Cinq pays largement en tête du classement Amnesty International sur la peine de mort

Cinq pays largement en tête du classement sur la peine de mort d'Amnesty International
Cinq pays largement en tête du classement sur la peine de mort d'Amnesty International - ©

Amnesty International rend public ce mardi son rapport sur la peine de mort dans le monde. La Chine est le pays où les exécutions sont les plus nombreuses. Un chiffre en recul par contre du côté des États-Unis. Les invités : Françoise DIERYCK, coordinatrice Etats-Unis & peine de mort chez Amnesty International & Florence BELLIVIER, professeur à l'Université Paris Nanterre et secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme.

Le rapport d'Amnesty International porte sur l’utilisation judiciaire de la peine de mort pour la période allant de janvier à décembre 2016. Et, même si le nombre total d’exécutions a diminué par rapport au chiffre enregistré en 2015, les chiffres restent alarmants : "l'Iran représentait à lui seul 55% de toutes les exécutions recensées. Il a procédé, avec l'Arabie saoudite, l'Irak et le Pakistan, à 87% de l'ensemble des exécutions recensées à travers le monde. En Irak, le nombre d'exécutions a plus que triplé, et il a doublé en Égypte et au Bangladesh." En ce qui concerne la Chine, aucune possibilité n’existe pour obtenir un chiffre : "les informations sur le recours à la peine capitale demeurent secrètes, et les autorités continuent d’exécuter chaque année des milliers de personnes. Les conclusions de la nouvelle enquête approfondie menée par Amnesty International montrent que les autorités chinoises utilisent un système élaboré pour garder le secret sur l’ampleur des exécutions dans le pays, alors que la Chine ne cesse d’affirmer qu’elle a accompli des progrès quant à la transparence en matière judiciaire."

Des chiffres qui peuvent évoluer fortement d'une année à l'autre

Les chiffres du rapport Amnesty évoluent d'une année à l'autre pour des raisons évidentes ou parfois inconnues selon Françoise Dieryck : "il suffit qu'il y ait, dans quelques pays, une modification importante pour que les chiffres changent. Par exemple, le Pakistan a diminué de 73% ses exécutions en 2016 par rapport à 2015."

Florence Bellivier confirme que les statistiques sont sujettes à un mouvement oscillatoire : "il ne faut pas se réjouir trop vite parce que les chiffres ne suivent pas une courbe vers le haut ou vers le bas mais oscillent. Ils dépendent fortement des politiques intérieures et internationales mais aussi des contextes de crises et de guerres. Ensuite, ce qu'il faut savoir c'est que la peine de mort ne prend pas en compte seulement les exécutions mais aussi le statut des gens dans les couloirs de la mort et les condamnations. Un système gangrené du début à la fin avec des problèmes d'accès aux droits, de procès équitables, de traitements dégradants... Nous ne sommes pas au bout d'un système même si la pratique s'essouffle."

La Chine reste la grande inconnue

Françoise Dieryck souhaite avant tout dénoncer le manque de transparence des autorités chinoises : "ça fait des années qu'Amnesty demande à la Chine de publier les chiffres liés à la peine de mort mais la réponse est toujours négative. On constate un tout petit point positif, c'est qu'ils ont limité l'usage de la peine de mort puisque 46 crimes peuvent entrainer une condamnation à mort. Ils ont également annoncé plus de transparence et moins de secret."

Amnesty International souhaite donc recevoir les chiffres concernant les condamnations à mort, les exécutions, les couloirs de la mort et les cas liés à cette problématique. La Chine a répondu partiellement, en 2013, a cette demande puisque, soucieuse de son image, elle a ouvert une base de données malheureusement pour Françoise Dieryck, ce n'est pas suffisant : "des centaines de cas ne s'y retrouvent pas. Surtout ceux liés au terrorisme ou au commerce de la drogue."

Florence Bellivier va même plus loin : "le problème en Chine est plus général que cette thématique. Ce sont les droits de l'homme en général qui sont parfois mis en danger."

Les grandes tendances 2016

La baisse du nombre d’exécutions au niveau mondial est en grande partie due aux chutes enregistrées en Iran (moins 42 %) et au Pakistan (moins 73 %).
En Afrique subsaharienne, les exécutions recensées ont diminué. Cependant, le nombre de condamnations à mort a plus que doublé, principalement du fait d’une forte hausse au Nigeria.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le nombre d’exécutions recensées a baissé de 28 %, mais l’Iran et l’Arabie saoudite continuent de figurer parmi les pays ayant exécuté le plus grand nombre de personnes.
Deux pays, le Bénin et Nauru, ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, et la Guinée l’a abolie pour les crimes de droit commun uniquement.

Les méthodes d'exécutions utilisées ont été, selon Amnesty International, la décapitation, la pendaison, l'injection létale et le peloton d'exécution. (source)

 

Pour Françoise Dieryck et Florence Bellivier, on peut, tout de même, se réjouir du nombre décroissant dans le monde de l'application de la peine de mort. "Il y a 40 ans, seul 16 états étaient abolitionnistes. Maintenant, ils sont 104. On peut être optimiste tout en gardant à l'esprit qu'il y a des situations épouvantables dans les couloirs de la mort ou des exécutions bâclées et ratées dans certains pays."

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