Comment préparer son retour au travail après une longue absence ?

Retour au travail après une longue absence
Retour au travail après une longue absence - © Pixabay

Le nombre de personnes qui s’absentent du travail plus d’un an à la suite d’une affection psychique reste alarmant. Mais au-delà de la prise en charge, il faut aussi envisager le retour au travail. Après une absence prolongée, le collaborateur peut éprouver des difficultés à retrouver sa place dans son organisation. Pour augmenter ses chances d’un retour réussi, les trajets de réintégration ont été mis en place. Quel bilan peut-on en tirer ?

Depuis le 1er décembre 2016, le trajet de réintégration des malades de longue durée prévoit la possibilité d’accompagner les travailleurs en incapacité de travail vers un travail adapté ou vers un autre travail. Il tient compte des différentes parties prenantes : le travailleur et l’employeur, mais aussi les collègues. Des sanctions sont applicables en cas de refus.


Les chiffres

Chaque jour, 7 travailleurs sur 100 sont absents pour raison médicale. Securex effectue chaque année un baromètre de l’absentéisme : le nombre de travailleurs malades de longue durée tend à stagner depuis 2018 et dans les 6 premiers mois de 2019. L’absentéisme de courte durée continue toutefois à augmenter, observe le Dr John Colin, médecin du travail à Securex. Par courte durée, on entend moins d’un mois d’incapacité, moyenne durée de 1 mois à 1 an, longue durée au-delà d’un an.

35% de ces incapacités de longue durée sont dues à des troubles musculo-squelettiques (tendinites….). 

30% sont attribuées à des troubles psychiques (stress, burnout, harcèlement moral ou sexuel, violences au travail…). Fin 2017, 140 000 personnes étaient concernées, soit une augmentation de pas moins de 39% en 5 ans.

 

Comment s’instaure ce trajet d’intégration ?

L’employeur ne peut proposer le trajet de réintégration au travailleur qu’après 4 mois d’absence, tandis que le médecin conseil peut l’obtenir à partir de 2 mois d’absence et que le travailleur peut le demander quand il le veut. Il y a une volonté de raccourcir ce délai car pourquoi attendre pour agir ? Il est également important de responsabiliser davantage l’entreprise.

Le travailleur a parfois du mal à demander ce trajet de réintégration spontanément. Et pourtant, plus le temps passe, plus cela devient compliqué de revenir au travail et moins il y a de chances qu’il reprenne la fonction qu'il occupait. Après 6 mois d’absence, une personne sur 2 retourne à son ancien travail, après un an, ce taux n’est plus que de 20%, et après 2 ans, de 10%, précise le Dr John Colin.

"Or il faut aller vite et préparer la reprise dès les premiers jours d’incapacité de travail, mais pas trop vite non plus, car il faut laisser le temps au traitement de faire son effet, pour reprendre dans de bonnes conditions."


Le rôle méconnu du médecin du travail

On confond souvent le rôle du médecin du travail avec celui du médecin contrôle qui, lui, a comme mission de vérifier si l’incapacité se justifie ou pas.

Le médecin du travail n’est pas là pour obliger à reprendre le travail. Avec sa connaissance du terrain, il essaie de veiller à l’équilibre entre les conditions de travail, leurs exigences et les capacités restantes du travailleur.

Il ne peut pas imposer le trajet de réintégration, il peut juste le proposer. Ceux qui peuvent l’entamer sont le travailleur, éventuellement accompagné de son médecin traitant, le médecin conseil de la mutuelle et l’employeur.


Le parcours d’intégration, l’antichambre du C4 ?

Pour certains, le trajet de réintégration ne s’est pas bien passé. Il est perçu souvent comme une opportunité pour l’employeur de licencier un travailleur sans frais, grâce au C4 médical. Securex doit bien constater que la majorité des trajets de réintégration se terminent par une inaptitude définitive au travail.

Lors de ces trajets, un travail est fait pour expliquer à la personne quel est son intérêt à retourner ou pas au travail. La décision est ensuite prise à deux, même si le Dr John Colin avoue forcer parfois un peu les choses. "Un trajet n’est pas l’autre, et c’est toute la complexité de la tâche."

Le médecin du travail est bien sûr soumis au secret médical. Il doit donner un avis d’aptitude du travailleur à l’employeur, mais sans dévoiler le contexte médical.


Que faire pour que cela fonctionne ?

Il faudrait favoriser la visite de pré-reprise chez le médecin du travail, environ un mois avant le retour au travail, pour mieux envisager les diverses possibilités et les adaptations éventuellement nécessaires.

L’employeur doit quant à lui garder le contact avec le travailleur, préparer les collègues parfois mal à l’aise devant la maladie, organiser un accueil par le big boss, continuer à permettre à la personne d’être suivie tout au long de sa réintégration au travail.

Beaucoup de travailleurs et d’employeurs ne le savent pas, mais il doit y avoir un service de médecine du travail pour toute entreprise, c’est une obligation légale. Chaque entreprise, qu’elle ait 1 ou 2000 travailleurs, doit souscrire à ce service.

Le SPF Emploi a créé le site stressburnout.belgique.be pour informer sur les diverses possibilités qui existent.

Il ne faut pas oublier les syndicats, qui peuvent jouer un rôle de médiateur. Ou encore le médiateur légal : des avocats sont formés à la médiation en droit social, pour que la séparation entre l’employeur et le travailleur se passe en de bons termes.
 

D’autres outils

Certaines entreprises apportent d’autres solutions que le médecin du travail, par exemple l’accompagnement par un coach en réintégration, généralement un psychologue. Un volume d’heures est accordé au travailleur pour lui permettre de se réintégrer, de changer de fonction. Cela peut constituer une opportunité de gérer cela comme un plan de carrière positif, remarque Jean-Olivier Collinet, de Jobyourself.

D’autres aides existent, comme la Clinique du Stress, la Clinique du Burnout,… ou encore Stress out qui, outre la prévention et la sensibilisation au stress et au burnout, propose des activités, des outils pour accompagner le travailleur en incapacité de travail. Une équipe pluridisciplinaire organise méditation, hypnose, bio danza, constellations, coaching pour apprendre à mettre ses limites, dépasser ses croyances, accueillir ses émotions…. et pour pouvoir reprendre le travail dans un autre contexte.

"Les mécanismes qui mènent au burnout durent souvent depuis des années, on ne change pas du jour au lendemain, cela prend du temps. La reprise du travail n’est qu’une étape dans le rétablissement de la personne", observe Anne Habets, la fondatrice de Stress out, experte en stress et burnout, et elle-même ex burnee.            

Les employeurs eux aussi sont en demande de conseils par rapport à leurs employés en burnout. Parfois ils n’ont pas vu venir le mal-être, ils cherchent à mieux communiquer avec le travailleur à son retour, à être plus humains.

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