Cannabis thérapeutique : à quand une législation moins floue ?

Cannabis thérapeutique
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Le cannabis utilisé à des fins thérapeutiques est autorisé en Belgique ; mais pas dans tous les cas et pas n’importe comment. La culture, quant à elle, reste interdite. Mais la législation pourrait changer sous la pression de plus en plus grande des patients et d’institutions spécialisées.

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L'utilisation thérapeutique du cannabis est millénaire, avec les mêmes indications au fil du temps : tremblements, anti-épileptique, anti-nauséeux... Il a ainsi été utilisé en Europe jusqu'à ce qu'il soit mondialement prohibé dans les années 20, à l'initiative de l'Amérique. La situation actuelle est extrêmement complexe, il y a réellement un blocage historique ancré dans l'inconscient collectif.
 

Une législation floue

En Belgique, la législation n'évolue pas et a même tendance à régresser, contrairement aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, à la Suisse,... qui s'adaptent aux réalités.

Chez nous, constate Antoine Boucher de l’asbl Infor-drogues, les consommateurs sont même davantage punis que sous les précédents gouvernements.

La loi autorise pourtant depuis 2001 l'usage du cannabis thérapeutique mais en pratique, ce n'est pas du tout le cas. La recherche, la prévention et le soin se heurtent à un mur, qui est celui du flou dans le discours du gouvernement, très radical sur ce sujet.

"Ce n'est pas en maintenant une chape de plomb sur ce produit extrêmement intéressant qu'on va avancer. On se prive d'aider une population qui a une véritable plus-value à utiliser ces substances", précise Antoine Boucher.

Cette complexité encourage les gens qui souffrent à se fournir hors des circuits médicaux traditionnels, avec les dangers que cela présente : manque de contrôle, dosage... "Ils risquent la prison simplement parce qu'ils n'ont pas trouvé en médecine traditionnelle les médicaments adéquats. Il faut vraiment entendre ces témoignages"

 

Un potentiel énorme

Le cannabis n'est pas interdit en tant que tel ; c'est une seule de ses substances, la THC, psychoactive, qui l'est. Mais la plante produit d'autres substances chimiques, plus de 80 cannabinoïdes, qui ont des effets thérapeutiques intéressants.

C'est un produit très polymorphe qui a un champ d'action extrêmement large, beaucoup d'applications possibles, comme pour le glaucome, le sida, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson...

Les études montrent clairement les effets anti-douleurs et anti-inflammatoires du cannabidiol (CBD). Pourtant, beaucoup de médecins sont dans un blocage complet à l'idée de reconnaître ses qualités. 

C'est seulement pour le traitement de la sclérose en plaques qu'un médicament à base de cannabis est autorisé, avec le sativex, un produit qui reste toutefois très onéreux.

"Ce sont donc souvent les médecines parallèles qui parlent du CBD et le vendent sur internet, ce qui augmente la parano généralisée sur ce produit", regrette Pierre Scheppens, psychiatre et directeur de la clinique de la Forêt de Soignes.

Le cannabis est mal vu car il reste considéré comme un stupéfiant. Or il faut savoir que le CBD, utilisé dans la formule médicale, n'a aucun effet psychotrope (hallucinations, état modifié de conscience...) et qu'on administre aux gens des produits qui sont beaucoup plus forts et donnent beaucoup plus d'effets secondaires, entre anti-dépresseurs, dafalgan codéine et autres valtran... 

 

Soulager grâce au cannabis

Le cannabis permet d'offrir un panel supplémentaire d'aide médicamenteuse à des personnes qui sont en fin de vie ou souffrent d'une maladie neuro-dégénérative.
Le CBD a un effet légèrement anti-dépresseur, anxiolytique, apaisant. Le THC, dans une concentration limitée, augmente l'appétit et le sommeil chez les malades.

"Pour les patients en fin de vie, en soins palliatifs ou qui font face à des maladies chroniques graves, il faut avoir l'humilité de s'effacer et de voir au cas par cas pour chaque patient quel est le traitement idéal. Beaucoup d'oncologues n'hésitent d'ailleurs pas à aider leurs patients à avoir moins mal, à être apaisé. Mais il ne faut pas imaginer que ce sont des dealers", sourit Pierre Scheppens.

Le danger est que cette interdiction ait l'effet inverse et donne à penser que le cannabis serait le médicament idéal. Or, il ne fonctionne pas pour tout le monde et il procure aussi des effets secondaires, comme c'est le cas pour tous les produits.

 

Drogue Action Wallonie (DAWA)

La plateforme Dawa vient d'être créée et réunit des institutions et associations spécialisées ou non, qui, via leur objet social, ont un regard, une action sur la consommation de drogues au sens large, dont le cannabis.

Leur ambition est de défendre une approche globale, transversale et progressiste en matière de prévention des assuétudes et de réduction des risques.

Pour Antoine Boucher, de l’asbl Infor-drogues, l'usage médical des différents types de cannabis (autant de % en CBD ou en THC...) devrait être autorisé, sur prescription médicale, en fonction des pathologies. Pour que tout soit contrôlé et que le consommateur sache exactement ce qu'il consomme. 

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