Dans quel contexte le nazisme a-t-il pu se développer ?

Comment le nazisme a-t-il pu développer ?
Comment le nazisme a-t-il pu développer ? - © Wikimedia Commons

Comment Hitler, ce petit artiste peintre autrichien raté, est-il devenu le dictateur d'une des plus grandes puissances du monde ? De 1919 à 1933, Hitler et le parti nazi s'étaient lancés dans une course éperdue vers le pouvoir. Évocation de cette ascension avec Geneviève Warland, historienne et philosophe, professeure à l’UCL et spécialiste de l’Allemagne.

Automne 1919 : un obscur caporal autrichien démobilisé infiltre un petit parti munichois, le Deutsche Arbeiterpartei (DAP). Hitler en devient rapidement le leader, le débarrasse de la tutelle d’une société secrète, la Thule-Gesellschaft, et le transforme en une machine de guerre politique, le Parti Nazi. Objectifs : prendre le pouvoir, redonner au peuple allemand sa 'pureté raciale', et établir l’hégémonie du Troisième Reich sur le monde entier.

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À la recherche d'une voie personnelle

Comme beaucoup de soldats allemands qui ont combattu pendant la Première Guerre Mondiale, Hitler n'a pas compris leur défaite, il n'a pas le sentiment d'être vaincu, il est profondément choqué par le Traité de Versailles.

Hitler veut se prouver à lui-même qu'il peut réaliser quelque chose de grandiose de sa vie et il va le trouver parmi ces groupuscules d'anciens combattants qui cherchent à déstabiliser la République de Weimar. Il s'agit pour lui de saisir une opportunité, sans trop avoir d'idées politiques au départ, et de trouver ses marques, après ses divers échecs artistiques. 

Hitler va créer le NSDAP, le parti ouvrier socialiste national allemand, dans un contexte anti-démocratique, revanchard, qui va alimenter plus tard l'anti-sémitisme et la vision racialiste du parti nazi. La dimension sociale est plutôt un prétexte. Ce ne sont pas les ouvriers qui constituent l'électorat de ce parti, mais la petite classe moyenne, qui craint les Bolchéviques. Hitler s'en prend aussi au grand capital, qui est aux mains des banquiers juifs.


Un anti-sémitisme allemand bien ancré

La tradition anti-sémite allemande n'est pas neuve, elle se manifeste dès les années 1880 et se renforce par la suite, avec l'immigration de nombreux Juifs qui quittent la Russie, suite aux pogroms.

On a donc en Allemagne deux types de population juive : une population assimilée qui se sent profondément allemande et qui est relativement acceptée ; et cette nouvelle population juive immigrée, venant de l'est, pratiquant des petits métiers, et différente puisque orthodoxe, plus religieuse que les Juifs assimilés. Ceux-ci se sentent menacés par cet afflux de l'est. Les manifestations anti-sémites se multiplient.


Des années 20 agitées

Durant une bonne partie des années 20, l'Allemagne est agitée par des grèves insurrectionnelles, des projets sécessionnistes, des vagues d'assassinats politiques et des tentatives de coups d'état venant autant de la droite que de la gauche. La situation économique est catastrophique et la menace communiste plane au-dessus de l'Allemagne.

Dans ce contexte, le tout jeune parti nazi se lance à son tour dans une tentative de coup d'état, à Munich, le 8 novembre 1923. C'est le Putsch de la Brasserie ou Putsch de Munich, et c'est un piteux échec. Hitler et ses acolytes, parmi lesquels Göring, Himmler, avaient pensé que les conditions étaient favorables parce que le gouvernement munichois était très à droite et très opposé au gouvernement social-démocrate de Berlin. 

Hitler est condamné à une détention de 5 ans, dont il n'en effectuera qu'un seul. Mais cela lui laissera le temps de rédiger Mein Kampf, le programme où il déverse toute sa haine envers les Juifs.


Le soutien des élites

Son parti reçoit le soutien des élites de Munich, qui cherchent un rempart contre la menace bolchévique et la dictature du prolétariat. Plus tard, il reçoit le soutien cette fois de grands industriels, désireux de lutter contre le bolchévisme mais surtout de remettre en place une monarchie.

Pour la République de Weimar,  il est difficile de constituer un nouvel État sur des bases démocratiques, alors qu'elle traîne derrière elle ce fardeau des réparations de guerre. Ces élites, anti-démocratiques, ne confortent pas ce nouveau régime.


La chance d'Hitler : le krach boursier de 1929

Peu à peu, l'Allemagne retrouve une certaine stabilité mais le krach boursier de 1929 replonge le monde et l'Allemagne dans une tempête économique, sociale et politique. Ce sera la chance d'Adolf Hitler et de son parti nazi. Sans cela, la République aurait pu prospérer et consolider ses assises.

Les intérêts américains en Allemagne se retirent. Les gouvernements, les parlements ne trouvent pas à s'accorder et les pouvoirs spéciaux sont instaurés par le président Hindenburg, avec un renforcement vers un régime plus autoritaire.

Le leadership d'Hitler est contesté en interne, il fonde alors la SS, plus brutale, et liquide ses opposants. Il monte ainsi au pouvoir en utilisant comme arme les assassinats politiques, possibles, en cette fin des années 20, parce que les batailles de rues entre milices de droite et de gauche sont fréquentes, dans une ambiance de guerre civile. 

En 1933, Hitler est nommé chancelier et, dès le départ, ses intentions sont claires : il met en place un régime de terreur, élimine tous les opposants politiques, les syndicats. Ses opposants n'ont rien vu venir et quand ils veulent réagir contre cette dictature, il est déjà trop tard.

Ecoutez Geneviève Warland au micro de Jean-Pol Hecq

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