Comment sommes-nous passés "Du rêve de la mondialisation au cauchemar du populisme" ?

Nous vivons actuellement un choc de modèle de nature populiste ainsi que plusieurs basculements sociétaux importants dont les manifestations sont diverses, comme avec les gilets jaunes qui expriment leur rancœur et amertume sociale. Dans son nouveau livre paru aux éditions Renaissance du Livre, Bruno Colmant s’interroge sur cette transition "Du rêve de la mondialisation au cauchemar du populisme". Il était l’invité de François Heureux dans l’émission Jour Première.

 

Racines du bouleversement

Il y a 40 ans, le monde est rentré dans une phase de néo-libéralisme prôné notamment par Thatcher et Reagan. Après le choc pétrolier, les années 70 avaient connu une forte vague d’inflation et le capital perdu plus de 40% de sa valeur. Ce fameux néo-libéralisme défend donc la restauration des droits du capital et de sa rentabilité. Beaucoup ont alors considéré que le modèle anglo-saxon était normatif et universel. Or, celui-ci était en contradiction profonde avec les États-providence européens. Aujourd’hui, avec la mondialisation et la digitalisation croissantes, la sphère marchande s’est amplifiée et les États ne sont plus capables de tenir les promesses qu’ils avaient engagées en matière de retraites ou de soins de santé. Ils se retrouvent ainsi écartelés entre les populations amères et des marchés qui leur échappent. L’illusion de l’idéologie néo-libérale aura été de croire que le marché possédait une réponse plus efficace aux problèmes sociétaux que l’État lui-même, alors qu’un pays ne se gère pas comme une entreprise.

 

Repenser le rôle de l’État

Par son essence même, le capitalisme est narcissique et emprunte le futur au détriment de ce futur (notamment sur le plan climatique). Il tend à accumuler le capital, à s’émanciper des règles et à ne pas s’auto-réguler. Les États doivent donc (ré)apprendre à dompter ce capitalisme et à tempérer ses méfaits en tenant compte des rapports sociaux.  Ils doivent également réinvestir massivement dans des projets productifs de grande envergure. Certes, ils sont déjà endettés, mais le taux de croissance est plus haut que le taux d’intérêt et jusqu’à présent cet endettement finance majoritairement des frais de fonctionnement. Une impulsion d’investissements à long terme, comme dans les années 60 par exemple, pourraient donc générer de la richesse, créer de l’emploi et assurer la transition écologique.

 

Le rapport au temps

Cette vision à long terme est véritablement la clé de la reconstruction économique et sociale pour les partis politiques selon Bruno Colmant. Le rapport au temps est en effet un enjeu crucial : le populisme est un modèle effréné, instantanée et fugace qui conduit à donner des réponses rapides et mal formulées à des problèmes maladroitement posés. Il menace de remplacer peu à peu le système social-démocrate plus tempéré et réflexif. De plus, les partisans du populisme jouent sur les émotions plutôt que sur la raison, ils clament des slogans au lieu de se soucier des défis structurels profonds. L’objectif est donc de réfléchir au modèle de société dans lequel nous voulons vivre, de structurer intelligemment les idées et de planifier pour reconstruire sur le long terme.

 

(Ré)écoutez l’interview de Bruno Colmant ci-dessous :

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