"C'est dur ça, de faire chuter un homme ; le corps d'un homme reçoit tout et se rappelle de tout" Yahia Belaskri

Yahia Belaskri
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Yahia Belaskri - © Tous droits réservés

Christine Van Acker a invité Yahia Belaskri, écrivain algérien, à l’école sainte Anne à Florenville.

Depuis les attentats de Paris, après ceux de Bruxelles, la question de savoir que faire et comment agir taraudait Christine. Elle répond avec cette belle proposition sonore 'De l’autre côté' inviter des écrivains venant de l’autre côté de la Méditerranée pour rencontrer des étudiants d’ici, et leur donner une image du migrant plus humaine et incarnée que celle que véhiculent les media.

Que cet homme qui a vécu la guerre d'Algérie, qui a connu la faim, qui a vu son père au sol sous la botte d'un soldat français, qui a réchappé d'un attentat dans son école, qui a fait de la prison sans pour autant se faire arracher les ongles comme ce fut le cas pour d'autres la semaine qui suivit, s'en soit aussi bien sorti est une image positive pour eux. Cet auteur puise sa source de joie et son amour des autres dans les injures et les injustice de l'histoire par lesquelles il est passé. Du plomb à l'or, tout un travail d'alchimiste qui lui a pris des années. 

Le pari est réussi et nous sommes suspendus à la vérité généreuse de Yahia Belaskri qui remet l’hospitalité et l’amour au centre de ses propos et de sa vision. Il fait partie de ces écrivains voyageurs qui font voler en éclat l'idée d'une identité strictement limitée à une nation.

A écouter et faire partager sans limites !

Réalisation, montage : Christine Van Acker
Mixage : Thierry Van Roy
Production: Les Grands Lunaires asbl
         Avec le soutien du Fonds d’aide à la Création radiophonique
de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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Yahia Belaskri nous dit...

"C'est difficile de dire : je pars. Quand on part, on part nu. C'est un arrachement. C'est comme si on laissait derrière soi des pans entiers de notre corps. Il faut parfois une vie pour recoller les morceaux."
 

"La Syrie, c'est une civilisation ! C'est le savoir-vivre, le savoir-faire, la délicatesse, l'invention du beau, la grande poésie, les mosquées les plus belles, les temples les plus beaux, Damas, Alep, la musique d'Alep, et toute cette culture, cette gastronomie... en ruines... Un pays de 22 millions d'habitants, 6 millions et demi sont partis sur les routes comme des va-nu-pieds, comme des moins que rien, avec des balluchons et on les repousse. Vous avez vu cette image à la télévision en Macédoine, un monsieur avec son enfant dans les bras, une journaliste hongroise lui fait un croche-pied et il tombe avec son enfant. C'est dur ça, de faire chuter un homme. Le corps d'un homme reçoit tout et se rappelle de tout. Même si sa mémoire défaille, son corps se rappelle de toutes les humiliations qu'il a subies. Vous imaginez ces Syriens mal reçus, dans 20 ans, dans 30 ans, leurs enfants ? Cette humiliation les traversera. Mais pourquoi humilier un homme ? On peut lui dire "On ne peut pas vous recevoir, on n'a pas les moyens. Mais vous êtes fatigué, reposez-vous." La France va recevoir en 3 ans 32 000 réfugiés. Il y a 36 000 communes en France. Si chaque commune reçoit un réfugié, il n'y en aura pas pour toutes les communes de France. La France ne peut pas en recevoir 32 000 ?"


Ce qu'on partage tous, comme êtres humains, quels que soient notre nationalité, notre territoire, c'est ce besoin de bonheur.

"Nous sommes condamnés à produire le beau pour faire reculer la barbarie."
 

"Il faut que les lumières adviennent en Islam, il faut qu'il y ait un travail fait par les experts, les savants musulmans, une encyclopédie pour que tout soit explicité, diffusé partout dans le monde arabo-musulman."

Yahia Belaskri

 

"Yahia m'a montré qu'il parvenait à se battre pour son pays
mais aussi pour le nôtre,
en partageant son enthousiasme et son amour."

Un étudiant 
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YAHIA BELASKRI

Yahia Belaskri est né à Oran, en Algérie. Après des études de sociologie, il est responsable des ressources humaines dans plusieurs entreprises algériennes puis se tourne vers le journalisme.

Un an après les émeutes d’octobre 1988, il décide de s’installer en France. À travers de nombreux articles, des essais et des nouvelles ainsi que sa participation aux travaux de recherches sur la Mémoire de la Méditerranée, il pose un regard critique empreint d’un profond humanisme sur l’histoire de l’Algérie, de la France et des rapports si conflictuels entre ces deux pays.

Il est l'un des fondateurs de la récente revue Apulée, publiée par Zulma. Cette nouvelle revue annuelle de littérature et de réflexion initiée par Hubert Haddad s’engage à parler du monde d’une manière décentrée, nomade, investigatrice, loin d’un point de vue étroitement hexagonal, avec pour premier espace d’enjeu l’Afrique et la Méditerranée. Romanciers, nouvellistes, plasticiens, penseurs et poètes des cinq continents auront la part belle pour dire et illustrer cette idée de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.

Dernières parutions :

• Abd el-Kader: le combat et la toléranceaux éditions Magellan et Cie
Les Fils du Jour, Vents d'ailleurs, 2014. [éditions barzakh], Alger, 2015 ; prix Coup de cœur des Journées du Livre européen et méditerranéen, 2014 ; prix Beur FM TV5 Monde 2015
Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut, Vents d'ailleurs, 2010. Éditions Apic, Alger, 2011. Prix Ouest-France / Étonnants voyageurs 2011 ; prix Coup de cœur de Coup de soleil Languedoc-Roussillon, 2012

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