Connaissez-vous Jean-Georges Scholtus, maître du baroque ardennais au 18e siècle ?

Jean-Georges Scholtus, maître du baroque ardennais au 18e siècle
Jean-Georges Scholtus, maître du baroque ardennais au 18e siècle - © Musée en Piconrue

L’Ardenne a été un foyer important de l’art baroque en Europe, en particulier pour la sculpture et le mobilier religieux. Le style baroque ardennais s'est épanoui au 17e et surtout au 18e siècle. Il reste marqué par une certaine sobriété et beaucoup des œuvres qu’on peut encore voir de nos jours dans les églises ardennaises sont dues à des artisans locaux qui, souvent, se sont formés sur le tas. C’est le cas du plus doué d’entre eux : Jean-Georges Scholtus.

Le Musée en Piconrue à Bastogne lui consacre l'exposition "Voyage en Ardenne baroque. Jean Georges Scholtus maître-sculpteur", jusqu’au 2 juin. Explications avec son conservateur, Sébastien Pierre.


L'apogée du baroque 

Jean-Georges Scholtus est resté anonyme une grande partie de sa vie. Ce sont les documents d'archives qui ont permis de répertorier ses oeuvres. Les archives de Rachamps et de Rondu en particulier ont livré des informations sur ce qui a été fabriqué dans ses ateliers, à quel prix, dans quel délai. Par comparaison stylistique et par analogie, on a pu comprendre son style et déterminer ensuite quelles autres statues correspondaient à son style.  

Scholtus est en fait originaire de Bonn, en Allemagne, où il est né en 1681. Il est venu s'installer par la suite au Luxembourg où il a ouvert un atelier de menuiserie, puis il s'est spécialisé en fabriquant des sculptures en ronde-bosse pour les églises du Luxembourg belge et du Grand-Duché de Luxembourg.

Après les guerres de religion, le Concile de Trente, on assiste à la Contre-Réforme catholique. L'Eglise catholique change, tant au niveau des rituels que des bâtiments ou de l'ameublement. Elle veut en finir avec l'austérité prônée par la Réforme protestante et veut redécorer les églises, les faire foisonner en termes de couleurs, de mobilier, d'objets liturgiques. L'activité des artistes et des sculpteurs comme Scholtus en sera décuplée. On voit apparaître des autels magistraux très sculptés, des chaires de vérité, des confessionnaux, des retables, des peintures, des sculptures. Des peintres, des menuisiers, des sculpteurs locaux sont mis à contribution pour suivre cette nouvelle tendance. Cela crée un véritable élan artistique dans toute la région.

L'art baroque au 17e et 18e siècle est ainsi très bien accueilli en Ardenne et au Luxembourg. On parle même d'un courant baroque luxembourgeois, beaucoup plus foisonnant qu'ailleurs en Belgique.


Le retour des saints

Le baroque va peupler les églises de saints populaires, dans un souhait de créer une relation plus aisée vers Dieu. C'est un revirement de situation car auparavant, on considérait que les saints faisaient partie de la superstition. "Cette dévotion qui reprend du terrain est à mi-chemin entre la religion 'orthodoxe' et la superstition, on peut parler de magico-religieux, typique de la façon dont les gens exprimaient leur foi dans ces régions", explique Sébastien Pierre.

En Ardenne, le culte des saints était très important. Il y avait un saint pour toute chose, ils étaient vus comme des guérisseurs, des protecteurs, ils avaient chacun une fonction :  on invoque Saint-Hubert pour protéger les chiens et favoriser la chasse, Saint-Roch pour les maladies cutanées ou le choléra, Sainte-Gertrude contre la vermine et les rats.... 

Jean-Georges Scholtus a appris son métier de sculpteur sur le tas. Les sculpteurs voyageaient dans les villes voisines à Liège, à Cologne, à Trêves. Ils imitaient, ils copiaient les oeuvres, ainsi que celles qui existaient déjà dans les églises ardennaises. 

A l'époque, les oeuvres n'étaient pas signées par les artistes, d'où la difficulté de les attribuer. Seules les archives et les comparaisons stylistiques le permettent. Chez Scholtus, on note des visages généralement étroites, des joues bien arrondies, la bouche étroite, le nez court et fort. Le bas de la robe tombe en corolle aux pieds, le corps est toujours placé en position frontale, un pied légèrement avancé. Ces quelques éléments permettent de définir un style Scholtus, même s'il faut rester très prudent. En effet, Scholtus avait certainement une quinzaine d'ouvriers, on peut donc parler d'une école Scholtus et il est difficile de savoir si une statue est vraiment de sa main.

 

Un musée de société

Le Musée en Piconrue, fondé en 1986, a pour mission initiale de sauvegarder le patrimoine que l'histoire a relégué à un moment dans les greniers, de créer un conservatoire pour sauver l'art religieux. Les églises et fabriques d'églises, les communes, ont été sensibilisées à mettre en sécurité leur patrimoine.

Le musée est aujourd'hui dédié à la culture ardennaise au sens large, plus uniquement religieux. C'est un musée de société. L'ethnologie, la sociologie, l'anthropologie culturelle y ont leur place. Au fil de ses expositions, il montre l'évolution de l'homme dans son environnement, avec toujours comme point commun la grande Ardenne.

Le Musée en Piconrue, 2, est situé place en Piconrue 6600 Bastogne et est ouvert du mardi au dimanche.

Découvrez-en davantage sur Jean-Georges Scholtus dans un Jour dans l'Histoire, ici :     

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