle car en plus, je suis très branchée médecine préventive donc je me suis demandée comment j’avais pu passer à côté. En même temps, on est beaucoup dans ce cas à se dire qu’on est fatigué et que ça va passer", explique Anne. Jusqu’au petit coup de trop.

"On se dit que tout le monde est responsable"

La première des étapes par laquelle est passée Anne est le déni. " D'abord, on se dit qu’on est la victime, que tout le monde est responsable : le médecin, les administrateurs du CA de l’ASBL, … Après ce passage nécessaire mais qui peut prendre du temps, on prend son bâton de pèlerin pour voir quoi mettre en place et avec qui. A ce moment-là, je me suis rendu compte que c’était difficile de trouver les bons thérapeutes, ceux qui connaissaient le burn-out, savaient faire la distinction entre burn-out, dépression et pathologie. (…) Mon père était patron de PME et ma mère était psychanalyste : le lien des deux a fait tilt. En élaborant Stress Out, j’ai fait le lien. Je suis très branchée GRH et en même temps, j’ai le côté compréhension de la performance, de l’efficience, nécessaire aux entreprises. C’est une antinomie que je comprends totalement et c’est pour ça que je suis à la fois des entreprises et des individus sur le chemin du burn-out.

A la fin de l’année 2014, Anne s’est réellement dit qu’il faudrait organiser des groupes de parole où les gens pourraient s’appuyer sur la dynamique de groupe, et que l’approche psychothérapeutique n’était pas suffisante pour tout le monde. " Finalement, on a tous 4 portes d’entrée : le corporel, le mental, l’émotionnel ou le relationnel. Je me suis dit qu’il serait intéressant de monter le "stress out journey", c’est-à-dire de permettre à des personnes de découvrir des approches touchant à une de ces dimensions, et ce qu’ils peuvent mettre en place pour mieux se connaître et prendre soin de soi", explique Anne.

Un changement de vie radical ?

Pour Anne , le stress et le burn-out ne doivent pas forcément mener à un tournant à 180 degrés. " Quand on passe par un burn-out, l’important est de pouvoir retourner au travail dans des bonnes conditions. Dans mon cas c’était compliqué car il y avait des conflits avec des membres du CA, je ne voyais pas trop comment m’y prendre. D’autant qu’on ne sait pas vraiment de combien de temps on a besoin pour s’en remettre. C’est en discutant avec le directeur adjoint avec lequel je m’entendais très bien que je me suis rendu compte qu’il valait mieux que je lâche et laisse la place à quelqu’un qui pourrait continuer à mener les combats. C’est pour ça que j’ai quitté, même si ce n’était pas de gaieté de cœur."

La particularité de stress out, c’est d’être dans le pragmatique, dans l’expérientiel. " On essaie de partir de choses concrètes, du vécu des uns et des autres, d’essayer de créer la bienveillance, l’écoute. Dans le stress out café, je n’ai pas envie d’être dans l’académique. Même si j’explique les concepts théoriques, les symptômes, etc., j’essaie d’être au plus proche des gens pour que l’impression d’être jugé s’en aille."

La transition d'Anne Habets en intégralité - Tendances Première avec Véronique Thyberghien

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