Comment s'écrit le futur de la presse ?

Comment s'écrit le futur de la presse ?
Comment s'écrit le futur de la presse ? - © JUSTIN TALLIS - AFP

C’est un constat, l’Europe et les États-Unis assistent à une diminution des éditions " papiers " de la presse. Depuis l’avènement de l’ère numérique les gens lisent moins les journaux, mais l’appauvrissement de la qualité de l’offre éditoriale contribue aussi à détourner un peu plus les lecteurs des kiosques. Les grands journaux de la presse écrite doivent actuellement se battre pour leur survie et surtout trouver de nouvelles armes face à la crise qui les décime.

Dans "Les grands patrons de presse face à l’avenir. Une enquête mondiale" (Ed. Odile Jacob), Alain Louyot est parti à la rencontre des grands patrons de presse du monde entier, ceux qui à Madrid, Stockholm, Rio, Tokyo, Washington ou Tel-Aviv font vivre magazines et quotidiens, du Washington Post à The Economist en passant par Le Monde. Une enquête, encore jamais menée, qui conduit à une réflexion approfondie sur l’avenir de la presse. Alain Louyot a été grand reporter au Point, rédacteur en chef à L’Express, directeur des rédactions de L’Expansion, et est actuellement en charge de la rubrique " The Good Paper " au magazine The Good Life.

D'où vient la crise ?

Alain Loyot s'est rendu dans le cœur des rédactions pour en prendre le pouls : "il faut voir comment cette profession lutte pour sa survie. A-t-elle des idées pour s'en sortir ? A-t-elle moral ? Ce que j'ai pu constater c'est que la crise vient, à la fois, de la mutation de la façon dont on accède à l'information mais aussi à une mutation de la médiation."

Dans les rédactions parcourues, Alain Loyot a constaté une tendance forte à vouloir proposer de la qualité : "en ce moment, les journaux sont en train de lutter pour leur survie. C'est un peu comme un marathon, une course de longue haleine où l'on attend la révélation d'un business model qui pourrait tout changer. Un modèle qui se fait attendre puisqu'on ne l'a pas encore trouvé. Alors, il faut tenir sans baisser sa garde en ce qui concerne la qualité. Il faut préserver la réputation et la crédibilité du journal."

Ce n'est pas le cas de tout les titres de presse : "Ce qui compte c'est le contenu. Je pense que c'est le contenu qui permettra aux journalistes de s'en sortir. Les journaux qui conservent cette qualité et leur réputation tiennent mieux le choc que ceux qui essaient d'émouvoir plutôt que d'informer. Être dans l'émotion et le sensationnel, c'est une politique à courte vue."

Informer de façon différente

Toutes les rédactions se sont adjointes une version numérique et pourtant, il faut faire la part des choses pour Alain Louyot : "le web et le papier sont deux choses différentes avec des exigences différentes. Le journal papier est un temps long où le développement, la réflexion et l'analyse sont des valeurs ajoutées. Le web s'inscrit dans un temps court où ce qui compte est la rapidité et l'immédiateté de l'information. Ce qu'il faut c'est une certaine agilité pour diffuser une information sous toutes ses formes. Via papier, web, infographie, vidéo, data... Il faut une gymnastique narrative, être agile et informer de peins de façons différentes."

Slow press, une façon de s'en sortir

Hugues Dorzée, rédacteur en chef de Imagine Demain le Monde : "nous sommes dans un monde de plus en plus complexe et globalisé avec un grands nombres d'enjeux et d'incertitudes. On se trouve dans un règne d’hyper-connexion, d'abondance et de zapping. Le ton médiatique ambiant est le cynisme et souvent manichéen et simpliste. Or, il y a une place pour le journalisme vivant, inspirant, de solutions. Un journalisme qui dénonce, certes, mais qui explique, met en perspective et propose des alternatives en mettant en avant des innovations sociales, économiques, environnementales... Il faut une véritable volonté d'apporter une valeur ajoutée au lieu de simplement faire du buzz ou un copier/coller. On a un devoir de revenir aux lettres du métier de journaliste."

"Séparer les faits du bruits qu'ils provoquent", c'est ce que pense Alain Louyot. "C'est indispensable de prendre le temps. Le fait n'est pas souvent ce que Bruxelles ou Paris en pensent. Le reportage, par exemple, est une façon d'aller en profondeur et de prendre le temps de comprendre le fait et ses enjeux. Lorsqu'on prend le temps de l'investigation et de l'explication, il y a une reconquête réelle du lectorat qui peut se mettre en place. Le journaliste doit être un artisan car il a la responsabilité d'informer le monde. Il doit mettre, dans son métier, de la rigueur et de l'humilité. Il doit appliquer le dicton : 100 fois sur le métier remettez votre ouvrage !"

Le conseil reportage de Véronique Thyberghien

"Quel avenir pour la presse en France ?" est un reportage France 24 de la série 7 jours en France.

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