Cette peur nécessaire mais utilisée à mauvais escient par les politiques

Cette peur nécessaire mais utilisée à mauvais escient par les politiques
Cette peur nécessaire mais utilisée à mauvais escient par les politiques - © Tous droits réservés

Vous avez parfois ou souvent peur ? Rassurez-vous, vous êtes tout à fait normal! C'est ce que nous explique le psychologue et psychothérapeute Jean Van Hemelrijck.

"Avoir peur est tout à fait normal", affirme Jean Van Hemelrijck. "Pour devenir un homme, on a besoin d'avoir peur. Mais paradoxalement, les systèmes dans lesquelles on grandit colmatent cette peur. Les parents, la société, l'école, bref tout ce qui nous entoure, a pour vertu de nous protéger de la peur. Il y a deux peurs fondatrices pour grandir : la peur d'être trop semblable, et celle d'être trop différent. Et on se promène toute notre vie entre l'une et l'autre peur : on a peur de ne plus exister car trop semblable aux autres, et donc on finit par s'écarter pour se différencier mais là, on risque de devenir trop différent, d'être seul".

Une exagération des politiques?

Les politiciens pour le moment ne font que nous rappeler que la peur est constante et qu'elle nous propose de mettre en place des systèmes qui vont maximaliser ces deux pôles. "Ca peut se traduire par le repli sur soi que prône le nationalisme, avec le retour des frontières physiques, la création de murs, l'expulsion des étranger", avance le psychologue. "Ça c'est vraiment la peur du différent et donc le repli sur le même. C'est très dangereux car ça conduit à une certaine forme de rivalité et ça produit de l'agressivité. Deuxième effet: ça se traduit par l'exception de la différence, comme le nationalisme flamand qui nous fait croire qu'on est meilleurs parce qu'on est différents, on n'est pas comme lui ou comme elle. À nouveau, c'est la peur de l'autre dans ce qu'il a de différent. La différence est là menée en exaltation."

Quoi qu'il en soit, pour Jean Van Hemelrijck, ces deux pôles entraînent des dangers sociaux très importants car le repli identitaire ou le rejet de l'étranger est contraire à l'économie psychique qui veut que pour se construire, on a besoin de l'altérité. On n'existe pas de soi par soi-même : on devient quelqu'un à force d'être dans le regard de l'autre. La peur participe de ces mécanismes nécessaires pour grandir.

Une fascination de la peur ... et une exaltation de la prise de risque

"La société belge nous pousse à faire l'amour avec des préservatifs, à ne pas fumer, à manger des fruits, ... On est constamment en train de veiller à mourir vieux et en bonne santé. Mais par contre, si vous voulez gagner votre vie et si vous vous comportez selon les prédictions de la société belge, vous disparaissez! Celui qui gagne le mieux sa vie, c'est celui qui roule à du 350 km/h sur un circuit automobile avec une voiture qu'on n'aura jamais, un bolide qui tue d'ailleurs; c'est aussi le gars qui saute en parachute à 4000 m d'altitude; c'est encore le gars qui fait de l'escalade sans corde de rappel. Donc à côté de la peur, il y a une exaltation de la prise de risque. On convoque la peur pour être et pour se sentir vivre, non pas pour la dominer."

Une porte ne marque pas l'exclusion mais la protection

Le terrorisme voudrait nous faire abandonner notre façon de vivre parce qu'"elle n'est pas bonne", et veut que nous ayons peur, que nous nous soumettions à la peur donc. "Or, les hommes ont inventé la société pour se débarrasser de la peur", explique Jean Van Hemelrijck. "Quand ils inventent des frontières, ça n'est pas pour chasser l'étranger, c'est pour mettre le danger hors de la frontière. Une porte ne marque pas l'exclusion, elle marque la protection. D'ailleurs, dans nos frontières, il y a des trous pour que les gens puissent continuer à passer. Certes, il y a des douaniers pour voir si on n'amène pas des choses dangereuses.

"Le fait de se mettre à l'abri du monde n'est pas un repli, c'est une réunion, une perte de la liberté qu'on a quand on est tout seul, mais on regagne en puissance en inventant des lois qui nous protègent, qui nous permettent de vivre ensemble alors que nous ne serons jamais identiques l'un et l'autre. On ne va pas nier nos différences, ni les exacerber, mais on va les tricoter"

 

Revoir la séquence en entier - Jean Van Hemelrijck au micro de Véronique Thyberghien

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