Connexions: Conflit en RDC, qui sont les responsables?

Franchissant un nouveau pas, le M23 affirme ce mercredi vouloir marcher jusqu'à Kinshasa et réclame le départ du pouvoir de Joseph Kabila.

Mardi soir, le président congolais a rencontré ses homologues rwandais Paul Kagame et ougandais Yoweri Museveni, tous deux accusés par l'ONU de soutenir militairement les rebelles.

Les spécialistes admettent qu’il est difficile de savoir si la prise de Goma marque le début d'une conquête d'un territoire plus vaste ou si elle vise surtout à accentuer la pression sur Joseph Kabila et l'ONU qui, malgré une force de plus de 17.000 militaires en RDC, a été incapable de stopper l'avancée des rebelles.

Kabila doit-il accepter de négocier ? Quel est le rôle du Rwanda et de l’Ouganda dans ce conflit ? Le mandat de mission de l’ONU sur place doit-il être renforcé ? L’Occident a-t-il laissé tomber la RDC ? Quels sont les scénarios de sortie de crise ?

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Le débat se poursuit en direct, avec Pascal Claude, ce jeudi matin, dès 8h30, sur La Première.

Et pour en savoir plus : l'intervention de notre invité :

Comment expliquer la crise actuelle en RDC ?

Trois facteurs majeurs semblent expliquer la situation actuelle à l’Est de la RDC :

  • les appétits économiques et hégémoniques de certaines puissances étrangères, dont des pays limitrophes comme le Rwanda ou l’Ouganda ;
  • les incohérences et contradictions de la Communauté internationale face à la situation au Congo ;
  • la faiblesse structurelle des institutions étatiques congolaises, et l’incapacité des dirigeants congolais à y trouver une parade.

1. Pour beaucoup d’acteurs, le chaos entretenu au Congo permet une exploitation illicite des ressources naturelles. Des réseaux maffieux, mais aussi des multinationales bien connues, achètent et commercialisent des produits issus de cette contrebande sans devoir payer quelques royalties à l’état. Et pour des pays voisins comme l’Ouganda, mais surtout le Rwanda, c’est aussi là un réservoir à exploiter ou à extraire en toute quiétude aussi bien pour assurer la gestion interne de leur clientèle politique que pour soutenir leurs efforts de développement. A cet aspect s’ajoutent évidement d’indéniables préoccupations d’ordre sécuritaires qui s’expliquent par l’essaimage de nombreux groupes armés dans la région, un phénomène que l’Etat congolais à lui seul n’est pas capable d’endiguer. Malgré ses dénégations, le Rwanda est le principal instigateur ou bénéficiaire de l’explosion des violences actuelles. A titre d’exemple, après la création du RCD en 1998, le Rwanda avait mis près de deux ans avant de reconnaître sa participation au conflit qu’il s’évertuait à présenter comme purement interne aux Congo. Avec le M23, il n’y a pas de raison qu’il change de stratégie. Et comme l’indiquent des récents rapports des experts de l’ONU, l’Ouganda joue un mauvais rôle similaire dans le conflit. Le comble c’est qu’aujourd’hui, c’est vers Kagame et Museveni que Kabila se tourne pour essayer de stopper le M23. Une stratégie dont le succès dépendra donc de la sincérité des engagements que prendraient ces deux dirigeants qui se comportent ici aussi bien en pyromanes qu’en sapeurs pompiers !

2. La " Communauté internationale " a toujours pris des positions incohérentes sinon contradictoires par rapport à la situation complexe de l’Est du Congo. On sait depuis longtemps que des armées et des entreprises étrangères y opèrent en toute illégalité et brutalité dans l’exploitation des ressources ; que le droit international y est régulièrement bafoué avec le non respect des frontières du Congo. Des ONG et autres acteurs locaux ou étrangers n’arrêtent pas de dénoncer les viols et autres exactions dont les populations locales sont régulièrement victimes. Mais on ne fait pas grand-chose pour aider le Congo à mettre fin à ce chaos. Une force internationale (la MONUSCO), bien équipée et très coûteuse, y est déployée, mais avec un mandat tellement flou ou limité, sans qu’on sache clairement à quoi sert sa présence. Dans les derniers développements qui ont conduit à la création du M23, c’est encore la Communauté internationale qui a acculé le gouvernement congolais à devoir arrêter Bosco Ntaganda pour le déférer à la CPI. Maintenant que Ntaganda et ses partisans sont en guerre contre le gouvernement de Kinshasa, où sont passés ceux qui voulaient de son arrestation ? Aujourd’hui encore, nonobstant les trois rapports des Nations Unies mettant en exergue le soutien accordé par le Rwanda et l’Ouganda au M23, et qui corroborent ce que d’autres observateurs ou analystes avaient toujours stigmatisé, aucun compromis ne se dégage au niveau international pour adopter de vraies sanctions à l’encontre de ces pays, pour les contraindre à jouer un rôle plus positif dans la crise congolaise.

3. Les autorités congolaises n’ont fait montre ni de sens de responsabilité, ni de réalisme dans la gestion de la situation au Kivu. Les troupes dépêchées sur le terrain n’ont jamais été capables de contenir l’avancée des rebelles. Il y a trop d’infiltrations dans les lignes de l’armée régulière, trop peu de soutien logistique ou même de soutien politique pour les éléments engagés au front, mal nourris, peu équipés ; etc. La faiblesse de l’armée et de l’appareil étatique en général constituent les premiers vrais problèmes actuels du Congo. Car tant que le pays ne sera pas à mesure de se défendre lui-même, tous les acteurs externes (pays limitrophes et autres réseaux) voudront toujours y aller se servir à leur guise. Malheureusement, malgré cette situation pitoyable, les dirigeants politiques congolais (toutes obédiences confondues) semblent toujours plus préoccupés par le partage du pouvoir et de ses prébendes, et peu enclins à privilégier les intérêts vitaux du pays et des populations. De même, depuis le renversement de Mobutu par un mouvement armé, et les différentes promotions ou gratifications qui ont été accordées ensuite aux " seigneurs de guerre " des années 1998 à 2003, beaucoup d’acteurs politiques ont compris qu’il est plus facile d’accéder au pouvoir par la violence plutôt que par toute autre voie. Le chaotique cycle électoral organisé en 2012 est venu par ailleurs conforter les uns et les autres dans cette conception, et cela risque d’accroître chez beaucoup d’acteurs politiques locaux la tentation de rejoindre des mouvements armés (comme le M23) en vue d’une éventuelle négociation ou d’une probable redistribution future du pouvoir. Ce qui donnerait alors à ces mouvements une autre connotation, et qui arrangerait fortement les pays aujourd’hui cités comme agresseurs ou " parrains " des " rébellions ".

***

Il est trop tôt pour prédire l’issue probable du conflit actuel. Mais pendant ce temps et comme toujours, ce sont encore les populations civiles qui paient les frais de cette conjonction des facteurs qui les dépassent, et qui ne leur bénéficient en rien.

Pour mettre un terme à cette situation, il faudra une approche globale de la complexité des problèmes du Congo, qui tienne compte de tous ces facteurs explicatifs à la fois et à tous les niveaux. Se limiter à un seul aspect du problème accouchera toujours d’une solution partielle qui ne perdurera pas dans le temps.

Dieudonné Wamu Oyatambwe

Politologue, auteur de nombreux ouvrages sur la politique congolaise

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