'Chambre d'hôtes... en exil', un reportage de l'émission Tranversales (La Première), remporte le Prix Belfius 2018 de la presse radio

A Bruxelles, des bénévoles accueillent des migrants du parc Maximilien
A Bruxelles, des bénévoles accueillent des migrants du parc Maximilien - © Olivier Papegnies

Aline Wavreille et Jean-Marc Vierset remportent le prix radio 2018 décerné par Belfius, pour "Chambre d'hôtes... en exil". Un reportage consacré aux migrants du parc Maximilien à Bruxelles et diffusé dans l'émission Transversales sur La Première, le 18 novembre 2017.

A l'entrée de l'hiver, de nombreuses places d'accueil avaient été fermées par les autorités, de nombreux citoyens se sont donc mobilisés. Ils ont décidé d'héberger chez eux des migrants du Parc Maximilien, dans un grand mouvement d'entraide et de solidarité. Avant que le centre d'accueil de Haren et que le Plan Hiver n'ouvrent leur portes. 

 

Un mouvement citoyen

La plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés est aujourd'hui une structure rodée. Tout s'organise directement sur Facebook ou au parc, où des bénévoles sont là tous les soirs. Leur tâche : accueillir les familles, les gens en quête d'un hébergement pour la nuit, faire matcher hôtes et invités, organiser le transport.

Les invités sont en l'occurrence les migrants du Parc, des hommes pour la plupart, autour de la vingtaine. Ils viennent d'Afrique de l'Est ou du Moyen-Orient, ils font escale à Bruxelles sur leur route vers la Grande-Bretagne, la destination de leurs rêves. Ils sont donc là pour deux ou trois nuits en moyenne. 

Certains ont été déboutés du droit d'asile, en Belgique ou ailleurs en Europe. D'autres sont des cas Dublin : leurs empreintes ont été enregistrées dans un autre pays européen qui gère leur procédure. Il n'existe pas de structure pour ces migrants sans titre de séjour.

"On a honte pour son pays, on a honte d'avoir un gouvernement qui ne prend absolument pas ses responsabilités. Il faut que ce soit les citoyens qui le fassent. J'ai assisté à la rafle qui a eu lieu ici, ça m'a révoltée à un point que vous ne pouvez pas imaginer", explique une bénévole.

 

L'accueil dans les familles

Entre août et novembre 2017, la plateforme citoyenne d'hébergement a enregistré 16 000 nuitées. Les familles fixent elles-mêmes leurs règles : le nombre d'invités, de nuitées, ce qu'elles décident d'offrir : le petit-déjeuner, une lessive, l'accès au wifi....

"On partage tout son quotidien, son univers : on ouvre la porte et on partage ses lieux, sa salle de bain, son petit déjeuner, son emploi du temps. Étaler ce qu'on a et ce qu'ils n'ont pas : un contraste qui n'est pas toujours facile à appréhender."

"Tant qu'on parle du Parc Maximilien, ce sont des inconnus dans le parc. Quand vous mettez une tête, une voix, vous avez passé le cap, c'est trop tard. Il y a une culpabilité, mais je pense qu'elle est liée à l'impuissance. Mais nos actions aujourd'hui ne résolvent pas la crise. Elles mettent un pansement sur quelque chose qui ne va pas s'arrêter." 

Pour Sotieta Ngola directrice du Ciré (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers), cet élan citoyen est magnifique mais ne fait effectivement que répondre à une lacune des pouvoirs publics en la matière. Elle réclame aussi la mise en place d'un centre d'accueil et d'orientation pour encadrer psychologiquement ces personnes en errance. 

 

Une solidarité inégalée

Les réfugiés n'ont rencontré nulle part ailleurs la solidarité dont font preuve ces citoyens belges.

La loi belge est en effet plus souple qu'ailleurs en matière d'aide aux personnes illégales, comme l'explique Alexis Deswaef, président de la Ligue des Droits de l'Homme : si l'aide est principalement humanitaire, elle n'est pas punissable. Contrairement à la France où la personne doit être 'en situation de détresse', et où des citoyens ont donc été condamnés pour avoir apporté leur aide. Cette organisation dans l'aide dérange les pouvoirs publics, qui craignent ce qu'ils appellent 'l'appel d'air'.

Pour Alexis Deswaef, la solidarité est nécessaire sinon on pourrait parler de non-assistance à personne en danger.

Ecoutez les témoignages des bénévoles et des migrants

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