Cyber-violence et prévention: comment protéger les adolescents ?

#ARRETE.be, une campagne de la Fédération Wallonie Bruxelles, de la Cocof et de la Wallonie
#ARRETE.be, une campagne de la Fédération Wallonie Bruxelles, de la Cocof et de la Wallonie - © arrete.be

Comment gérer la vie numérique de son enfant ? Comment s'assurer qu'il ne fait pas l'objet de harcèlement ou de chantage sexuel en ligne ? Une campagne de sensibilisation a été lancée cette semaine. Elle porte sur les violences sexuelles et notamment sur les cyber-violences sexuelles, qui touchent 1 ado sur 5, majoritairement des filles.  

La campagne #ARRETE c'est de la violence a été pensée directement à l'attention des jeunes de 15 à 25 ans, voire plus jeunes. Elle s'articule notamment autour d'une web série en 4 épisodes, qui présentent 4 situations de violences sexuelles :

- le viol : "Retour de soirée"
- le "revenge porn" : "Tu me quittes ?" (le revenge porn est une façon de se venger en postant des images à caractère sexuel)
- le viol conjugal : "Au lit"
- le témoin passif d'une agression : "Ton pote"

#ARRETE souhaite permettre aux jeunes et aux victimes d'identifier ces actes de violence. Elle met aussi à disposition un numéro d'appel gratuit, le 0800/30.030, pour orienter les victimes vers les services d'aides compétents.

 

La cyber-violence sexuelle, c'est quoi ?

Pour Deborah Kupperbeg, du Ministère de l'Egalité des Chances en Fédération Wallonie Bruxelles, à l'origine de la campagne, la cyber-violence à caractère sexuel, c'est :

  • Des comportements : écrire, diffuser, partager, pirater des comptes
  • Mais surtout des contenus, des messages à caractère sexuel diffusés sans l'accord de la personne concernée, ou encore des propos dégradants, insultants, humiliants pour la personne visée.

Yves Collard, formateur chez Médianimation, une ASBL qui fait de l'éducation aux médias, et professeur à l'IHECS en psychosociologie des usagers et des pratiques médiatiques, insiste sur la nécessité pour les parents de se tenir absolument au courant des dangers du numérique.

La campagne peut toutefois avoir des effets collatéraux non désirables : inciter les parents à s'inquiéter démesurément des usages de leurs enfants et à appliquer des mesures coercitives ou prohibitives, au risque d'augmenter encore la fracture entre eux.


Filles et garçons ne sont pas égaux sur les réseaux sociaux

L'espace  numérique montre comme partout du sexisme et des discriminations, précise Deborah Kupperberg

Il y a des attentes spécifiques à chaque sexe : certains comportements sont jugés négativement quand ce sont des filles qui les manifestent alors qu'ils sont tout à fait valorisés quand ce sont des garçons. 

Avoir beaucoup de relations amoureuses, une sexualité ouverte... sont davantage pointés et discriminés pour les filles que pour les garçons. Le contrôle est plus important et elles sont donc plus vite agressées pour des comportements considérés comme inappropriés pour leur sexe.


Quelle intervention des parents ?

Des discussions oui, de la prévention oui, un peu de contrôle à la limite... Mais comment met-on en place cette balance-là en tant que parent, c'est à dire être présent tout en respectant la vie privée de son ado ?

L'intimité des jeunes doit être protégée. Que ce soit pour le courrier ou pour le compte Facebook, l'effraction par les parents n'est légalement pas autorisée.

Il y a chez l'adolescent un désir naturel de fuir le cocon familial pour créer une nouvelle tribu en dehors de la famille, explique Yves Collard. Mais en même temps, il attend que ses parents soient aussi là au cas où il en aurait besoin.

Quoi qu'il en soit, une mesure éducative qui vise à davantage de contrôle doit nécessairement se faire en concertation avec le jeune et être renégociée constamment en fonction de l'âge, entre autres choses.

 

Comment éviter que son ado vive une situation de harcèlement ?

Deborah Kupperberg conseille aux parents de développer l'intelligence émotionnelle numérique des jeunes. Cela consiste à les responsabiliser, à les mettre en autonomie, à leur apprendre l'empathie. 

Ils doivent savoir ce qui peut être posté ou non, demander l'accord avant de partager, de commenter ou de liker.

Ils doivent apprendre à réfléchir aux conséquences pour eux-mêmes et pour les autres, à configurer les paramètres de sécurité, à ne pas relayer de contenus sexistes, racistes, humiliants...

Ils doivent savoir écouter sans juger, savoir demander de l'aide, savoir où signaler les abus, qui contacter, où porter plainte.

 

L'importance de la prévention

La prévention est un travail entre les différents partenaires : écoles et parents, le mot d'ordre étant 'non à la violence'. 

La prévention est difficile, parce que les victimes d'agression ont hélas parfois tendance à considérer que ce qui leur arrive est normal, constate Yves Collard. Elles ne se confient pas à leurs parents parce que, généralement, les enfants sont bienveillants envers leurs parents et n'ont pas envie de les rendre tristes ou de les fâcher.

La démarche principale de l'école consiste à amener les enseignants à pouvoir détecter les cas de cyber-violence, ce qui n'est pas évident, et d'en parler ensuite avec le jeune.

Enfin, la collaboration entre les adolescents est essentielle, ils cherchent entre eux une entraide en cas de coup dur.

La séquence complète est à réécouter ici

Et découvrez ici le 1er épisode de la web série : "Retour de soirée"

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