Quand la radio sauve la vie

"Sans ce poste de radio, on n'aurait pas survécu. La radio nous a permis de sortir à l'extérieur, mentalement." - Chantal
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"Sans ce poste de radio, on n'aurait pas survécu. La radio nous a permis de sortir à l'extérieur, mentalement." - Chantal - ©

Pour ceux qui ont peu ou pas de contact avec l'extérieur, la radio peut être vitale. Un lien, une présence, c'est ça aussi la radio, qui informe, qui divertit, qui fait passer des émotions.

Deux histoires bouleversantes pour évoquer la force de la radio, quand elle est le seul lien qui raccroche à la vie et au monde extérieur. Ou comment un petit transistor peut bouleverser une existence ...

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On se cachait sous les draps, et on écoutait, la radio collée à l'oreille ...  il y avait des voix qui ne me plaisaient pas mais d'autres dont je tombais amoureuse jour et nuit ! Tout ce qui passait à la radio devenait beau et vrai.

Chantal Sagna a quitté le Sénégal pour la France à l'âge de huit ans. Elle se retrouve alors avec une mère maltraitante qui l'enferme pendant plusieurs années avec pour seule compagnie une petite radio...

"Il ne fallait pas que ma mère sache qu'on avait trouvé cette radio. Elle devait rester cachée. Parce que tout ce qui pouvait nous faire du bien, elle nous le confisquait. Les jouets de Noël, on avait juste le temps de les voir et après elle les rangeait, on ne les voyait plus jamais."

"J'étais tellement motivée, j'aimais tellement entendre. C'était les copains, les copines que je n'avais pas. Pour moi, ils me parlaient à moi." 

La radio a fait son éducation sur tous les plans

Quand Chantal est arrivée en France, elle ne parlait que le wolof, pas un mot de français. Comme elle n'avait pas le droit d'aller à l'école, c'est grâce à sa radio qu'elle s'est fait sa petite école. C'est la radio qui l'a initiée à la langue française, mais aussi à la musique, à la politique, la géographie, la météo... 

"Sans ce poste de radio, on n'aurait pas survécu. La radio nous a permis de sortir à l'extérieur, mentalement.  Ça nous a permis de tenir le coup. Après avoir ramassé des coups, on allait écouter la radio pour oublier ce qu'on venait de recevoir. C'était pas une évasion, c'était ma vie."

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A la radio, j’ai découvert Adele, appris la mort de Ben Laden, entendu ma mère m’envoyer des messages… C’était mon seul trésor en captivité.

Le journaliste français Hervé Ghesquière, aujourd’hui décédé, a été otage des talibans pendant 18 mois en Afghanistan. La radio qu'on lui avait donnée, c'était inimaginable pour lui de s'en passer. Il s'est accroché jour après jour aux ondes de son poste pour rester connecté avec le reste du monde. 

Au moment d'être séparé les uns des autres, les otages ont négocié pour obtenir chacun une petite radio. Étrangement, les ravisseurs ont accepté, pensant qu'ils seraient plus calmes avec ce petit confort, ce fil vers la vie extérieure. Les ondes courtes passent partout, même dans les montagnes afghanes. 

"Elle m'a sauvé cette radio. Sans radio, je ne sais pas... est-ce que je serais devenu fou ? Ou pas... On sort de ce trou à rats morbide. On a la vie à côté, à l'oreille."

"On avait l'obsession permanente que la radio ne se coupe pas, qu'on n'ait plus de piles, qu'elle se casse. Parce que, sans radio, plus de vie, quoi."

"Tout ça faisait qu'on savait qu'on était soutenu. C'est le silence qui tue les otages."

Ecoutez ici, à partir de 30', le reportage d'Alice Milot 

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