Comment forcer la diversité dans les médias?

Il y a toujours 2 fois plus d'hommes que de femmes dans les médias
Il y a toujours 2 fois plus d'hommes que de femmes dans les médias - © Pixabay

Les baromètres sur la diversité dans les médias se suivent… et se ressemblent. Que ce soit du côté des journalistes ou des personnes interviewées, la diversité qui existe dans la population est loin d’être respectée. L’homme blanc est toujours le plus présent.  Et ce malgré la globale prise de conscience du secteur. Alors, comment changer les choses ? Comment forcer le changement ?  

A l’occasion de la sortie de son 15e numéro, le magazine d’investigation Médor a lancé des initiatives pour tenter de modifier ce constat. Médor, depuis sa création, a souhaité affirmer des valeurs fortes, parmi lesquelles l'égalité hommes-femmes.

"Mais force est de constater, avec le recul, que les bonnes intentions ne suffisent pas : les journalistes qui mènent les enquêtes sont toujours plutôt des hommes et l'information publiée reste plutôt masculine, dans le sens où ce sont plus souvent des hommes qui sont cités comme experts ou comme intervenants", explique Céline Gautier, journaliste chez Médor

Il est donc temps aujourd'hui de s'attaquer à cette question pour refléter au mieux les différentes sensibilités de la société.


Une situation qui évolue peu

Sabri Derinöz, chercheur sur le thème de la diversité dans les médias, a participé depuis 2011 à divers baromètres du Conseil supérieur de l'Audiovisuel - CSA, ou encore de l'Association des Journalistes belges - AGJPB, et le même type de chiffres revient de façon récurrente :

  • Il y a toujours généralement 2 fois plus d'hommes que de femmes dans les médias.
  • Et dans des situations généralement plus prestigieuses : 80 à 90% des experts invités sont masculins. On trouve un peu moins d'inégalités dans des situations où les rôles médiatiques sont moins prestigieux.

Nos médias reflètent donc assez peu la société dans son ensemble : hommes, femmes, origines sociales, handicap, parcours professionnel, âges... "Les journalistes sont pourtant de plus en plus conscient de la problématique de la diversité, de l'égalité, mais dans les faits, la production médiatique, si elle n'est pas encadrée par des changements structurels, se retrouve toujours à reproduire les mêmes schémas de pensée, où l'on choisit ce qui nous ressemble, ce qui nous semble important, et où les mêmes groupes s'accaparent toujours la parole".

 

Un plan diversité

Sabri Derinöz constate que les gens qui n'ont pas accès à l'information vont s'arranger pour pouvoir exprimer leurs opinions dans l'espace public d'une autre manière, entre autres via les réseaux sociaux. De là se développent de plus en plus de petits médias indépendants, créés par des groupes minorés. Les médias traditionnels ne sont pas suffisamment à l'écoute de ce problème et la distance se creuse de plus en plus. C'est le cas chez Médor également, même s'il y a depuis le début une prise de conscience de cette question.

Dans un article qui sort cette semaine, intitulé 'Boule à facettes', Médor annonce un grand plan diversité, une série de mesures concrètes pour aller à contre-courant de cette tendance, comme par exemple :

  • une bourse de journalisme de 4000 €. Le journaliste type est un homme blanc, universitaire, d'une quarantaine d'années, d'opinion plutôt de gauche, de catégorie sociale plutôt élevée. Médor cherche à recruter des personnes qui se situent en dehors de ce profil, qui sont un peu moins 'visibles', qui proposent autre chose.
  • un 'Médor Tour', pour sortir des bureaux de Bruxelles et aller sur le terrain se reconnecter à toute une partie de la population. L'objectif est de ne pas être un média d'élite, mais plutôt un média qui a un impact positif sur les citoyens. Entre septembre et novembre 2019, l'équipe s'installera dans 4 villes de Wallonie, pour rencontrer d'autres réalités sociales, d'autres lecteurs.


Une question universelle

La problématique prend place de plus en plus dans les agendas des médias, en particulier depuis le mouvement 'Me Too'. "Mais en parler ne suffit pas. C'est toujours le même constat : les baromètres d'il y a dix ans sont les mêmes que ceux de maintenant. Il faut vraiment commencer à réfléchir à la manière dont on produit l'information. Le but est d'empêcher que la structure mène constamment à une situation homogène", explique Sabri Derinöz.

Cette question de la diversité se pose dans beaucoup d'autres pays. Le GMMP - Global Media Monitoring Project - s'intéresse aux questions de genres et, dans son rapport publié tous les 5 ans, a établi en 2015 que la moyenne mondiale de la présence de femmes dans les médias était d'environ 25%. La Belgique est le plus mauvais élève au niveau de la presse écrite. En audiovisuel, les chiffres de la diversité sont un peu meilleurs, là où il s'agit de 'montrer' les gens.

La RTBF a lancé un magazine féminin, des émissions pour les publics gays ou lesbiens, mais comment éviter de communautariser, de mettre les personnes dans des cases ? Il faudrait que les médias soient plus inclusifs, que les médias diversifient leurs équipes, pour un changement durable, recommande Céline Gautier.

 

Retrouvez l'article sur la diversité
et les conditions d'accès à la bourse
sur le site de Médor

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