Churchill et De Gaulle: "Deux caractériels qui se haïssent autant qu'ils s'estiment"

Churchill et De Gaulle: "Deux caractériels qui se haïssent autant qu'ils s'estiment"
Churchill et De Gaulle: "Deux caractériels qui se haïssent autant qu'ils s'estiment" - © Tous droits réservés

Nous sommes à l’avant-veille du plus grand débarquement que le monde ait connu. 2 millions d’hommes, 7000 navires, 13 000 appareils, des centaines de milliers de véhicules sont prêts à renverser le cours de l’Histoire et pourtant 2 jours avant, Charles De Gaulle et Winston Churchill ne semblent absolument pas d’accord sur la marche à suivre. Jean-Claude Idée, a mis en scène " Meilleurs alliés " une pièce basée sur la rencontre entre les deux figures emblématiques. 

Le 4 juin 1944, à Portsmouth sur la côte sud de l’Angleterre, Winston Churchill, premier ministre Britannique annonce à Charles de Gaulle l’ordre du débarquement des alliés en Normandie. Le général De Gaulle se cabre et refuse toute collaboration si la France n’est pas officiellement associée. Churchill menace alors à son tour le chef du gouvernement provisoire de la République française de l’empêcher de regagner Alger où il est basé. Armés de leur obstination et farouchement attachés à la liberté, les 2 hommes vont affronter leur résistance, un moment historique.

Deux jours avant le débarquement

Portsmouth est un endroit symbolique pour le Royaume-Uni et très important pour Churchill, c’est de là que l’unité du royaume anglais s’est constituée un millénaire avant, et à l’époque c’est de là que repartent les troupes qui embarquent vers la Normandie. C’est donc dans un wagon qui fait la liaison entre Londres et Portsmouth pour surveiller les opérations d’embarquement que Churchill va recevoir De Gaulle et lui faire l’annonce du débarquement en Normandie 2 jours avant celui-ci.

Churchill tentera de convaincre De Gaulle et de le rassurer en lui expliquant qu’il n’aurait pas pu prendre le risque de l’informer plus tôt mais lui explique également qu’il ne souhaite pas associer à la France à cette opération. De Gaulle devient alors fou-furieux et le grand conflit démarre alors.

Comment De Gaulle va-t-il s'imposer face à Churchill ?

Un coup de poker ! Dans ces 48 heures fatidiques précédant le débarquement, De Gaulle va de fait obtenir qu’on le reconnaisse et va s’exprimer pour la première fois en tant que chef officiel du gouvernement français. Comment ? Grâce à son coup de gueule et à son mauvais caractère explique Jean-Claude Idée. Pour s’opposer à la volonté de Churchill, De Gaulle a une carte en main et pas la moindre: 200 officiers de liaisons.  

En effet les Américains et les Anglais avaient un problème, ils ne parlaient pas français et pour débarquer en Normandie il avait besoin de traducteurs. De Gaulle le réalise assez vite et tente donc son coup de poker. Les alliés avaient besoin d’officiers de liaison sur le terrain qui établissent le contact avec la population et c’est avec cette petite carte-là qu’il va négocier le destin de la France et redessiner le plan déjà tracé.

Le plan initial était un projet insensé qu’avait Franklin Roosevelt et qui à la base prévoyait d’amputer la France, de l’Alsace, de la Champagne, de la Lorraine, et de faire un état appelé la Wallonie, dissolvant ainsi la Belgique et créant alors état-tampon entre l’Allemagne et la France. De Gaulle a donc réellement créé un véritable virage de l’Histoire en s'imposant face à Churchill. 

 

Pourquoi une telle opposition ?

Pour Jean-Claude Idée, plusieurs facteurs influent sur cette opposition entre les deux grands hommes. Tout d’abord une différence de génération, " En 44, Churchill a 69 ans et De Gaulle en a 54, il y a un agacement et un conflit permanent entre les deux hommes. " Churchill avait énormément parié sur De Gaulle: " C’est Churchill qui le finance et l’habille, c’est lui qui va le médiatiser. De Gaulle est un peu la "chose" de Churchill, mais la "chose" est réticente, De Gaulle n’est pas aussi complaisant et redevable que Churchill le souhaiterait alors que c’est lui qui l’a fabriqué et accueilli en Angleterre. "

Ils avaient également une conception différente de la guerre. Churchill avait par exemple agi de manière plus violente en bombardant des villes en Allemagne, et avait une attitude plus "jusqu’au boutiste". De Gaulle au contraire utilisait des moyens de résistance et était souvent comparé à Jeanne d’Arc car il n’avait que l’honneur.

Mais comme le précise Jean-Claude Idée " On dit souvent de cette rencontre qu’elle est une ode aux diplomates, notamment Anthony Eden, ministre des affaires étrangères de Churchill qui ont réussis à calmer le jeu dans ce combat de coqs. "

Et même si l’on décrit cet événement comme un débat qui a opposé les deux hommes politique, il en reste une victoire et surtout un but commun.

 

Réécoutez cette séquence d'un Jour dans l'Histoire sur cette rencontre historique et sur la relation entre Churchill et De Gaulle

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