« La propriété des terres agricoles n'a pas de sens, c'est un bien commun dont nous sommes tous responsables et dépendants »

Accès à la terre agricole
Accès à la terre agricole - © Pixabay

Nombreux sont ceux qui désirent une agriculture locale, raisonnée et durable. Certains aimeraient même se lancer dans l’aventure. Mais l’accès aux terres agricoles est devenu un vrai problème. En 30 ans, la Belgique a perdu 63 % de ses fermes, principalement les fermes de petite taille (moins de 50 hectares). La spéculation foncière sur les terres agricoles a provoqué une envolée des prix, obstacle majeur à l’installation de nouveaux agriculteurs et à la transmission intergénérationnelle des fermes.

Les terres agricoles sont aujourd'hui concentrées sur des exploitations qui deviennent de plus en plus grosses. L'agro-industrie veut des exploitations où on produit à bas coût. Les petites fermes disparaissent. On prône aujourd'hui une agriculture plus raisonnée, durable, locale, encore faut-il la trouver ! L'agriculteur existe bien sûr, mais n'a parfois pas la possibilité de travailler. Il faut une politique à la fois agricole et alimentaire. On en parle avec des acteurs qui militent pour rendre possible cet accès : Zoé Gallez (Terre-en-vue) et Yves Vandervoorde (Fugea).


Des acteurs de changement

Fugea est un jeune syndicat agricole orienté vers les jeunes agriculteurs, qui se bat contre ce modèle agricole et pour que les petites exploitations puissent obtenir de nouvelles terres. Il revendique un modèle plus durable qui rémunère mieux les agriculteurs. Il veut redonner au mot 'paysan' ses lettres de noblesse, affirme Yves Vandervoorde. La paysannerie englobe en effet une série de valeurs auxquelles les agriculteurs comme les consommateurs veulent croire.

La coopérative Terre-en-vue est constituée par la Fugea, d'autres associations agricoles, et par des consommateurs citoyens, en solidarité avec les agriculteurs. « Si les agriculteurs seuls ne peuvent plus acheter les terres parce qu'elle sont devenues inaccessibles, si on se met tous ensemble, on peut les acheter et les préserver pour cette agriculture qu'on voudrait voir se développer, explique Zoé Gallez

La vision de Terre-en-vue est que la propriété des terres agricoles n'a pas de sens. C'est un bien commun dont on est tous responsables et dépendants, si on veut se nourrir. Si on se bouge ensemble, on peut acheter les terres ensemble et cela lève la pression foncière pour les agriculteurs. »

Même si ce sont des parts de coopératives, ce sont d'énormes montants à rassembler pour pouvoir acheter ces terres. Un pot commun permet d'acheter, le moment venu, mais les gens peuvent encore contribuer par la suite. 100% de la somme est réunie au niveau local, pour favoriser le lien entre le consommateur et le fermier. Au final, c'est la coopérative Terre-en-vue qui devient propriétaire et loue la terre à l'agriculteur, sous la forme d'un quasi bail à ferme, de longue durée. Le but est la carrière de l'agriculteur. Par la suite, la transmission est favorisée pour le repreneur, lors de la remise en location.


La terre trop rare

Le prix des terres monte car historiquement, les grosses fortunes ont acheté à bon prix des terres aux petits agriculteurs ou aux gens du monde rural. Aujourd'hui, c'est l'agro-industrie qui vient acheter des terres pour pratiquer son type d'agriculture.

La terre agricole est très rare de nos jours également en raison de l'urbanisation, de l'expropriation pour la construction d'immenses zonings industriels. Un choix politique doit être fait à ce sujet. L'initiative 'Occupons le terrain' est d'ailleurs menée par des citoyens qui souhaitent arrêter ce phénomène. « On doit absolument préserver les terres, parce qu'une fois qu'elles sont recouvertes, elles ne redeviennent plus jamais des terres agricoles. Contrairement à certains pays où des zones appelées nourricières sont préservées pour la nourriture » explique Zoé Gallez

Par ailleurs, il arrive souvent que, sur des zones agricoles, on pratique autre chose que de l'agriculture, comme un manège pour chevaux par exemple.
 

La refonte du bail à ferme

La location des terres est une bonne solution si les agriculteurs obtiennent des contrats à long terme. Tout en sachant qu'ils ne pourront plus transmettre leur exploitation, c'est donc un choix à faire.

La refonte du bail à ferme vise à le rendre plus attractif. Il est un outil essentiel pour l'agriculteur, car une location précaire d'année en année n'est pas possible pour développer une activité. Les propriétaires sont encouragés à conclure des baux à ferme à long terme avec les agriculteurs, via des incitants financiers et fiscaux.

Ce nouveau bail à ferme doit être vulgarisé pour être connu et compris de tous. Il faut ouvrir le secteur pour permettre l'innovation.


Une volonté politique ?

Le citoyen n'attend heureusement pas le politique pour avancer, même s'il faudrait une autre politique européenne commune pour permettre d'arrêter cette explosion de grosses fermes. Fugea demande un plafonnement des aides, pour qu'au-delà de 100 hectares, une ferme n'obtienne plus d'aides. Cela libérerait des terres pour d'autres agriculteurs.

On constate peu à peu toutefois une volonté de la part de certaines communes de mieux gérer les terres agricoles publiques pour favoriser l'agriculture de proximité. Les terres publiques (CPAS, fabriques d'églises, communes, Etat) devraient être attribuées à de jeunes agriculteurs ou à des projets innovants de développement d'agriculture, même avec des risques d'échec.

« Il faut encourager les politiques, et ceux-ci doivent être particulièrement courageux pour prendre des mesures par rapport au foncier agricole. La propriété privée est en effet ancrée très fortement dans nos mentalités. Toucher à l'aménagement du territoire, changer l'affectation de terres est très délicat. Il faut être nombreux à le demander et à vouloir un autre choix de modèle pour le bien de tous », encourage Zoé Gallez. 

 

Découvrez ici le projet de ferme Renaud à Bourdon, possible grâce au fonds de garantie de la monnaie locale Volti, utilisée dans la région de Marche, Rochefort, Ciney.

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