Claude Rolin est l'invité de Matin Première

Claude Rolin est secrétaire général de la CSC, nous évoquerons avec lui vers 7h45 la manifestation syndicale du jour.

 

Texte de l'entretien:

GL    : - Et notre invité ce matin, c'est donc Claude Rolin, Secrétaire général de la CSC, Bertrand Henne.

BH    : - Bonjour, Claude Rolin.

CLR  : - Bonjour.

BH    : - Est-ce que, ce qui se passe aujourd'hui, c'est une manifestation anti-Monica De Coninck, la Ministre de l'Emploi qui, dit-on, vous irrite beaucoup ?

CLR  : - Non, ce n'est pas une manifestation anti Monica De Coninck, c'est clairement une manifestation pour dire de façon très, très forte au Gouvernement mais aussi au patronat, que les travailleurs salariés de ce pays, qu'ils aient un travail ou qu'ils n'en aient pas, en ont marre, en ont marre de payer pour une crise qui n'est pas la leur.

BH    : - Oui, ça, c'est pas nouveau, ce message, ça fait des années que vous le dites, pourquoi il y a manifestation aujourd'hui, c'est parce que Monica De Coninck a traîné sur certains dossiers, je reviens à ça ?

CLR  : - Pas que Monica De Coninck, non, moi, je ne veux pas limiter à une seule personne, nous sommes en face d'un Gouvernement, un Gouvernement avec plusieurs partis politiques, ça doit sûrement être compliqué à gérer d'ailleurs, je ne voudrais pas être à la place du Premier ministre mais clairement, on a deux choses. Un Gouvernement qui a pris des décisions dans le dernier budget, décision de limiter l'augmentation des salaires à l'indexation et aux augmentations barémiques, décision de modifier la loi de 1996 qui est une loi qui encadre déjà l'évolution des salaires et on ne sait pas comment il va le faire mais on sait qu'il a un objectif. Un objectif qui pourrait conduire à ne plus avoir de possibilité dans ce pays, de négocier les salaires pendant 6 ans. Ca veut dire mettre la concertation sociale au frigo, au frigo, non au congélateur et on sait que rester 6 ans dans le congélateur, on peut en sortir mort et donc ça, on ne le veut pas. Parce que nous croyons à la concertation sociale, c'est quelque chose d'important.

BH    : - Ca veut dire que le Gouvernement doit revoir sa copie ? Alors on sait que politiquement, c'est très compliqué, vous avez dit, il y a évidemment plusieurs partis au sein de ce Gouvernement, est-ce que vous pensez vraiment, est-ce que c'est une revendication à laquelle, vous pensez pouvoir arriver, c'est de remettre en cause le compromis gouvernemental sur le gel des salaires ?

CLR  : - Le Gouvernement doit comprendre que s'il n'y a pas un espace de négociations possibles, de concertations possibles dans les secteurs et dans les entreprises, c'est la mort de la concertation sociale.

BH    : - Ca veut dire que dans certains secteurs, la chimie par exemple dans lequel ça se passe bien, il faut pouvoir aller au-delà de ce qu'a dit le Gouvernement ?

CLR  : - Il faut en tous les cas que le Gouvernement puisse définir des espaces qui permettent la réalité d'avoir une concertation sociale, qui soit une concertation libre et responsable et je dis, et responsable, parce qu'on ne peut pas faire n'importe quoi. Mais les salariés dans les entreprises, savent très bien, quelle est la situation de l'économie, savent très bien que nous sommes dans une situation de crise. Il y a une deuxième raison qui justifie cette mobilisation, c'est que malgré le fait qu'à cause de ce blocage salarial, il n'y a pas de possibilité d'avoir un accord interprofessionnel. Les interlocuteurs sociaux ont travaillé à quand même rendre des avis communs au Gouvernement.

BH    : - Notamment sur les plus bas salaires ?

CLR  : - Adaptation des allocations sociales au bien être, les salaires minimum, la fin des discriminations sur les salaires des jeunes et le Gouvernement ne met rien en oeuvre. Et donc on a le sentiment, un petit peu comme si nous étions face à une lasagne, on nous met une couche et puis pour arriver à la deuxième couche, il faut attendre et puis à la deuxième couche, on nous dit, non, non, attendez, on va en mettre une troisième et à un moment la lasagne, même si elle n'est pas de cheval, elle devient indigeste.

BH    : - Et justement pour revenir au Gouvernement et l'attitude par rapport aux différents avis que vous avez rendus notamment sur les plus bas salaires, Monica De Coninck dit ce matin, c'était hier, pardon, dans l'hebdomadaire "Humo", il est temps que les syndicats songent à l'emploi de demain. Elle dit aussi, les syndicats restent persuadés qu'un patron d'entreprise, est quelqu'un avec un haut de forme et un cigare en bouche, qu'est-ce que vous pensez de ça ?

CLR  : - Pour dire ça, je ne sais pas dans quel monde, la Ministre vit, en tous les cas, cette façon caricaturale d'avoir cette vision syndicale, est complètement dépassée et complètement erronée et absurde, enfin, soyons clair, nous comme organisation syndicale, nous savons très bien que nous avons besoin d'entreprises en bonne santé parce que c'est à partir d'entreprises en bonne santé que nous avons de l'emploi mais pour ça, il faut conduire des politiques qui y mènent. Et ce que je voudrais de la Ministre de l'Emploi, c'est qu'elle ne soit pas la Ministre du Chômage mais qu'elle soit réellement la Ministre de l'Emploi.

BH    : - Pour l'instant, c'est plutôt le Premier qui, vous dites, elle est plutôt la Ministre du Chômage pour l'instant, c'est ce que vous dites ?

CLR  : - Il faudra un jour qu'on m'explique en quoi, en coupant les allocations de chômage de gens qui ont déjà très peu, en les plongeant dans la misère, on crée de l'emploi, il y a quelque chose que là, je ne comprends pas.

BH    : - Oui, Anne Demelenne qui était notre invitée il y a deux ou trois semaines, je ne sais plus maintenant, disait, Monica De Coninck, au lieu de mettre de l'huile dans les rouages de la concertation syndicale, elle met des grains de sable, c'est aussi votre avis, pour l'instant, c'est plus le problème que la solution ?

CLR  : - Je pense qu'aujourd'hui, je suis convaincu d'ailleurs, la réaction du politique aux acquis de la concertation sociale, c'est effectivement non pas de mettre de l'huile dans les rouages mais plutôt de mettre des grains de sable. Alors je vais aussi être clair, ce n'est pas sain entre interlocuteurs sociaux, nous avons difficile de trouver des accords entre organisations patronales et entre organisations syndicales, tout simplement parce que nous n'avons pas la même analyse de la situation de crise. Pour nous la crise que nous vivons, c'est d'abord une crise qui est liée à la dérégulation, à la dérégulation du marché financier, si les Etats ont des dettes, il faut réduire les dettes, mais s'ils ont des dettes, c'est parce qu'ils ont dû intervenir pour empêcher un système de s'écrouler. Et donc ce qu'il faut faire, c'est travailler, travailler à la relance, à la relance au-travers de l'emploi.

BH    : - Pour revenir à la manifestation d'aujourd'hui, vous attendez 15, 20.000 personnes à Bruxelles ?

CLR  : - Certainement 15, 20.000 personnes ; en tous les cas, c'est une mobilisation importante et je pense que le Gouvernement aurait vraiment tort d'être sûr à ce qui se dira aujourd'hui dans les rues de Bruxelles.

BH    : - Ce qu'il peut faire, c'est dès demain, approuver les avis que vous avez récemment trouvés en commun avec les patrons notamment sur l'augmentation des plus bas salaires, ça, ce serait le premier geste?

CLR  : - Clairement, l'adaptation des allocations sociales au bien être, c'est une loi qui définit une enveloppe pour l'adaptation des allocations sociales au bien être, la loi dit qu'à partir du 15 septembre, s'il n'y a pas avis commun des partenaires sociaux, cette loi doit être appliquée. Nous sommes presque à la fin février, il n'y a toujours rien, pour des gens qui ont très peu, c'est scandaleux, ce n'est pas acceptable. Et donc que le Gouvernement mette en oeuvre les premiers éléments et puis nous savons que nous avons devant nous, des choses difficiles sur lesquelles la concertation est indispensable,

BH    : - Oui, notamment la flexibilité ?

CLR  : - La flexibilité et la modernisation du marché du travail.

BH    : - Vous préférez ce mot-là, vous n'aimez pas le mot "flexibilité" ?

CLR  : - Pour moi, je suis d'accord d'avancer dans une logique de "flexi sécurité" mais alors avec les deux termes, la flexibilité mais en compensation, la sécurité et cela doit être négocié.

BH    : - Il y a quelque chose d'un peu paradoxal, dans le tract syndical que vous distribuez, vous dites, vous vous opposez à de la flexibilité supplémentaire, c'est dit comme ça et en même temps, on sait qu'il y a quelques semaines, oui, trois semaines, je pense, vous aviez eu un accord ou projet d'accord avec les patrons sur l'augmentation de la flexibilité, avec des horaires flottants, avec une augmentation des heures supplémentaires. Est-ce que ce n'est pas un peu paradoxal dans le chef des syndicats ?

CLR  : - Nous avons accepté et c'est un recul, une légère augmentation de la flexibilité avec des heures supplémentaires parce que nous savions qu'il pouvait, s'il y avait une décision politique, avoir beaucoup plus en la matière mais aussi dans cet avis que nous avons rendu au Gouvernement, il y a des éléments pour sécuriser les parcours professionnels, pour permettre aux gens d'avoir une sécurité dans leurs revenus pour faire en sorte qu'on garantisse que cette flexibilité ne puisse pas être une flexibilité imposée mais une flexibilité qui soit négociée, négociée dans les entreprises, négociée dans les secteurs. La Belgique est d'ailleurs un pays dans lequel, soyons sérieux, il y a beaucoup de flexibilité.

BH    : - Et donc ça veut dire que demain, il va falloir s'attendre à ce que les employés, les ouvriers puissent faire plus d'heures supplémentaires, avec des horaires flottants, arriver plus tôt et partir plus tard ?

CLR  : - Il y aura une flexibilité un peu plus importante mais qui sera aussi liée à la volonté des gens et à l'acceptation des gens. Moi, je n'ai pas de problème quand, par rapport à des réalités de vie de famille, de vie privée, les gens ont envie aussi, de pouvoir arriver certains jours, un peu plus tard au travail ou repartir un peu plus tard. Si ça peut se faire en rencontrant les attentes des travailleurs salariés et que ça rencontre aussi les attentes de l'entreprise, eh bien, pourquoi pas, mais ça doit être négocié, ça doit être concerté.

BH    : - Alors le Mouvement Ouvrier Chrétien en Flandre et au Sud du pays, est l'objet depuis deux ou trois semaines maintenant, de critiques assez fortes de la NVA, de soupçon de fraude fiscale et d'une enquête de l'Inspection spéciale des impôts qui a vérifié ce qui se passe au sein du Mouvement Ouvrier Chrétien et de l'ACW en Flandre ? Est-ce que vous les défendez, est-ce que vous les comprenez entièrement ?

CLR  : - Oui et je suis content qu'il y ait une enquête qui soit menée, parce qu'une enquête,

BH    : - Parce qu'on a cru que la CSC essayait de se distancer un petit peu du MOC et de l'ACW ?

CLR  : - Le MOC et l'ACW, ce n'est pas la CSC et l'ACV mais nous faisons partie d'une même coupole et aujourd'hui en tous les cas, je ne vois aucun élément dans les accusations de la NVA, qui sont corroborés par des faits, par des réalités et donc j'ai une totale confiance aux responsables du MOC et de l'ACW. Ce qu'il faut voir en la matière, c'est que c'est une attaque, une attaque politique de la NVA contre un mouvement social qui est le mouvement social qui résiste le plus aux enjeux de dé-fédéralisation d'une série d'outils comme la Sécurité sociale, un mouvement social qui est une force de résistance progressiste dans la société en Flandre principalement. Je pense que c'est ça qu'il faut voir aujourd'hui et que l'ambition de la NVA, est celle-là.

BH    : - Est-ce que ce n'était pas le problème aussi notamment de l'ACW en Flandre, d'être un peu trop proche du monde politique flamand et du CD&V en particulier ? C'est pas ça, le problème ?

CLR  : - Je pense que dans l'Histoire effectivement, nos mouvements syndicaux ont été très liés à des partis politiques, mais ça, ça fait partie de l'Histoire. Aujourd'hui, il y a ce qu'on appelle la "dépolarisation" et donc le syndicalisme d'aujourd'hui, le syndicalisme que nous construisons à la CSC, à l'ACV et à la CSC, est un syndicalisme qui est un syndicalisme autonome, autonome du politique. Ca veut dire qu'il ne se désintéresse pas du politique mais nous sommes une force autonome et qui ne peut se développer que comme tel quel.

BH    : - Merci, Claude Rolin, d'avoir été notre invité ce matin.

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