"Les jeux de société: un loisir porteur de valeurs"

Bruno Humbeeck: " Dans les jeux de société, on émet des signaux très clair vis-à-vis du type de société que l’on va privilégier."
Bruno Humbeeck: " Dans les jeux de société, on émet des signaux très clair vis-à-vis du type de société que l’on va privilégier." - © Tous droits réservés

Ils ont rempli nos dimanches après-midi en famille, provoqué autant de disputes que de rires, les jeux de société font partie intégrante de l’enfance. Au-delà de leurs vertus ludiques, ils permettent également aux enfants de comprendre la société, à vivre l’échec, à coopérer, et à développer leur intelligence.

Les jeux de société, miroir de notre époque

Comme tout le monde le sait, chaque jeu possède ses propres règles mais on pense moins au fait qu’il reflète aussi un certain modèle de société, comme leur nom l’indique. Comme l’explique Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Université de Mons " il faut savoir que lorsqu’on implique un enfant dans les jeux de société, on émet des signaux très clair vis-à-vis du type de société que l’on va privilégier. "

A travers un simple jeu de société, on peut en fait mettre en avant certaines valeurs et certains modèles de société comme l’individualisme ou le collectivisme, qui se reflète dans un jeu par : gagner seul ou en groupe, privilégier la compétition ou la coopération, jouer avec ou se battre contre.

Il existe énormément de sortes de jeux de sociétés mais on peut facilement distinguer s’ils sont plus orientés vers l’individualisme et la compétition ou vers la coopération.

Le fameux " Monopoly ", surement un des jeux les plus connus, en est exemple parfait. En effet le " Monopoly " est un jeu purement individuel, où chacun gagne en écrasant les autres, où il faut construire sa " réussite ". Il reflète bien les valeurs véhiculées par la société du 21ème siècle car le principe y est vraiment de gagner contre les autres, et la récompense sera uniquement attribué à l’unique gagnant. Ce genre de jeu va stimuler cet esprit de compétition et cet individualisme chez l’enfant. A côté de ce type de " formule de jeu " classique, il existe désormais des " jeux coopératifs ".

Les jeux coopératifs doivent-il absolument être privilégiés ?

Attention il ne faut pas les confondre avec des jeux de coopération et les jeux coopératifs : l’un signifie coopérer avec d’autres, faire des alliances mais toujours dans le but de gagner de manière individuelle comme dans l’émission " Koh-Lanta " où là c’est un jeu de coopération, avec des côtés stratégiques, qui sont un peu pervers. Alors que l’autre, le jeu coopératif, permet de gagner tous ensemble. Bruno Humbeeck cite par exemple le jeu " Pandémic " où le principe est de stopper tous ensemble une pandémie qui traverse et ravage le monde.

Le problème c’est que ce type de jeu est plus difficile à stimuler auprès des enfants, car l’aspect de compétition sera toujours recherché et de plus même dans un jeu de coopération, il y aura toujours cette volonté de gagner ou de dire on a gagné " grâce à moi ". Pour Bruno Humbeeck, il ne faut donc pas tenter de gommer totalement cet esprit de compétition car il sera forcément présent à un moment ou à un autre mais plutôt tenter de diversifier les plaisirs en montrant aussi que l’intelligence collective est souvent synonyme de réussite.

Bruno Humbeeck explique également que dans les écoles, quand on met en place des jeux de coopération ou de collaboration, l’agressivité si elle ne s’est pas manifestée au cours du jeu, se révélera alors au moment du partage des récompenses. Le modèle coopératif ne permet donc pas de tout gommer, il faut éviter de croire qu’il y a UN modèle qui fonctionne.

La triche et l’apprentissage de l’échec

D’une façon générale les jeux de société se ressemblent à peu près tous, mis à part les jeux coopératifs comme cités plus haut, on relève toujours en général " quelque chose de l’ordre du massacre de l’autre avec cette jubilation à écraser l’autre, jubilation qui naît très tôt chez l’enfant". Les jeux de société ont cependant de très nobles qualités pédagogiques et permettent d’inculquer à travers l’amusement des compétences comme avec le jeu des dames qui permet le dialogue " j’attends que l’autre joue, j’observe le jeu ".

Pour ce qui est la triche, pour le psychopédagogue elle fait partie du jeu, l’être humain est capable de mentir et de tricher et c’est évident qu’avec cet enjeu de compétition il va utiliser ces capacités.

Si avant la triche était uniquement considérée comme une faute morale que l’on devait corriger, on arrive à penser maintenant que la triche est le synonyme du début de l’intelligence humaine.

En effet un animal ne sait pas mentir car il est incapable de faire " une théorie d’esprit " et de l’utiliser pour émettre des propositions.  La triche permet en effet de développe la théorie d’esprit, si un enfant triche il ne faut donc surtout pas l’humilier, il faut justement l’aider à comprendre que perdre ce n’est pas un drame.  Il faut que les enfants perdent car ça les forge à vivre l’échec, à savoir qu’ils vont y survivre, car mieux vaut une bonne défaite qu’une fausse victoire.

Enfin Bruno Humbeeck insiste aussi sur le fait qu’il ne faut pas laisser l’enfant gagner car à nouveau ça ne l’aidera pas à se forger à vivre l’échec mais plus à penser qu’en faisant très peu il peut s’en sortir.

Réécoutez les conseils de Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l'Université de Mons dans Tendances Première

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK