Camille, portrait d'un(e) artiste en transition

Camille Pier
Camille Pier - © Tous droits réservés

Camille est un être en transition. Un être quitte le "elle" pour un "il" qu’il revendique.

Carine Demange l’écoute, lui propose de s’enregistrer et sa voix se transforme, va vers le grave du masculin.

Camille est artiste. Le récit en "je" est ponctué des textes et performances de Camille.


"Pour raconter son histoire au mieux, mieux vaut s'exprimer en "je".
La 3e personne pose toujours des problèmes d'accords.

À force d'écriture, de performance, de costume, de maquillage et de journal intime, je cherchais à définir cette 3e personne unique, à devenir, en devenir. L'inaccessible étoile !

Puis j’ai réalisé que le genre de l'accord n’était ni binaire, ni polaire.
Les genres, multiples, se bousculent et nous bousculent.
C'est ce qui m'a permis d'avancer, et de finalement me mettre en "je", plutôt qu'en "il" ou en "elle"."

Camille
 

Une réalisation de Carine Demange avec les mots de Camille Pier
Monté par Carine Demange et Magali Schuermans, mixé par Mathieu Cox
Textes et musiques de Camille Pier, Lucius Fhyleomerras, Le Collectif du Lion, La Belgian Pride 2016 
Illustration de Carl Roosens
Produit par l’asbl Athanor production en 2017

Ecoutez...

Quelques phrases-clés

"Je ne sais pas s'il y aura une fin (...) je ne sais pas si je vais ressembler à un homme ou à un trans. Ça c'est le doute, le gros vertige. Je ne sais pas du tout si je serai tranquille, si mon père me présentera comme son fils."

"Ma mère m'a dit, c'est comme si je perdais quelqu'un, c'est comme si un de mes enfants mourait et qu'à la place on m'en donnait un autre. Ça m'a vraiment fait mal quand elle m'a dit ça."

"Je pense qu'il faut un an pour que j'aie une voix suffisamment grave et un visage suffisamment structuré différemment pour qu'on me parle au masculin automatiquement. Mais il faut peut-être bien quelques années avant que ce soit effectif. Je me donne un an pour sentir que j'aurai traversé quelque chose. Là, je me sens encore dans la barque."

"Je rentre dans la phase où je ne me reconnais plus trop physiquement. C'est très perturbant. (...) La forme de mes mains change. En plus, j'ai des gros doigts. C'est fou, c'est vraiment fou. Je savais que ça allait arriver, mais jusqu'à présent c'était assez doux, mais maintenant..."

"Il y a des moments dans ma vie où c'était assez confortable d'être une fille, d'être vu comme une fille par les autres. Et j'étais un certain type de fille, et ça passait. Le fait de dire que je ne me suis pas toujours senti garçon, aux yeux du grand public, j'ai l'impression que ça... enfin. Et avec les mecs qui m'avaient agressé dans mon quartier, je rêve souvent éveillé de les revoir et d'avoir une vraie discussion avec eux. Et je me dis qu'il y a des choses que je ne me sentirais pas de leur expliquer parce que sinon je vais vraiment me faire démonter, comme un monstre, comme un truc vraiment repoussant, vraiment trop bizarre. Mais en même temps, c'est ça que je suis, c'est ça que je sens. Donc voilà, il faut éviter certaines personnes. Ça me fait chier."

"J'étais en retrait de moi-même avant. Et maintenant je me sens plus dedans. Parce que je sens plus mon corps aussi. J'ai plus d'appétit. J'ai plus de libido. J'ai plus d'endurance physiquement. J'ai plus d'énergie. Et j'ai plus d'odorat aussi. Je me sens plus moi et je sens plus le monde autour de moi. (...) Je suis au courant de mon corps maintenant. Avant je le niais complètement, je ne voulais pas que ça m'influence. Et ça, c'est une chouette victoire."

 

 

 


 

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