Ces traces que l’évolution a laissées dans notre psychologie

Comment l’évolution a forgé notre psychologie
Comment l’évolution a forgé notre psychologie - © Pixabay

Fruits de l’évolution et de la sélection naturelle, nous avons gardé certains comportements et modes de pensée anciens, remontant à la préhistoire. Ils induisent des biais cognitifs qui peuvent encore avoir leur utilité – il vaut mieux prendre un bâton tordu pour un serpent que l’inverse –, mais qui viennent aussi fausser nos décisions quotidiennes, ou nous conduire à attribuer aux autres des pensées qu’ils n’ont pas.

Jérôme Boutang, ingénieur agronome et économiste est le coauteur de Les Biais de l’esprit – Comment l’évolution a forgé notre psychologie, aux Éditions Odile Jacob.


La psychologie évolutionniste, c’est la recherche de ce qui a fait évoluer notre façon de penser jusqu’à aujourd’hui. Cette science est peu connue chez nous, contrairement à l’Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada.

Nous sommes les descendants uniquement des gens qui ont préféré faire un détour face à un bruit dans l’herbe, qui aurait pu être celui d'un serpent.

Parmi les biais de l’esprit, certains sont utiles et se justifient encore aujourd’hui, alors que d’autres trouvent leur justification dans l’histoire. Ils reflètent des stratégies qui ont permis à nos ancêtres de rester en vie et de transmettre leurs gènes à leurs descendants. Les biais sont des adaptations à un certain environnement. Quand l’environnement change, les réponses que nous apportons ne sont plus appropriées, on parle alors d’erreur ou d’irrationalité.

Les comportements qui visent à nous mettre à l’abri d’un danger, qui était beaucoup plus important dans l’histoire de l’homme, ont permis à l’homme de se sauver, mais aujourd’hui ces biais cognitifs nous amènent à ressentir des moments d’anxiété qui ne sont pas toujours justifiés. On parle là d’une asymétrie dans les gains et les coûts.

« Le biais est donc un instinct qui nous permet de réagir rapidement, sans analyser outre mesure un danger, pour pouvoir survivre. C'est un instinct de survie si le biais s'adresse à des peurs. »


Un exemple de mal adaptation

Notre attirance très naturelle pour le gras s’explique par le fait que cela a permis une forme d’évolution chez l’homme. De même, notre attirance très naturelle pour le sucre vient du fait qu’il nous procure un certain bien-être, même si nous savons qu'il n’est pas bon pour la santé.

Ces instincts étaient parfaitement rationnels en des temps où ces denrées étaient rares et où nous avions tout intérêt à stocker sous forme de réserves, dans nos ventres et nos cuisses, cet excès temporaire de gras ou de sucre. Des périodes de disette allaient suivre et nous allions consommer ces réserves.

Ce n’est plus nécessaire aujourd’hui dans notre occident industrialisé. Voilà donc un exemple de biais qui était adaptatif dans d’autres temps mais qui est une mal adaptation dans les temps modernes.

Une connaissance de soi-même ainsi que de la raison de ces biais permet peut-être d’orienter nos choix de façon plus efficace.


L'homme vu comme objet

Certaines pensées racistes sont aussi un risque issu de biais cognitifs, affirme Jérôme Boutang. Seule l’approche évolutionniste permet d’expliquer le pourquoi de ce type de biais : notre cerveau multimodulaire a tendance à catégoriser les choses.

Comme on s’attend à ce qu’un objet inerte se comporte de telle ou telle façon, on s’attend à ce que les êtres vivants aient des intentions et des motivations par eux-mêmes.

« Le problème survient en raison du décloisonnement mental qui permet d’attribuer à un être vivant les caractéristiques d’un objet inerte et de traiter l’homme comme un objet. Et cette confusion des genres est bien le risque du racisme. »


Les biais sont partout

Nous baignons dans ces biais. Les scientifiques eux-mêmes sont conscients du fait qu’ils sont biaisés. Ils ont toutefois appris à discipliner ces biais et ils soumettent leurs théories à réfutation et à la lecture des pairs. C’est cette confrontation qui va faire une bonne théorie.

Les questionnaires auxquels nous sommes régulièrement soumis dans divers domaines posent problème. La façon dont on pose les questions va induire certaines réponses, des biais étant utilisés pour orienter la réponse.

Cette compréhension du phénomène des biais nous permet de mieux appréhender les choses, de prendre de meilleures décisions, d’éviter la manipulation, de mettre à mal les fake news.

Ecoutez les explications passionnantes de Jérôme Boutang dans Tendances Première

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