C-F. Nothomb, invité de Matin Première

RTBF
RTBF - © RTBF

Vieux renard de la vie politique belge, Charles Ferdinand Nothomb, ancien président du Parti Social Chrétien (PSC, devenu CDH), ancien président de la Chambre, ministre des Affaires étrangères, ministre de l'Intérieur et de la Fonction Publique, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation, est aujourd'hui ministre d'Etat. Il viendra s'exprimer sur les différents dossiers politiques et institutionnels du moment mais aussi sur les élections présidentielles au sein du CDH. Posez-lui vos questions au 070/22.37.37 ou sur ce site.

BH : Charles-Ferdinand Nothomb, bonjour !

- Bonjour !

BH : Vous êtes un ancien Président du PSC Je suppose quon doit voir dans cet Adagio dAlbinoni, dune tristesse profonde, un hommage à la personne de Pierre Harmel ?

- Oui, certainement ! Je pense que cest une grande et belle vie qui se termine, quil fallait comme choix musical, quelque chose de grand, de beau et de serein. Et jespère que cela inspirera beaucoup de gens, dans les jours et les semaines à venir.

BH : On va évidemment parler de la mémoire de Pierre Harmel cest aussi le motif de votre invitation ce matin. Mais avant, lactualité sest invitée aussi avec cette crise, hier, toute la journée, au CDh, pour la course à la présidence. Alors, lidée qui a été trouvée, cest que Joëlle Milquet reste jusquen 2011, finalement, alors quelle avait annoncé partir et que Benoît Lutgen partagera la présidence, à partir de 2010. Est-ce que cest une bonne solution pour vous, qui êtes ancien Président du PSC. Comment voyez-vous les choses ?

- Tout dabord je ne sais rien de ce qui sest passé hier

BH : Vous nétiez pas au bureau

- Je ne suis pas au bureau parce que cest un parti où on ninvite pas lancien Président au bureau politique. Mais dune certaine manière ça maide à prendre de la distance, vis-à-vis des péripéties. Alors jai bien noté hier que Madame Milquet souhaitait quitter la présidence et je la comprends et je lapprouve Je pense quon ne peut pas être Vice-première ministre, faire bien son travail et en plus il y aura la présidence belge lannée prochaine et lemploi est le problème principal du Gouvernement. Je suis sûr quelle était sincère de vouloir sen aller. Je comprends quun candidat jeune et voulu par tout le monde et qui occupe une fonction ministérielle, sympathique, proche de ses concitoyens, veuille rester au Gouvernement wallon Je trouve ça sympathique, mais personnellement ne me demandez pas dapprouver une formule comme celle-ci.

BH : Au fond de vous, vous nêtes pas vraiment daccord. Vous ne trouvez pas ça tout à fait normal. Cest ça ?

- Cest-à-dire quil y a eu une élection et donc je pense quil y aura une élection, que quelquun se présentera et je pense que Monsieur Lutgen changera davis et finalement acceptera dêtre Président tout de suite, sil est élu parce que sinon cela se jouera là-dessus et ce nest pas nécessairement bon.

BH : « Le Soir » parle ce matin, de procédure électorale kafkaïenne, qui est un affront à la raison et à la démocratie interne. Assez rude ça ?

- Ca ce sont les grands mots des journalistes, mais je comprends cela. Je dis simplement quil y a des partis, il y a des moments où il y a des élections très disputées et qui donnent de bons résultats, parce que ceux qui ont perdu se rallient à ceux qui ont gagné. Je ne vais pas me référer à il y a dix ans. Quand jai été élu Président du PSC, il y a plus de 30 ans, il y avait quatre candidats, je nai eu que 40% des voix tous les anciens étaient contre, parce que jétais trop jeune et pas capable et bien ils se sont tous ralliés et ça a été magnifique et on a fait que gagner les élections.

BH : Par contre en 1996, vous vous êtes présenté contre Joëlle Milquet, qui à lépoque était un peu présentée comme la candidate de lappareil de Gérard Deprez et vous vous êtes dit : ce nest pas normal quon laisse le baron Gérard Deprez, choisir il faut que ce soient les militants qui choisissent. Cest comme ça que vous avez expliqué le choix de vous présenter. Est-ce quaujourdhui vous diriez : tiens, cest un peu rebelote, la même chose : lappareil du parti propose un candidat et finalement il ny a pas vraiment délection interne. Les militants nont pas vraiment le choix ?

- Je dirais que les circonstances sont différentes. Monsieur Deprez était Président depuis 13 ans, suscitait beaucoup dhostilités dans le parti, ne gagnait pas les élections, avait fait de grosses erreurs, en matières institutionnelles et je ne voudrais pas quil continue son règne, parce que cétait pour selon moi, néfaste Je me suis présenté, malgré le fait que jétais plus âgé, moins sympathique, moins nouveau que Joëlle Milquet A quelques voix je suis devenu Président. Je souligne que la campagne a été extrêmement courtoise. Je navais rien et je nai rien contre Madame Milquet Nous sommes fort différents. Mais cest après que certains ont entretenu la zizanie et ça na pas fait gagné les élections, à Monsieur Maystadt, trois ans après. Au contraire, il les a lourdement perdues.

BH : On pourrait se dire peut-être que ce qui se passe aujourdhui, ça évite un scénario comme ça, ça évite un scénario de déchirement ?

- Non, certainement pas ! Je pense que les faits vont se produire. Il y a un candidat, il ny a pas de candidat Sil ny a pas de candidat en face, il y aura une grande ?? qui sexprimera autrement et je le regretterai. Il vaut mieux que chacun trouve un chemin à ses idées quelles soient positives ou négatives et puis quaprès on se réunisse tous ensemble, pour faire un parti. Je trouve tout simplement très sympathique, la procédure qua inventée Monsieur Verhofstadt, au VLD, avec des candidatures à trois et ils font une campagne électorale. Je pense que ça fait du bien à une formation politique et aux personnes qui en font partie.

BH : Est-ce que vous diriez, allez finalement, que cette élection est démocratique ou pas ?

- Toute élection est démocratique du moment quon ouvre des candidatures et quon nempêche pas les gens de se présenter et que si quelquun dinconnu se présente, on lui donne sa chance de sexprimer ça peut être une élection très démocratique

BH : En fait finalement ce que vous dites cest que quelquun se présente à côté, pour quil y une vraie élection. Vous poussez les gens à dire : présentez-vous si vous avez des idées et de lenvie ?

- Ah, ça toujours ! Je trouve que chacun qui a des idées, doit les exprimer. Il ne doit pas avoir peur.

BH : Vous avez été élu député en 1968, si je ne trompe pas, au moment où Pierre Harmel était Ministre des Affaires étrangères, puis Président du PSC, en 72, au moment ou un peu avant quil quitte le poste de Ministre des Affaires étrangères, pour devenir Président du Sénat. Donc vous avez un petit peu dirigé ensemble. A lépoque vous étiez dans les cénacles au PSC. Vous retiendrez quoi de lui ?

- Tout dabord, pour la chronologie ! Pierre Harmel avait 25 ans de plus que moi et donc quand je suis entré en politique, il était le grand homme. Il était non seulement grand homme, parce que cétait le moment de la guerre scolaire, cest lui quon portait en triomphe dans les rues de Bruxelles, parce quil réclamait légalité des droits, mais aussi parce que cétait un grand inspirateur, cétait lui qui exprimait le personnalisme, qui inspirait notre philosophie politique. Et donc quand je suis arrivé à être son collègue, en 1968, et bien jétais extrêmement heureux et je le regardais je dirais de bas en haut, comme un exemple à suivre. Et donc à ce moment-là il était Ministre des Affaires étrangères, après avoir été Premier ministre et Président du PSC dailleurs. Ce qui fait quil y a une liaison avec les événements dalors et daujourdhui. Et donc Pierre Harmel nétait certainement pas dans ceux qui me poussaient à la présidence. Il aimait certainement des présidents plus sages, des candidats plus sages. Mais tout de suite ça a été la grande loyauté et la grande correction et cétait précieux davoir dans un parti, un grand homme comme ça ; et le malheur a voulu quen 1973, le premier Gouvernement que jai dû négocier était, pour des raisons à nouveau pour sauvez lEtat, pour faire face aux problèmes institutionnels, pour, pour, pour Cétait un gouvernement tripartite, présidé par Monsieur Leburton.

BH : Un Premier ministre francophone, donc ?

- Donc cétait une Premier ministre francophone et il était devenu très difficile, aussi dans ce contexte communautaire, de dire : et le Premier ministre et le Ministre des Affaires étrangères, sont tous le deux francophones.

BH : Donc cest vous qui avez dû négocier le Gouvernement où Pierre Harmel a perdu son poste ?

- Exactement ! Et cest la chose qui ma fait le plus mal et jai ressenti combien cétait difficile dêtre Président de parti et dêtre tout jeune, avec des gens quon respecte et jen ai été très malheureux, mais jétais heureux de pouvoir négocier la présidence du Sénat, pour lui Ca correspondait aussi  un homme qui avait fait 30 ans de grande politique et président une grande assemblée.

BH : Ce qui frappe, avec Pierre Harmel, surtout pour les jeunes comme moi, cest quil a participé finalement, à toutes les grandes questions politiques de laprès-guerre. La question Royale où il était Vice-président du PSC ou Président de laile wallonne du PSC, à lépoque, où il sest opposé donc il voulait le départ de Léopold III, le Pacte scolaire, le début de la Fédéralisation ; et puis bien sûr la stratégie vers lEurope de lEst, etc avec un atlantisme, on va dire, de dialogue. Ca vous interpelle aussi, ça, cet homme politique, qui sur une très longue période, a participé finalement, aux décisions les plus importantes de lEtat ?

- On avait un homme politique éminent qui est arrivé sur la scène, en 1946, dans un parti qui était progressivement victorieux. Il a chevauché de grandes thèses. Je dois faire un petit historique par rapport à lintroduction

BH : Sur Léopold III

- Sur Léopold III Le Parti Social Chrétien voulait le retour de Léopold III. Il y avait des jusquau boutiste, il y avait des gens modérés qui regardaient déjà à la fois suivante ; et certainement quau moment décisif, Pierre Harmel a pensé à lavenir de la monarchie, à lavenir du pays

BH : Il a conseillé à Léopold III de partir, ais-je lu ?

- Je ne sais pas, je nétais pas là, mais certainement, connaissant Pierre Harmel, il a pensé à laprès-demain et on peut dire que cest un premier exemple dans la vie politique belge quaprès sêtre affronté terriblement en Belgique, pendant cinq ans après la guerre, on a fait la paix, la paix royale, tout le monde sest rallié autour du Roi Baudouin On a eu 40 ans dun règne serein et dans lunion. Je pense que cest ce que voulait Pierre Harmel. Et ce nest pas un hasard si après il est devenu proche conseiller du Roi Baudouin, quand celui-ci voulait bien le consulter dans les grandes occasions.

BH : Important aussi il a accompagné avec le centre Harmel et là ça rejoint votre actualité littéraire, votre livre sur un plan de paix pour la Belgique. Avec le centre Harmel il a accompagné le début de la fédéralisation, la fixation de la frontière linguistique. Est-ce que vous diriez : je suis moins un héritier dHarmel, dans sa stratégie de Belgique fédérale, du début de fédéralisation, même si ça restait un vrai fédéralisme. Ce nétait pas un fédéraliste, Pierre Harmel ?

- Non, effectivement ! In tempore non suspecto Il y a un mois et demi, jai publié un livre et jai mis sur les problèmes institutionnels belges et jai cru important, pour les plus jeunes que moi, qui navaient pas de références historiques en cette matière, de remettre un résumé des conclusions du centre Harmel, déposées en 1958. Donc ça fait il y a 50 ans et qui effectivement avaient été crées par Pierre Harmel, par une loi de 1946-47 pour favoriser la paix entre les communautés et lapaisement. Après la guerre, souvenez-vous, nous étions après la guerre, encore des problèmes terribles de lamnistie, de la répression etc et il avait lancé ce centre. Je pense que cétait une bonne idée, quil a favorisé la paix et le dialogue, ainsi pendant des années. Mais le rapport est assez intéressant à lire, parce que finalement il dit : mais ce serait bien, puisque les Flamands veulent défendre leur langue, quils pensent quils le feront mieux eux-mêmes, que lont donne lautonomie culturelle. Cest absolument la base de toute notre évolution institutionnelle et donc comme les Francophones navaient pas de raison de sy opposer, on a communautarisé la défense et lillustration de la langue cest lautonomie culturelle et pour ça il fallait une frontière linguistique. Et donc quelques années après, on a fait une frontière linguistique, qui aujourdhui encore pose des problèmes. Ce nétait pas ça lidée dHarmel, mais on doit bien constater que les efforts de pacification sur 30 ans, 40 ans, auxquels nous avons pris part, nont pas produit la paix aujourdhui. Donc il faut faire quelque chose dautre aujourdhui. Cest pour ça que mon livre cest un plan de trente ans, pour la paix en Belgique, la paix institutionnelle, parce quon doit sy prendre autrement que dans le dialogue de communauté à communauté, que notre génération a inventé pas celle dHarmel Là on parlait encore au Parlement, tous ensemble son centre a été approuvé à lunanimité, cétait une référence non seulement parce que lidée était nationale, pour le bien de la Belgique entière, mais en plus parce que Pierre Harmel était un homme de dialogue.

BH : Mais alors, cest quoi la manière de sy prendre ? Par exemple on sait quon doit recommencer des négociations sur BHV, dans les prochaines semaines. Comment est-ce quon doit sy prendre pour trouver une solution là-dessus ?

- Moi, évidemment, de la distance que jai prise (il y a plus de dix ans que jai quitté la présidence du PSC et que je ninterviens plus dans la vie publique intérieure belge) jai été évidemment frappé par la crise de 2007 et le blocage de nos institutions. Et donc je me suis dit : mais lexpérience doit peut-être un peu raconter ce qui sest passé, pourquoi on a fait ceci, ceci, cela et indiquer une voix. Parce que je suis persuadé que le dialogue, dit de communauté à communauté, que lon a instauré Wilfried Martens et moi, de bonne foi, parce que ça allait faire la paix, cest figé dans une espèce de polarisation 30 après, il ne peut plus rien donné. Tout est polarisé Flamands, Francophones et donc il faut aborder les problèmes, selon moi, sujet par sujet, et dans leur valeur. Cest vrai aussi pour BHV. Cest vrai aussi pour les problèmes linguistiques. Chacun a sa valeur et ce nest pas toujours un front contre un autre front. Il y a bien des endroits où on doit dialoguer et agir.

BH : Et on continue à parler de ça, tout à lheure à 08h40 avec les questions des auditeurs.