Comment les médias parlent-ils des médias ?

Comment les médias parlent-ils des médias ?
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Chronique mediaTIC du lundi 25.11.2013

Une semaine après l’attaque qui blessé grièvement un assistant-photographe dans les locaux du Journal Libération à Paris, des médias reviennent sur la couverture de ces événements.

Cette attaque faisait suite à une intrusion violente dans le bâtiment de la chaine d’information BFMTV trois jours plus tôt. Elle n’avait pas fait de victimes.

Sous le titre : " Abdelhakim Dekhar : quand les médias sont acteurs et sujet du feuilleton ", Le Monde tente de prendre du recul.

Première observation la dramatisation a été maximale. C’est Twitter qui qui donne l'alerte avec ce message d'un salarié du journal: "Coups de feu à Libération". L’Agence France Presse n'officialise l'information vingt minutes après, un retard qu’elle ne rattrapera pas. Dès le début, le tempo est donné, sur les réseaux sociaux et les chaines d’info qui ont choisi leur bandeau : "La traque" ou "Chasse à l'homme". Quant au site d’un quotidien, il titre : "Un homme armé sème la terreur à Paris". Et que penser de l’expression qui s’est très vite retrouvée à la Une : Le tireur " fou ". Question : faut-il être fou pour tirer sur des journalistes ?

Justement, il y a aussi toutes les déclarations à chaud sur les motivations du tireur. C’est l’autre versant de cette dramatisation. Sans connaitre le tireur et ses motivations, des journalistes et des politiques soulignent le caractère particulier de l’attaque. Exemple parmi d’autres : Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault " Cet acte inqualifiable (…) constitue une attaque directe contre l’un des piliers de notre démocratie, la liberté de la presse". Au point que le patron de BFMTV Alain Weill nuance en cours de journée : "Il est trop tôt pour parler d'atteinte à la démocratie. Les choses sont différentes s'il s'agit d'un déséquilibré ou d'une action organisée visant les médias".

D’où cette interpellation : les médias en ont-ils fait plus parce qu’ils étaient concernés ?

C’est l’avis de Jean-Jacques Bourdin, journaliste-vedette de RMC et BFMTV. Dès le mardi, avant l’arrestation du tireur présumé, il regrette sur Canal+ un "excès" dans le traitement de cette affaire, y compris par sa propre chaine. Il le reconnait : "Les journalistes qui parlent des journalistes, ça me gêne toujours ". Selon lui, l’affaire n’aurait pas pris cette ampleur médiatique si on avait tiré sur un bijoutier. Le directeur adjoint de Libération ravoue qu'il est "compliqué de parler de soi-même. On est plus habitué à couvrir les horreurs qui ne nous concernent pas".

À lire aussi dans le Huffington Post le billet de Guy Birenbaum. Il rappelle qu’il y a deux expressions que les journalistes ne doivent jamais hésiter à utiliser : " Je me suis trompé et " Je ne sais pas ".

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