Chronique numérique: Facebook lance sa War Room pour lutter contre les fake news

Facebook s'attaque aux fake news
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Facebook lance ce lundi sa cellule de crise ("War Room") au sein-même de son quartier général de Menlo Park, pour lutter contre "les interférences" étrangères pour les élections US de mi-mandat, qui se dérouleront en novembre. Explications avec Damien Van Achter.

En conséquence du bad buzz lié à Data Analytica, qui ont forcé Zuckerberg à témoigner devant le Congrès, le NYT a visité cette War Room, pleine d'écrans. Elle peut accueillir vingt ingénieurs et autres data scientist pour monitorer en direct les fluctuations anormales sur le réseau. Plus de 300 personnes travaillent sur ce programme.

Facebook joue gros ?

"C'est la décision stratégique la plus importante de Facebook depuis celle qui se focalisait sur les téléphones mobiles au lieu des ordinateurs de bureau" a déclaré Samidh Chakrabarti, qui dirige l'équipe "élections et engagement société civile" de Facebook. C'est d’ailleurs cette décision qui avait sauvé l'entrée en bourse de la société en 2012.

Facebook ne veut pas empêcher les fake news d'être publiées au nom du respect de la liberté d'expression. Il souhaite d’abord les empêcher de circuler.

Les ingénieurs de la War Room auront donc la possibilité de littéralement "éteindre" la propagation des vagues de partages, par exemple, ou d'interdire que certains articles fassent l'objet d'un sponsoring (publicité payée).

Une décision qui devrait avoir des conséquences

C'est surtout une décision qui aura d'abord un impact pour Facebook lui-même, qui va assumer pour la première fois de son histoire son rôle d'éditeur. Autrement dit, il sera responsable des contenus qui circulent sur son réseau. Cela pose également la question du rôle que Facebook joue en tant que censeur potentiel, bien qu’il s'en défende. Pour se justifier, il avance le fait que ce seront d'abord les algorithmes qui donneront l'alerte, sur base des comportements et non du contenu.

Financièrement, cette mesure signifie également se couper d'une partie de la publicité payée par les utilisateurs qui sponsorisent des billets pour qu'ils apparaissent en haut des flux d'information.

Ce n'est pas cependant pas tout-à-fait un coup d'essai, puisque Facebook annonce avoir déjà essayé son système lors des dernières élections au Brésil.

Impossible de savoir si la War Room aux USA sera également utilisée pour monitorer les élections belges. Elles pourraient elles aussi être la cible, sans doute avec moins d'ampleur, de tentatives d'influence. Nul doute cependant que ce sont surtout les élections européennes de mai prochain qui feront l'objet d'une vigilance particulière. Notamment après le mea culpa forcé de Zuck devant le parlement européen, en mai dernier, où il a juré qu'il allait prendre les mesures ad hoc.

On peut par exemple s'inquiéter de l'annonce récente du maitre à publier de Donal Trump, Steve Bannon, de s'allier aux plus conservateurs des conservateurs eurosceptiques de tout faire pour bloquer l'Europe lors du prochain scrutin. Ces stratèges savent utiliser les réseaux et leurs vulnérabilités pour cibler les publics les plus vulnérables et sensibles aux discours extrêmes.

Cela constitue en terme démocratique, un vrai enjeu auquel nous seront confrontés dans les mois à venir.

 

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