"Ce n'est pas parce qu'on a une maladie ou un handicap qu'on n'a plus le droit d'aimer"

enVIE d'amour 2018
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Parler sexualité et handicap reste un grand tabou chez nous. Le salon enVIE d’amour se penche sur le sujet. Il s’intéresse à la vie relationnelle, affective et sexuelle des personnes dont les capacités d’autonomie et d’indépendance sont entravées. 

Personnes en situation de handicap, parents, professionnels pourront s'informer et échanger sur la vie relationnelle, affective et sexuelle dans l’espace dédié aux associations, rencontrer des juristes, médecins, psychologues, sexologues… Il y aura également un espace-débat, des projections de films, des moments d’animations, des espaces pour découvrir son corps, une zone massage "bien-être", un espace informatique… 

Toutes les personnes fragiles sont concernées par ce salon, qu'elles soient âgées, en situation d'handicap, en fragilité mentale... Tous les sujets peuvent y être abordés, de manière transparente et sans lourdeur.

 

Sensibiliser et lever les tabous

C'est l'AVIQ, l'Agence wallonne pour une vie de qualité, qui organise ce salon. En 2016, la première édition a déjà permis d'ouvrir des portes et et de lever des tabous. 7000 préinscriptions sont déjà enregistrées pour la deuxième version. Cela montre qu'il y a un vrai besoin d'en parler.

"Il est effectivement nécessaire de sensibiliser les gens au fait que tout le monde a droit à....", explique Christian Nile, référent à l'AVIQ. "C'est le salon où on reconnaît la personne en tant que personne, on la respecte et on l'affirme haut et fort." 

Pour commencer, l'aspect relationnel est essentiel : il faut que la personne se sente bien dans sa tête et dans son corps pour entrer en contact avec l'autre. Sont donc prévus : des ateliers de méditation pleine conscience, de groupes de parole, de psychomotricité relationnelle, de massage,... mais aussi des ateliers d'image de soi (maquillage, coiffure...).



La question de l'accompagnement sexuel

Le premier salon a introduit un sujet assez tabou, qui est celui de l'accompagnement sexuel. Ce débat a permis d'ouvrir les portes et de faire avancer la thématique. Entre autres choses, un groupe de travail s'est mis en place en Wallonie et présentera ses travaux dans cette seconde édition.

Anne Dasnoy-Sumell, psychothérapeute et formatrice, veille sur la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. "La sexualité est présente à tous niveaux dans notre société. Ce qui reste complexe, c'est d'oser parler d'intimité, de ce qui nous touche. Quand la sexualité s'exprime par des codes différents, cela vient nous interpeller. Ces personnes en situation de handicap ne peuvent pas réaliser seules ce que d'autres peuvent faire sans l'intervention nécessaire d'un tiers.(...)

L'intervention d'un tiers n'est pas utile en général, quand tout va bien : l'ado grandit, s'en va, vit sa vie, avec ses joies et difficultés. "Tandis que, quand il y a une situation de handicap, bien souvent le parent continue à se sentir responsable et souhaite accompagner du mieux qu'il peut la personne, avec tout ce que cela pose comme questions. La sexualité s'impose de toute façon, c'est la vie, et tout le monde est concerné."

 

Favoriser l'intimité des personnes fragilisées

Pour Anne Dasnoy-Sumell, une dimension à ne pas négliger est celle du choix. Quand il y a une situation de handicap, l'adulte, le parent, l'éducateur, choisit pour la personne. Or, si on n'a jamais appris à choisir, on se retrouve bien en peine pour choisir un ami ou un amoureux. Pour le proche ou l'éducateur, il y a souvent de la peur qu'il puisse arriver quelque chose et donc une nécessité de rester présent.

"On fait un travail pour favoriser l'intimité de ces personnes. Quand on vit en collectivité, il y a à la fois une grande proximité et une grande solitude. (...) Notre rôle d'accompagnant n'est pas de prendre le pouvoir sur l'autre pour dire ce qu'il peut faire ou ne pas faire, mais de voir ce qu'on peut construire avec chacun dans cette dimension de respect de soi, de respect de l'autre, et d'aller ensemble là où les codes sont parfois différents et nous interpellent. Et là, on a un rôle important à jouer."

 

Le droit d'aimer

Christelle Bortels est infirmière en maison de vie (terme qu'elle préfère à maison de repos) et référente pour les personnes âgées en situation de démence. "La personne atteinte de démence a le droit d'aimer, de pouvoir séduire, avoir une vie relationnelle, affective et sexuelle. On l'oublie souvent. Et on a tendance à surprotéger. C'est là où ça blesse : on met alors un frein, on n'est pas dans la bienveillance, la bientraitance, on empêche la liberté.

Or, on n'est pas là pour gérer leur vie affective, relationnelle et sexuelle, on a juste un regard d'observation. Ce n'est pas parce qu'on porte une maladie en soi qu'on n'a plus le droit d'aimer, de ressentir, d'éprouver du plaisir. La vie, elle, continue."

Les proches croient parfois que le parent est asexué, ne peut plus aimer, ne peut plus refaire sa vie. La maladie, la démence sont déjà des sujets difficiles à aborder, alors la sexualité...

Il faut sortir du formatage de l'amour et de la sexualité pour pouvoir accompagner le plus sereinement possible. "Il faut d'abord se dire que la sexualité, c'est d'abord quelque chose de bien, c'est beau, c'est bon, ça n'a pas d'âge, dit Anne Dasnoy-Sumell. Le désir est là et peut s'exprimer sous toutes ses formes, et les formes les plus déconcertantes. Et c'est ça qu'on essaie de soutenir dans le cadre de ce salon.

Au niveau des vêtements par exemple, le désir, le fait de se préparer, de désirer l'autre, de se rendre désirant, tout ça fait partie de la vie affective, de la sexualité au quotidien, et nous oeuvrons activement pour que ce soit accessible à tous."
 

A la fois lieu d’échanges, d’informations et de réflexions,
le salon enVIE d’amour aura lieu du 26 au 28 avril 2018, à Namur Expo.
L'entrée est gratuite mais l'inscription est nécessaire. 

 

Ecoutez la séquence pour plus d'informations !

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