Dans l'île du Mont Désert, chez Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar dans sa maison de l'île du Mont Désert
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Marguerite Yourcenar dans sa maison de l'île du Mont Désert - © Picasa

Première femme élue à l’Académie française, Marguerite Yourcenar, de son vrai nom Marguerite de Crayencour, nous quittait il y aura 30 ans ce 17 décembre. L’occasion d’écouter la bande-son du film de Philippe Dasnoy, 'Dans l’île du Mont Désert', où il rejoignait l'auteur chez elle en 1975.

Née à Bruxelles en 1903, d'un père français et d'une mère belge, elle a surtout vécu en Italie, en Grèce, en Suisse et dans l'île du Mont Désert, sur la côte Est des Etats-Unis, où elle enseigna la littérature française et où elle est décédée en 1987.

Au cours de l'entretien, la romancière parle de sa famille belge qu'elle a décrite, à la fois en historienne et en poète, dans 'Souvenirs pieux', en 1974. Dans ce livre, elle part à la recherche de son propre visage, dans une vertigineuse prospection généalogique. Cette recherche donne le vertige: avec tous nos ancêtres, "nous héritons de tant de monde! Et toutes les prétentions qu’on pourrait avoir deviennent naïves en présence du fait que c’est du pays tout entier qu’on hérite". Elle évoque aussi les lieux de son enfance aujourd’hui disparus, le château de Flémalle, le château de Suarlez.

Elle revient sur quelques-uns de ses romans comme: 'Mémoires d'Hadrien', 'L'Oeuvre au Noir' ainsi que sur sa fascination pour l'Antiquité romaine et l'Europe de la Renaissance.

'Dans l’île du Mont Désert'
de Philippe Dasnoy et Jean Antoine
Une archive de la Sonuma

L'île du Mont Désert est pour Marguerite Yourcenar propice à la méditation.  

"Je crois très fortement que cet espèce d'isolement à la campagne, cette étude du monde naturel, permet de se figurer mieux le problème humain, sur un arrière-plan plus vaste et qui en même temps vous fasse mieux entrer dans le détail des choses, la vie humaine."

Elle est venue y chercher l’inspiration pour 'Mémoires d'Hadrien'.

"De quelque personnage qu'il s'agisse, d'un roman historique ou d'un roman moderne, il faut tâcher de tout savoir. Et il y a ensuite des moments d’illumination dans lesquels le personnage devient réel", confie-t-elle.

Les gravures de la Rome Impériale par Piranèse l'ont également inspirée pour 'Mémoires d'Hadrien'.

Piranèse (18e s) a réalisé tout particulièrement une série de 16 images sur la Villa Hadriana en ruines au milieu de la forêt. Il est aussi l'auteur d'un recueil sur les prisons imaginaires, où il livre une sombre image de l’univers, une obsession métaphysique.

" Jusqu’à un certain point, il y a ce fait étrange que les poètes et les artistes ont une espèce de génie prophétique ", dit Marguerite Yourcenar. " Piranèse a peut-être eu le sentiment de ce qui allait se produire. Il a laissé, avec Goya, l’œuvre la plus noire que le 18e s nous ait livrée. "

'L’Oeuvre au Noir' nous plonge dans l’Europe tourmentée du 16e s.

Comme chez Piranèse, l’oeuvre de Marguerite Yourcenar est souvent une sombre méditation sur le temps et sur la mort. L'alchimiste Zénon est tourmenté entre les terreurs du Moyen-Âge et le scientisme moderne.

Marguerite Yourcenar a refait les promenades de Zénon à Bruges, une ville qu’elle aime tout particulièrement et qu'elle trouve magique. " Même dans la Bruges d’aujourd’hui demeure la Bruges d’autrefois. "

 

" Toute méditation sur l’histoire finit par être surtout une méditation sur le temps. Et l’écrivain, en tout cas moi, abolit de plus en plus les limites du temps et pense plutôt à une série de domaines géographiques qui s’étendent tous sous le même ciel et ont chacun leurs caractéristiques. "
 

Ecoutez Marguerite Yourcenar dans Par Ouï-dire

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