"Ce que la smart money anticipe, c'est tout simplement l'effondrement de l'ancien monde."

Certains grands événements demeurent silencieux dans les flots de l’actualité. Un bel exemple pourrait être la très forte croissance des cryptomonnaies de ces dernières semaines, du Bitcoin entre autres, la plus ancienne et connue des cryptomonnaies. Cette année, les cryptomonnaies ont battu à plates coutures à peu près n’importe quel actif existant sous le soleil, actions, matières premières, fonds d’investissement.

Avoisinant les 20 000 dollars, le Bitcoin retrouve son plus haut historique, qu’il avait très brièvement touché il y a trois ans, en décembre 2017, au plus haut d’une bulle spéculative qui avait enflammé la planète.

Naturellement, il y a lieu de se demander en quoi ces chiffres obscurs, encore plus cryptiques en apparence que ceux que la Bourse, nous concernent. A moins de faire partie du nombre, finalement très restreint, des amateurs de cryptos, qu’ils soient investisseurs ou fabricants (comme votre serviteur).

L’histoire de la bulle spéculative explosive d’il y a trois ans se répète t elle simplement ?

Non. Il y a bien des différences avec la situation de décembre 2017, et surtout les leçons à en tirer sont bien plus fortes. Première différence : alors qu’en décembre 2017 virtuellement toute la presse et les réseaux sociaux bruissaient des bonds du Bitcoin, que le grand public, même totalement éloigné de ces sujets, vibrait à l’idée de l’argent facile, aujourd’hui, les développements des cryptomonnaies sont passés sous silence. Les médias n’en parlent plus. Sur les réseaux sociaux et autres grandes plateformes de l’internet, souvent, la censure frappe : désormais, la publicités pour les cryptomonnaies sont ainsi interdites sur plusieurs sites majeurs. La réglementation des cryptomonnaies est également de plus en plus stricte, avec un positionnement devenu explicitement hostile de la plupart des Etats.

Faut-il regretter ce silence autour de ce qui se passe ?

Non, sans doute. Les vrais adeptes des cryptomonnaies se réjouissent même de cette discrétion : cela restreint le nombre d’investisseurs néophytes, ceux qui finiraient par perdre leur argent et rendraient tout l’écosystème des cryptomonnaies instable, comme en 2017.

Aujourd’hui, l’essor fulgurant des cryptos est dû à de grands acteurs : grands fonds d’investissement, fonds de pension, entreprises mondiales, etc. Ceux que l’on appellerait dans le jargon boursier " smart money " : ceux qui savent mettre l’argent où il faut avant les autres et mieux que les autres.

Bien sûr, cela nous éloigne considérablement des idéaux des premières années des cryptomonnaies, à savoir d’avoir des monnaies avec un parfum d’anarchie, sans institutions, sans banques, portées par des petites gens bizarres, autistes pour beaucoup.

Mais il y a une leçon bien plus sombre pour l’avenir à en tirer encore 

Si les agents du " smart money " se jettent discrètement sur les cryptos aujourd’hui, c’est qu’ils se méfient de l’argent traditionnel. Celui des banques centrales et des Etats, dollars, euros. Et ils ont leurs raisons : avec le terrible marasme économique actuel destiné à durer, avec le fol emballement de la planche à billets de la BCE ou de sa sœur américaine, avec l’explosion des dettes nationales dont nul ne se soucie tant du niveau délirant que du rythme de croissance, ce que la smart money anticipe, c’est tout simplement l’effondrement de l’ancien monde.

Autre leçon douloureuse : un nombre croissant d’acteurs semble anticiper le fait que le pouvoir étatique puisse confisquer le patrimoine placé dans des actifs " ordinaires ", à savoir autres que les cryptos. Semble croire que les banques centrales n’aient plus les compétences requises pour tenir le gouvernail des finances mondiales.

Que le monde sera de plus en plus fragmenté, avec une absence de convertibilité des monnaies et de passerelles entre les économies.

 

Pour le dire en une phrase : la formidable chevauchée actuelle des cryptomonnaies repose sur le scepticisme et le pessimisme des acteurs économiques spécialisés. Pour un amateur de cryptomonnaies de longue date comme votre serviteur, la victoire est en quelque sorte amère.

 

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