Comment nous libérer du 'moi je' ?

Qui suis-je sans le 'moi je' ?, interroge Christophe Massin
Qui suis-je sans le 'moi je' ?, interroge Christophe Massin - © Points

Il veut tout contrôler, il n’est jamais satisfait. Et en plus, il est une importante source de souffrance. Il s’appelle l’ego. Et nous avons tous affaire à lui. Comment nous en libérer ? Et que reste-t-il de nous quand l’ego s’efface ? Christophe Massin est psychiatre et féru de spiritualité orientale. Il publie 'Moins d’ego… plus de joie ! Un chemin de liberté' (Points).

Christophe Massin, psychiatre de formation, exerce la psychothérapie depuis 30 ans en s’appuyant plus particulièrement sur une vision de l’homme et une pratique issues de la spiritualité indienne. Cette approche provenant de Swami Prajnanpad lui a été transmise par Arnaud Desjardins et comporte justement la particularité d’unir spiritualité et travail sur l’inconscient, dans l’amour et la joie.


Qu’est-ce qui rend véritablement heureux ?

Au départ très préoccupé de sa personne, de ses demandes, de ses désirs, Christophe Massin est arrivé, par l’expérience, à la conclusion qu’il n’y a que le fait d’aimer qui peut véritablement donner une joie stable et profonde. Il incorpore depuis la dimension spirituelle à sa démarche de thérapeute.

"Un ego bien dans sa peau, c’est déjà formidable, mais au bout d’un moment, cela devient une limite. Si on a comme seule perspective de fonctionner bien dans l’amour et dans le travail, ce qui est déjà très bien, on peut après un certain temps pressentir qu’il y a quelque chose de plus profond, qui nous appelle et qui dépasse le bien-être individuel. C’est cela la dimension spirituelle, la transcendance."

Sa vision de l’être humain diffère de la perspective habituelle de notre société, selon laquelle il faut fonctionner mieux, il faut être plus capable, il faut savoir s’affirmer, il faut réussir. Ce monde du moi fonctionne sur la compétition, la performance, le succès. Mais cela s’accompagne de tension, de peur, voire de violence.

"Au lieu d’être en compétition avec l’autre, on peut changer de perspective et être en communion, en unité avec l’autre, dans un partage, dans un échange."

Nous sommes parvenus à un point où cette logique égocentrique nuit non seulement à chacun individuellement, mais à toute la planète

Christophe Massin dénonce l’attitude des décideurs politiques face à l’urgence climatique.

Les hommes politiques sont-ils conscients de cette logique égocentrique ? Dans quelle mesure en tiennent-ils compte dans leurs actes et décisions ?

Pour être conscient de son ego, pour arriver à se voir tel que l’on est, il faut beaucoup de temps et c’est très difficile. Cela suppose une capacité d’observation neutre et bienveillante, sans jugement et donc sans excuses.

Certains courants politiques cherchent à séduire l’ego, en jouant sur la peur : c’est moi qui suis important ; attention, l’autre est un ennemi, l’autre va me prendre mon territoire, mes ressources. Ce ressort de la peur vient du monde de l’animal, il est de l’ordre de la survie, mais il est amplifié par notre fonctionnement psychique plus élaboré.


Il n’est plus temps de vouloir s’accrocher à une sécurité illusoire en se repliant sur soi, mais de se préparer intérieurement à tout

L’ego s’accroche, il veut le contrôle. Quand il a peur, tous les réflexes identitaires, populistes, d’exclusion de l’autre, de possession… se mobilisent. Dans une époque où la compétition pour tout, notamment l’eau, va s’accroître et le potentiel de violence aussi, on peut s’attendre à tout. Cette logique de peur, qui peut s’accompagner de violence, ne va pas permettre de résoudre ces énormes défis qui nous attendent. On ne peut les résoudre qu’ensemble.

"Nous entrons dans une zone d’imprévisibilité de plus en plus grande, sur laquelle nous n’avons pas la main. Se préparer intérieurement, c’est lâcher prise, ne pas entretenir en soi des scénarios de peur ou de repli, d’agressivité. C’est s’ouvrir et être en relation le plus possible avec les autres. Il est clair qu’il va falloir partager, que nos modes de vie privilégiés vont devoir changer."


La souffrance provient toujours de l’ego et de sa résistance à admettre la réalité

L’ego, puisqu’il se place toujours au centre, prend toujours contre lui tout ce qui ne va pas dans son sens. Il proteste et se débat, nous entraînant dans une grande souffrance.

Tout une part de l’ego se constitue en réaction à des souffrances qui sont notamment liées à l’enfance, voire avant la naissance. Le mouvement universel est d’essayer de se couper de cette souffrance, en trouvant des stratégies pour ne pas la ressentir, en l’occultant. Mais elle n’est pas résolue pour autant et va se ressentir tout au long de la vie.

L’ego infantile d’une personne abandonnique, par exemple, va la replacer constamment dans ces situations. Elle va se sentir abandonnée et souffrir, non pas parce qu’elle est abandonnée, mais parce qu’elle va tout interpréter dans ce sens et provoquer ainsi des réactions de rejet chez les autres.

Le travail sur l’ego et ses aspects infantiles est donc essentiel, recommande Christophe Massin.

Ecoutez la suite de cet entretien avec Christophe Massin, dans Et dieu dans tout ça ?

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