Comment expliquer le boom des sports de combat au féminin ?

La Belge Delfine Persoon et la Française Myriam Dellal - WBC World female lightweight title au 5e 'Boksgala Zwevezele', Wingene, 11/11/2017
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La Belge Delfine Persoon et la Française Myriam Dellal - WBC World female lightweight title au 5e 'Boksgala Zwevezele', Wingene, 11/11/2017 - © KURT DESPLENTER - BELGA

Autrefois strictement réservé aux hommes, l’univers de la boxe intéresse aujourd’hui de plus en plus de femmes. Certaines disent trouver quelque chose de rassurant dans la pratique de ce sport.

Qu'est-ce qui pousse ces enseignantes, ces avocates, ces cadres, ou ces indépendantes… à chausser des gants ou à pratiquer d’autres sports de combat, comme le Krav Maga ?

Tendances Prem1ère s'intéresse aux sports de combat au féminin avec
Maïté Czupper, médecin esthétique et responsable de MC Boxing,
Serge Bridoux, directeur de la Fédération belge de Krav Maga
et Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef de Sport et Vie
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On constate dans les salles une véritable explosion de la self-défense et des sports de combat pour les femmes. Certains clubs accueillent même une majorité de femmes. Avec une option différente que chez les hommes, chez qui l'aspect compétition et combat prime souvent. Car elles voient ces sports plutôt comme une excellente façon de garder la forme, de développer ses réflexes, en plus de l'aspect self défense. Et ce n'est certainement pas la médiatisation qui amène cette explosion... La Belge Delfine Persoon, par exemple, est sextuple championne mondiale de boxe et pourtant, personne ou presque ne la connaît en Belgique...

Alors comment expliquer ce phénomène ?

Maïté Czupper, responsable du club MC Boxinga commencé la boxe au départ pour une remise en forme. Très rapidement est venu le virus de la boxe. "Ce sport amène tellement de choses... La boxe, c'est carré, c'est le ring, c'est des limites. On apprend à se connaître soi-même, à toucher ses propres limites, à se respecter soi-même, à respecter l'adversaire. Moi je ne vois plus la violence dans ce sport, parce que c'est tellement technique." 
La boxe a changé sa vie, a fait d'elle une meilleure personne, un meilleur médecin. "C'est thérapeutique car ça permet de se reconnecter au plus profond de qui on est. Même si c'est un sport individuel, on ne monte pas seul dans un ring. On est entouré par son soigneur, par son coach. Il y a le troisième homme, il y a un arbitre, donc il y a des règles très claires. Il y a un respect immense entre les deux boxeurs et il y a très peu d'agressivité autour du ring. (...) Je pense que c'est un sport extrêmement noble, extrêmement beau, qui peut amener tellement de choses bénéfiques, si ça reste dans un cadre bien défini."

Serge Bridoux est directeur de la Fédération belge de Krav Maga. Tout droit venu d’Israël, le Krav Maga est un système de self défense logique, contemporain, issu du monde militaire, donc assez pragmatique, simple à comprendre. Les gens cherchent aujourd'hui à se sentir plus en sécurité, mais ce n'est pas le seul objectif. "En même temps, on ne pose pas trop de questions. Ça ne nous regarde pas vraiment les raisons pour lesquelles les gens veulent pratiquer le Krav Maga. (...) Il y a de plus en plus de femmes qui le pratiquent. Est-ce que les médias ne sont pas un peu responsables, en parlant sans cesse de violence, de harcèlement sexuel... ?"

Pour le rédacteur en chef de Sport et Vie, Gilles Goetghebuer, il y a une différence de motivation entre ceux qui optent pour les disciplines héritées d'arts martiaux et ceux qui choisissent la boxe, surnommée 'le noble art', où il y a une chorégraphie, un ballet, une gymnastique où la forme prédomine sur la self défense.

Les sports de combat augmentent-ils l'agressivité ?

Souvent les gens très agressifs ne pratiquent pas de sports de combat, remarque Serge Bridoux. "En tout cas dans le Krav Maga, beaucoup d'élèves se trouvent justement peu agressifs et ont peur. C'est la peur peut-être qui les pousse à pratiquer une discipline qui leur permettrait de faire face à ces gens agressifs. Maintenant, on a rarement des sportifs ou des pratiquants d'arts martiaux qui enclenchent le conflit. Ils se défoulent dans les salles d'entraînement et n'ont pas de nécessité à être agressifs. L'un des paramètres les plus importants du Krav Maga, c'est l'aspect mental, le détachement, l'abandon de l'ego et de la vanité, la connaissance de soi-même. Je pense que c'est très similaire à toutes les disciplines de combat."

"Le fait de combattre, c'est vaincre une inhibition, celle de risquer de faire mal et de se faire mal, précise Gilles Goetghebuer. Ça s'accompagne d'un travail sur soi, de marquer très nettement les limites de ce qui est permis et de ce qui est interdit, d'avoir le respect de l'autre même dans le combat. Il y a un encadrement qui doit se faire et qui donne aux clubs de boxe et d'autres arts martiaux cet aspect éducatif. De nombreux boxeurs disent que la boxe les a sauvés de la délinquance."

"En même temps, il ne faut pas faire preuve d'angélisme. Certains s'inscrivent dans les clubs avec l'idée de maîtriser les techniques de combat et de s'en servir dans un cadre tout à fait autre. Et là actuellement, on a un gros problème qui est l'infiltration par des mouvements plus ou moins liés au djihadisme des clubs de combat."

Aujourd'hui, on constate que des grandes stars, des mannequins font de la boxe. Pourquoi ? "D'une part pour travailler leur corps, d'autre part pour se défouler, pour être centrée, pour apprendre à se respecter, explique Maïté Czupper. De nouveau c'est une question de limites, apprendre à dire non. En boxe, on dit mettre sa gauche, mettre son bras en avant : c'est pour arrêter son adversaire, pour dire stop, pour dire non, ça ce sont mes limites, personne ne rentre."

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