Comment parler du cannabis à nos jeunes ?

Les jeunes et le cannabis
Les jeunes et le cannabis - © Pixabay

Même si le profil des consommateurs de cannabis se diversifie, intégrant davantage de trentenaires et d’actifs en emploi, les jeunes générations sont celles qui consomment le plus, que ce soient les jeunes adultes (18-25 ans) ou les adolescents. Sont-ils tous égaux devant le cannabis ? Quelles sont les vrais impacts de cette drogue sur leur cerveau ? Comment débarrasser un jeune consommateur de son addiction ?

Un tiers des jeunes entre 15 et 24 ans ont déjà expérimenté le cannabis, précise Antoine Lagaude d'Epsylon. Il y a une augmentation du nombre d'expérimentateurs mais pas nécessairement du nombre de jeunes qui en fument régulièrement.

Dans le secondaire supérieur, environ 2% des jeunes fument quotidiennement du cannabis. 

L'âge du premier joint semble avoir diminué, on parle d'une moyenne de 16 ans, mais certains consommeraient dès 12 ans, explique Patrick Spapen de la Cannabis Clinic (CHU Brugmann). Or, plus on commence une consommation régulière tôt, plus on a de risques d'avoir des répercussions au niveau cérébral : concentration, mémoire, attention, cognition. Sans compter les problèmes de dépendance et de consommation problématique.

Il faut bien faire la différence entre une consommation récréative, en groupe, et une consommation individuelle, où la personne va s'isoler.


Drogue et école

L'initiation au cannabis se fait généralement en groupe, au moment où l'on construit son identité sociale, où l'on cherche à se lier d'amitié et à imiter ses amis. L'école est un lieu où l'on fait des rencontres et où l'on expérimente des produits. C'est pourquoi le milieu scolaire peut être un lieu très intéressant en termes de prévention de l'usage du cannabis.

On constate que les consommations problématiques surviennent surtout quand les jeunes sont dans des situations plus difficiles et vivent dans un certain mal-être. Il est donc important, à l'école, de sensibiliser sur le bien-être et pas uniquement sur les substances.

La question des drogues doit être abordée à l'école de préférence assez tôt. "Bien souvent, c'est fait trop tardivement, vers 16 ou 17 ans, quand on n'a plus forcément d'impact sur eux, car ils voient le professeur comme un moralisateur", regrette Antoine Lagaude.

Par contre, ce qui fonctionne dans la prévention des addictions, c'est l'entraînement aux habilités sociales, c'est à dire apprendre au jeune à s'affirmer, à pouvoir respecter ses besoins, à pouvoir refuser une invitation à consommer. Mais cela doit se faire très tôt, vers 10 ans par exemple.


Drogue et famille

On constate souvent que les jeunes sont plus informés que les parents sur le cannabis, ils en parlent entre eux, se renseignent sur internet. Les parents ont donc intérêt à bien s'informer, de manière objective, sur le produit et ses fonctions.

Il faut éviter que le sujet du cannabis devienne un bras de fer. Il est important de bien connaître son adolescent, d'être avec lui dans une relation suffisamment ouverte, où le dialogue est privilégié.

Le message le plus porteur est : 'Prends soin de toi'

En tant que parent, on explique à son enfant de 10 ans que le cannabis existe, qu'il va sûrement avoir des sollicitations de la part de ses amis, que c'est une substance qu'il va certainement expérimenter mais qu'il n'y est pas obligé, qu'il n'a pas besoin de fumer du cannabis pour se faire des amis, explique Antoine Lagaude.

On va surtout rester ouvert au dialogue et essayer de répondre au mieux à ses questions, en lui expliquant que c'est un produit euphorisant qui peut être utilisé pour, mais qui peut causer de la dépendance et des problèmes plus tard, qu'il ne faut pas s'enfermer avec le produit.
Le parent doit être présent pour savoir ce que le jeune a à dire.

Avec un ado qui consomme déjà, ajoute Patrick Spapen, il faut essayer d'être dans le questionnement, pour savoir pourquoi il consomme et ce que cela lui fait. Est-ce par solitude, par détente, pour se désinhiber, par plaisir de fumer en groupe, par expérimentation ? Il faut le sensibiliser à être prudent, à prendre soin de lui.

Les parents doivent aussi être attentifs à ces signes qui pourraient montrer une consommation problématique : les yeux rouges, un comportement plus renfermé, une chute des résultats scolaires, un désintérêt pour ce qu'il faisait avant...


Chercher de l'aide

Quand le dialogue est coupé avec son ado, qu'on ne s'en sort plus, qu'on se sent seul avec ce problème de drogue, l'inquiétude des parents fait souvent que le contrôle se renforce. Il est important de pouvoir faire appel à un tiers ou à un professionnel, pour rétablir le lien et rouvrir le dialogue, conseille Patrick Spapen.

Pour que le jeune accepte la démarche, on peut lui dire qu'on est un peu désespéré en tant que parents, qu'on a l'impression de ne pas être de bons parents pour lui, qu'on aimerait l'aider mais que sans doute on s'y prend mal. Qu'on est en difficulté et qu'on aimerait consulter, mais qu'on a besoin qu'il nous aide.

Le thérapeute sera un allié du jeune mais aussi des parents. L'idée étant que les parents deviennent un allié du jeune. Mais il faut accepter que cela prenne du temps.

Découvrez davantage d'infos dans la suite de l'émission Tendances Première.

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