Comment Hitler n'a pas eu la bombe nucléaire

À la fin des années 1930, les recherches nucléaires progressent en France et en Allemagne. On pressent que cette énergie formidable pourrait déboucher sur des armes d’un genre inédit. Mais pour cela il faut de l’eau lourde en quantité. Or, une seule centrale hydroélectrique en produit, elle est située dans un fjord perdu en Norvège et les Allemands sont déjà sur le coup… Le documentaire Le IIIe Reich n’aura pas la bombe raconte cette histoire assez rocambolesque.


Le réalisateur français Nicolas Jallot revient sur cet épisode très particulier de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale : celui de la course à laquelle se sont livrés Américains, Allemands, Soviétiques et Français pour maîtriser la puissance atomique.

L'accent est mis sur le rôle de la France dans cette affaire, et plus spécialement celui d’un des plus grands savants français de l’époque, Frédéric Joliot-Curie, Prix Nobel de chimie en 1935 avec son épouse Irène Curie, elle-même fille de Pierre et Marie Curie.

Alors que la Seconde Guerre mondiale est sur le point d’éclater, ils savent que la maîtrise de l’atome pourrait déboucher sur une arme nouvelle d’une puissance inouïe, mais ils savent aussi que leurs collègues allemands sont au moins aussi avancés qu’eux dans leurs recherches.

La difficulté est d’arriver à contrôler la réaction en chaîne, et le seul moyen qu’on connaisse à cette époque, c’est l’eau lourde, un composé chimique obtenu par électrolyse de l’eau normale. En 1940, il n’y a qu’une seule usine au monde où l’on en produit, en Norvège et les Allemands sont déjà en train d’essayer de se procurer l’entièreté du stock disponible… 

Les Français vont réussir à prendre les Allemands de vitesse sur ce coup-là et c’est l’histoire de cette course-poursuite passionnante qui est racontée dans le documentaire Le IIIe Reich n’aura pas la bombe.

Ce n'est pas un film qui fait de l'uchronie, c'est un documentaire d'histoire. C'est intéressant de retracer cette épopée française, de montrer le rôle des Français en 1939, 1940 et celui de Frédéric Joliot-Curie et de son épouse dans la Résistance française.

La France et l'Allemagne en tête de la course au nucléaire

Nicolas Jallot a d'abord cherché à comprendre quelle avait été l'attitude des scientifiques au début de la Seconde Guerre Mondiale. Avant la guerre, la communauté scientifique européenne et internationale est très soudée, tous ces savants se connaissent personnellement : Heisenberg, Joliot-Curie, Albert Einstein, Otto Hahn, Leo Szilard,… Ils se rencontrent dans des colloques scientifiques internationaux, comme les rencontres de Solvay en Belgique, échangent des informations, ils ont parfois travaillé ensemble.

C'est la France et l'Allemagne qui font la course en tête dans le domaine de la recherche nucléaire. Les Etats-Unis n'y croient pas du tout, ils prendront le relais grâce à l'immigration. Ni la Grande-Bretagne et encore moins l'URSS de Staline, qui s'y intéressera seulement via l'espionnage pendant la guerre et à la fin de la guerre, au moment de la bombe atomique. 

La figure centrale, parmi les savants allemands qui travaillent sur l'énergie atomique, est le physicien allemand Werner Heisenberg, prix Nobel de physique en 1932, pour qui Hitler fera construire un extraordinaire laboratoire au centre de Berlin.

Ce sont les Allemands qui vont découvrir la fission et la réaction en chaîne et c'est le Français Joliot-Curie qui transformera en pratique cet essai. A la veille de la guerre, Einstein prévient Roosevelt du danger de cette invention, mais celui-ci aura du mal à prendre au sérieux cette menace si abstraite.
 

L'Allemagne aurait-elle pu avoir la bombe ?

Quand la guerre éclate, il y a bien sûr des ruptures au sein de cette communauté internationale de savants. Certains ont déjà fui l’Allemagne, notamment les juifs, d’autres vont quitter la France ou la Grande-Bretagne pour rejoindre les équipes que les Américains constituent autour du projet Manhattan.

Mais d’autres, comme Werner Heisenberg, vont rester en Allemagne et continuer leurs travaux. Aurait-il pu mettre au point la bombe atomique nazie ? Deux thèses s'opposent.

  • La première est que Heisenberg n'aurait pas suffisamment avancé dans ses recherches. 
  • La deuxième dit qu'il les aurait volontairement ralenties. Il faut savoir qu'il n'était pas un nazi, il était proche d'Einstein, il avait des amis juifs. Il était conscient qu'en donnant une nouvelle arme aux Allemands, il serait vite dépassé. Paradoxalement, en tant que scientifique, il avait quand même envie d'être le premier. Pour des raisons de conscience et d'humanisme, il n'a pas accéléré ses recherches, il n'a pas demandé les super moyens qui lui auraient permis d'être le premier.
     

Frédéric Joliot-Curie

Frédéric Joliot-Curie est engagé, non seulement dans la Résistance, mais aussi dans le Parti Communiste Français, le premier parti résistant en France. C'est pour cela que lors de la Libération de Paris, il sera tenu à l’écart de l’opération américaine ALSOS qui vise à faire main basse sur les travaux allemands avant les Soviétiques. Les Américains découvrent avec stupeur qu’il est communiste et craignent qu'il ne transmette des informations aux Soviétiques. Il prendra sa revanche sur les Américains lorsqu'il sera engagé par le CNRS, fondé à l'entrée de la guerre, pour prendre la tête de la mission en Allemagne. 

En 1947, Frédéric Joliot-Curie joue son propre rôle dans un film intitulé "La Bataille de l’eau lourde", une histoire où tous les protagonistes jouent leur propre rôle, à l'exception des Allemands. Ils rejouent exactement les événements tels qu'ils les ont vécus. Les enjeux sont clairement expliqués. C'est là leur contribution à l'Histoire, qu'ils ne veulent pas voir transformée.

'Le IIIe Reich n'aura pas la bombe' est à voir dans Retour aux sources,
vendredi 15 février à 23h05 sur La Une
et samedi 16 février à 21h05 sur La Trois

Et en attendant, écoutez ici l'entretien de Nicolas Jallot avec Jean-Pol Hecq

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