Comment la situation des Afro-Américains a-t-elle évolué depuis la fin de l'esclavage ?

La mort de Georges Floyd soulève les foules et l’indignation générale. Elle fait aussi ressortir la question fondamentale et tristement historique du racisme aux Etats-Unis. Pierre Marlet nous propose un plongeon dans l’histoire pour comprendre comment la situation des Afro-Américains depuis la fin de l'esclavage en 1865.

L’esclavagisme

Au milieu du 19e siècle existe une question explosive : celle de l’esclavage. C’est l’héritage de ce qu’on a appelé le commerce triangulaire pratiqué intensivement par les Anglais et les Français qui allaient chercher des esclaves en Afrique, les emmenaient dans les plantations d’Amérique et revenaient en Europe avec sucre, tabac et coton. Au milieu du 19e siècle, l’esclavage est aboli en Angleterre comme en France mais toute l’économie des Etats américains du Sud, comme l’Alabama, la Georgie ou la Louisiane repose sur l’esclavage.

On estime que dans ces Etats-là, avant la guerre de sécession, une famille sur quatre possédait des esclaves.

Cette terrible époque se terminera par la guerre de sécession et l’abolition de l’esclavage inscrit dans la constitution le 6 décembre 1865.

La création du Ku Klux Klan

A peine quelques jours après l’abolition de l’esclavage, le tristement célèbre Ku Klux Klan est créé. Il a pour objectif de s’opposer par tous les moyens possibles, y compris la plus extrême violence à l’égalité entre Blancs et Noirs auxquels l’Amérique a accordé la citoyenneté et le droit de vote.

Dans le sud des Etats-Unis, les Noirs ne sont plus des esclaves, soit, mais pas question qu’ils soient sur pied d’égalité avec les Blancs.

Après l’esclavage, la ségrégation

Dans le sud des Etats-Unis va s’imposer la séparation physique entre les Blancs et les gens de couleur et ce dans tous les domaines de la vie quotidienne : à l’école, à l’hôpital, au restaurant, en prison il faut des lieux séparés pour les Blancs et pour les Noirs.

Pas de mélange, exactement comme ce fut le cas en Afrique du Sud sous le nom d’apartheid. En Louisiane, le règlement des chemins de fer impose une séparation entre Blancs et gens de couleur, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas blanc.

Un jour un passager noir s’assied dans un wagon réservé aux blancs et refuse d’en descendre. Il s’appelle Homer Plessy et l’affaire ira en 1896 jusqu’à la cour suprême de Washington. Laquelle jugera que cette séparation n’est pas contraire à la constitution tant que le traitement réservé entre Blancs et Noirs est égal.

Il faudra attendre 1954 pour que la Cour revoit ce jugement.  

Durant toute la première moitié du 20eme siècle, la ségrégation s’est imposée et même l’armée américaine qui libère l’Europe en 44-45 n’échappe pas à la règle.Malheureusement tout cela va donner le temps aux théories des suprémacistes blancs de s’ancrer profondément dans la société américaine.

100 ans plus tard

Un siècle après la guerre de sécession, dans certains Etats du sud des Etats-Unis, les mariages mixtes restent encore interdits et les Noirs ont beaucoup de mal à pouvoir exercer leur droit de vote. Tout cela va précisément basculer à ce moment-là, c’est l’époque de Martin Luther King et de la conquête des droits civiques.  

Une question de génération ?

On le voit aujourd’hui, le racisme a la vie dure et la frustration des Noirs nourrit les émeutes que nous connaissons… Pas même l’élection d’un président noir n’a permis à l’Amérique d’enterrer ces vieux démons. Preuve que la mémoire d’une société s’ancre profondément dans son histoire.

Alors certes, les Etats-Unis d’aujourd’hui sont très loin des plantations avec esclaves que l’on voit dans le film " Django unchained ou encore " Green book ". Mais tout de même. L’écrivain français André Maurois, fin connaisseur de l’Amérique écrivait ceci en 1962

Dans quelques Etats du sud, les préjugés raciaux restent d’une violence incroyable. Mais beaucoup de terrain a été conquis. Dans le Nord, l’influence électorale des Noirs est grande. Dans trente ou cinquante ans l’égalité raciale sera totale. On dira que trente ou cinquante ans c’est long mais il faut qu’une génération passe, qu’une autre monte.

Apparemment ce n’est pas encore tout à fait la bonne génération…