[A REECOUTER] Coluche, un parcours fulgurant

Coluche
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Adulé ou détesté, Coluche ne laissait personne indifférent. Malgré une courte carrière, il a marqué de son empreinte le music-hall, le cinéma et la politique de 1974 à 1986, année de sa disparition. Retour sur le parcours fulgurant de cet artiste tantôt attachant, tantôt énervant, grâce aux archives de la SONUMA.


Blouson noir ? Il s’en est fallu de peu

Michel Colucci naît à Paris le 28 octobre 1944 d’une mère française, Simone Bouyer, et d’un père italien originaire du Latium, Honorio Colucci. Ce dernier contracte la polio en 1947 et meurt alors que le petit Michel n’a que trois ans.

Désormais seule, Simone, que tout le monde appelle Monette, enchaîne les petits boulots et enfile les salaires de misère. L’argent manque à la maison. " Quand j’étais petit, le plus dur c’était les fins de mois, surtout les 30 derniers jours ", dira Coluche bien plus tard.

Le parcours scolaire de Michel Colucci s’arrête au certificat d’études. L’adolescent traîne dans les rues avec sa bande de copains, du côté de Montrouge, dans la banlieue sud de Paris. Il commet quelques larcins et se fait repérer par la police. Il est à deux doigts de basculer dans la délinquance.

Il enchaîne alors les petits boulots à Paris : il devient tour à tour fleuriste, garçon de café, livreur ou encore pompiste. Il se passionne pour les sports mécaniques et commence à s’intéresser au monde du spectacle. Après son service militaire qu’il accomplit en 1964, celui que ses copains appellent désormais Coluche, commence à chanter Ferré, Brassens, Vian, Montand aux terrasses des cafés puis dans les cabarets de la rive gauche.


Le Café de la Gare

Entre un boulot de régisseur et de barman, Coluche rencontre Romain Bouteille dans le tumulte de Mai 68. Ils en ont assez tous les deux de cachetonner un peu partout. Ils veulent un endroit à eux qui fonctionnerait selon leurs règles : on partage tout, les décisions et les recettes.

Les deux amis trouvent le lieu rêvé : une fabrique de ventilateurs à l’abandon. Avec quelques amis, parmi lesquels il y a Patrick Dewaere et Henri Guybet, ils rénovent l’endroit et le transforment en café-théâtre, l’un des premiers de Paris, qu’ils baptisent : 'Le Café de la Gare'Parmi les fondateurs, il y a aussi Sylvette Herry qui est à l’époque la petite amie de Coluche. Elle a très vite changé de nom pour devenir Miou-Miou.

Le Café de la Gare est une réussite. Sur scène, les apprentis-comédiens régalent le public. En coulisses, en revanche, c’est moins drôle. Coluche est irritable, tyrannique et agressif. L’alcool aidant, il devient incontrôlable. Après une altercation violente avec Patrick Dewaere et Romain Bouteille, la troupe le jette dehors.


En solo

En 1971, Coluche crée sa propre troupe ‘Le vrai Chic Parisien’où il écrit seul pour la première fois ses pièces de théâtre : ‘Thérèse est triste’ puis ‘Ginette Lacaze’Rattrapé par ses démons et son addiction à l’alcool, il devient vite insupportable et se fait éjecter de la formation qu’il a lui-même créée.

Coluche entame alors sa carrière solo. Il invente un personnage outrancier, une caricature du Français moyen : râleur, grossier et raciste, qu’il incarne le nez peint en rouge, comme s’il était éternellement sous l’influence de l’alcool, déguisé en salopette rayée et T-shirt jaune.

Il commence à présenter ses sketches au public en 1974. Le succès ne se fait pas attendre. En février 1975, il se produit 15 jours à l’Olympia, en tête d’affiche avec son spectacle ‘Mes adieux aux Music-Hall’. Coluche est alors pris dans un véritable tourbillon : il enchaîne les prestations à la télévision, à la radio, écrit de nouveaux spectacles qu’il joue à guichets fermés.

A la fin des années 70, les blagues belges sont à la mode en France. Coluche va exploiter le filon dans un sketch qui mettra en colère une partie de l’opinion publique belge, qui le prendra au premier degré. Il devient chez nous un personnage haïssable, représentatif de ces Français arrogants qui se moquent des 'p’tits Belges'.

Malgré les cris d’orfraies et les protestations indignées, Coluche remplit les salles en Belgique.


Un gag qui tourne mal

En 1980, Coluche est épuisé. Il dit "qu’il a porté un mec sur ses épaules pendant 6 ans et que son personnage est une charge". Il répète à qui veut l’entendre qu’il va tout quitter et partir à la Guadeloupe où il a acheté une maison.

Mais avant de quitter Paris et la France métropolitaine, il lance un dernier pavé dans la mare… Il se déclare candidat aux élections françaises. Il va subir des pressions sous des formes diverses : il fait l’objet de surveillances, de filatures, il reçoit des menaces de mort et subit des campagnes de désinformation dans la presse, dans le but de salir sa réputation.

Un sondage crédite l’humoriste d’un score de 16% au premier tour de l’élection présidentielle. Les candidats des partis officiels s’inquiètent de l’ampleur que prend cette candidature qui n’en est pas une… Ils envoient des émissaires auprès de Coluche afin de le dissuader de poursuivre son action. En pure perte.

Mais Coluche peine à récolter les signatures de 500 maires, obligatoires pour valider sa candidature. Et puis, des tensions naissent dans son équipe : la tournure que prend ce qui était au départ un gag ne fait plus rire grand monde. Coluche, lui, continue à se prendre au jeu. Il brûle sa dernière cartouche en lançant une fausse grève de la faim puis finalement jette l’éponge, à deux mois du premier tour.


Une période difficile

C’est alors le début d’une longue descente aux enfers. Nous sommes en 1981. Après son divorce, Coluche traverse une période noire. Il vit en Guadeloupe avec la compagne de son ami, Patrick Dewaere. Ce dernier, profondément meurtri par cette trahison, se suicide avec le fusil que Coluche lui a offert.

Rongé par le remords, Coluche sombre de plus belle dans la dépression et devient accro à l’héroïne. Il parvient toutefois à honorer ses engagements au cinéma. Il joue dans ‘La Femme de mon pote’ de Bertrand Blier, ‘2h moins le quart avant Jésus Christ’ de Jean Yanne, ‘Banzaï’ de Claude Zidi et ‘Tchao Pantin’ de Claude Berri.

Alors que le tournage de ‘Tchao Pantin’ commence en 1983, Coluche est au plus mal. Entre lui et le personnage de Lambert qu’il incarne, un ex-flic alcoolique au bout du rouleau, il n’y a guère de différence.

A sa sortie, le film est un succès. Coluche bouleverse le public et la critique. Sa performance lui vaut de remporter le César du meilleur acteur en 1984.


Les Restos du Coeur

1984 : Coluche remonte la pente, revient à Paris et mène de nouveaux combats. Il participe à la création de SOS racisme, s’engage contre la famine en Ethiopie puis lance les Restos du Cœur en septembre 1985.

Coluche fait appel à la générosité du public et de quelques célébrités. Il obtient également l’aide de grandes enseignes de la distribution. Mais cela ne suffit pas. Il lui faut aussi l’appui des pouvoirs public, du gouvernement et pourquoi pas de l’Europe. Il plaide sa cause devant le Parlement européen et vient soutenir l’opération en Belgique où les Restos du Coeur ont été lancés.

Mais Coluche est victime d’un accident dans le sud de la France, le 19 juin 1986. Sa moto heurte un camion qui se trouve en travers de la route. Tête la première, il percute violemment l’avant du véhicule. Il meurt sur le coup.

Alors qu’il préparait son retour sur scène, Coluche disparaît brutalement à 41 ans. Adulé ou détesté de son vivant, il reste aujourd’hui encore un artiste qui ne laisse personne indifférent.

 

Le Fantôme de la Radio
une émission préparée par Eric Loze
avec le précieux concours de la SONUMA,
l’entreprise qui sauvegarde et met en valeur les archives audiovisuelles de la RTBF

Enregistrement et montage : Jonathan REMY

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