Comment 900 personnes ont été tuées en RDC sans que (presque) aucune image soit diffusée

Que s'est-il passé dans la ville de Yumbi, entre le 16 et le 18 décembre dernier? Sur 2 jours, des tueries ont fait près de 900 morts. Ce sont les chiffres que donnent le Bureau des Nations Unies pour les Droits de l'Homme. Un épisode extrêmement violent pour lequel il n'y a presque pas d'image. Et les photos qui existent ont d'abord très peu circulé.

Celles que l'on voit aujourd'hui montrent des corps au sol, des hommes assis. Et autour, les regards hagards des uns et des autres. La photo a apparemment été prise devant l'hôpital de Yumbi, ville de 20 000 habitants, à 300 km au nord de Kinshasa, sur les berges du fleuve Congo. Autre photo: un prêtre en robe blanche, entouré de 3 militaires. Cette fois, ils sont devant l'église de Yumbi. Ces photos-là ont été prises entre mi-décembre et le 31 décembre. 

Internet est coupé. C'est le black out

Dès ce moment-là, on sait que des tueries ont eu lieu entre 2 communautés: les Batende et les Banunu, à la suite de l'inhumation d'un chef coutumier Batende en territoire réclamé par les Banunu. Mais après le 31 décembre, c'est le black-out.
Les autorités coupent Internet, après les élections en République Démocratique du Congo. Il devient impossible de vérifier la validité de ces photos. Et puis de prendre contact pour savoir ce qu'il s'était passé sur place. La région est terriblement reculée et enclavée. Les journalistes sont dans les grandes villes, occupés sur les résultats des élections qui sont en train de tomber de manière erratique. Des médecins partent sur place, un convoi de l'ONU également. Mais une fois sur place, ils n'ont aucun moyen pour communiquer. Ou envoyer des images.

On peut voir les victimes, mais pas retracer le fil de l'histoire

Début janvier, des équipes de la RTBF, à qui le visa avait été refusé par les autorités de République Démocratique du Congo, et qui étaient au Congo-Brazzaville pour couvrir les élections, se sont rendus de l'autre côté du fleuve Congo, là où les habitants de la ville de Yumbi ont traversé le fleuve pour fuir. 16 000 réfugiés sont là. Ils témoignent, auprès de nous journalistes, rapportent le chiffre de 200 morts. La situation est visiblement terrible. L'horreur commence à se dévoiler. Mais toujours impossible d'avoir une vue d'ensemble sur ce qu'il s'est passé.

Premier bilan et retour d'internet

Le 16 janvier, l'ONU qui a envoyé un convoi sur place, annonce un bilan provisoire d'au moins 890 morts. 3 jours plus tard, le 19 janvier, Internet est rétabli en République Démocratique du Congo. Et les témoignages commencent à se propager. Les Observateurs de France 24 parviennent à peu à peu refaire le fil de ces journées du 16 au 18 décembre. Et laissent apparaître toute l'horreur: le 16 décembre, des hommes en armes à feu et en armes blanches sont arrivés dans Yumbi en début d'après-midi. L'attaque dure 1h45, environ, raconte un témoin. Dans les jours qui suivent, des villages alentours sont également attaqués. Aujourd'hui, les journalistes commencent à arriver sur place. Et ils découvrent une ville fantôme: les 20 000 habitants de Yumbi rentrent au compte-goutte. Le directeur du Bureau des nations unies pour les droits de l'homme explique qu'il y a une cinquantaine de fosses ou de tombes communes qui ont été identifiées. Certaines d'entre elles peuvent contenir 5, 10, 100 corps, ou plus dit-il. Le décompte macabre n'est peut-être pas terminé.
Et peu à peu, les autorités congolaises évoquent un massacre planifié plutôt que des tensions inter-communautaires spontanées.

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