Dans les secrets du polar scandinave

Dans les secrets du polar scandinave
Dans les secrets du polar scandinave - © Wikimedia commons

Et si nous ouvrions un bon polar ? Un polar scandinave. Parce que depuis plus de 10 ans maintenant, depuis le début de la série Millénium, le Nordic noir marche bien, et même très bien. 

Dans le sillage de l'auteur de Millenium, Stieg Larsson, d'autres auteurs se sont révélés, comme la Suédoise Camilla Läckberg, le Norvégien Jo Nesbø ou l'Islandais Arnaldur Indridason. Certains comme Henning Mankell étaient déjà là depuis un bon moment. Tous vendent des millions d'exemplaires à travers le monde. 

Mais qu'est ce qui fait le succès du polar nordique ? Qu'est-ce qui le distingue des autres ? Qu'est-ce qui inspire ses auteurs ?

 

Une critique sociale et politique

Aujourd'hui, des dizaines d'écrivains scandinaves ont colonisé les rayons polar de nos librairies, avec des polars où la critique sociale et politique est toujours présente.

Une tradition qui remonte loin, comme nous l'explique l'universitaire Kerstin Bergman, membre de l'Académie suédoise de Littérature policière. Stieg Larsson n'est en effet pas le premier à faire cela. Cette critique sociale est une part intégrante de la littérature criminelle suédoise, depuis le célèbre couple d'auteurs Maj Sjöwall et Per Wahlöö, qui ont écrit une série de 10 romans entre 65 et 75. Ils y évoquaient l'idée que l'état providence suédois était en train d'être démantelé, du fait de la corruption et du capitalisme.

La série d'Henning Mankell, qui met en scène le commissaire Wallander, est dans la même veine, même si l'action quitte les grandes villes pour se passer à la campagne.

Stieg Larsson mêle le thriller au roman judiciaire. Le personnage de Lisbeth Salander est une nouveauté dans la littérature suédoise et s'inspire davantage des films d'action américains.

 

Un engouement infini pour le Nordic noir

Le Nordic Noir est un terme marketing utilisé pour vendre tous ces romans criminels qui viennent des pays nordiques. Ils sont caractérisés par la critique sociale, l'importance des lieux, la nature, l'environnement, ainsi que par des personnages féminins très forts.

L'année dernière, 250 romans policiers sont sortis en Suède. C'est beaucoup et l'engouement n'est pas prêt de s'arrêter. Le succès aiguise les vocations. L'Académie d'Ecriture ne désemplit pas. Des auteurs se réunissent aussi dans des cafés ou des parcs pour écrire ensemble, se relire, se motiver. 

Camilla Läckberg, par exemple, a écrit son premier roman après avoir participé à un simple atelier d'écriture. Depuis, elle a vendu plus de 20 millions d'exemplaires.

"C'est inspirant de vivre à Stockholm, explique Lizzy, originaire de Nouvelle-Zélande. C'est beau, plein de verdure, mais il y a un côté caché que vous pouvez imaginer. Même dans une ville comme celle-ci, très ouverte, très sûre, vous pouvez imaginer quelqu'un qui se glisse chez vous. C'est très facile de pénétrer dans la vie de quelqu'un si vous voulez lui faire du mal. 

Vous êtes très seul, très rapidement. Cela peut tourner très vite à l'angoisse. L'obscurité en hiver favorise évidemment ce sentiment parce qu'elle fait émerger ces histoires très effrayantes, où vous ne savez jamais ce qui va arriver."

 

Une noirceur de l'âme toute scandinave 

Pour l'auteur américain Derek Miller, qui vit à Oslo, ce qui rend ces romans nordiques si différents, c'est leur façon de décrire l'espace, l'obscurité, ces extrêmes du froid en hiver et de la chaleur en été.

"Et là où l'extrême est poussé le plus loin, c'est pour le crime lui-même car la vérité, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de crimes en Scandinavie. 

On sent aussi cette tradition protestante qui veut que l'on enterre ses péchés plutôt que de les confesser. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas exprimées, des secrets de famille. On peut ressentir une noirceur de l'âme, qui se reflète dans la littérature et les arts."

 

Le Millenium Tour !

A Stockholm, l'ancien quartier ouvrier Södermalm est devenu très à la mode : tous les samedis, un guide emmène les fans de Millenium sur les lieux où se déroule la série, dont les 3 premiers tomes ont été écrits par Stieg Larsson. Un autre moyen d'assouvir sa passion pour le genre, en partant sur les traces de Lisbeth Salander et de Mikael Blomkvist ! 

"C'est typiquement suédois, le fait que la vie soit dure. Ce n'est pas comme aux Etats-Unis, où tout finit en happy end. C'est vraiment noir. Chaque être humain peut devenir un monstre. Le mal se cache partout. Mais Stieg Larsson part très très loin" commentent Eva et Alice, des touristes belges.

Que ce soit dans les librairies ou sur les écrans, le Nordic noir nous promet encore de nombreuses nuits blanches !

Ecoutez le reportage à Stockholm de Frédéric Faux, pour Transversales

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