Brigitte Bardot, de la petite fiancée de la France au sex-symbol international

Brigitte Bardot
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Brigitte Bardot - © Wikipedia

Icône des années 50-60, star mondiale, égérie, sex-symbol, muse de nombreux artistes, emblème de l'émancipation des femmes et de la liberté sexuelle, Brigitte Bardot vient de fêter ses 85 ans. Dick Tomasovic, chargé de cours en histoire et esthétique du cinéma et des arts du spectacle à l'ULg, revient sur son parcours au cinéma.

Brigitte Bardot actrice, c'est 45 films et 70 chansons sur 21 années de carrière, jusqu'en 1973, où elle décide de tout arrêter. 

Pour elle cependant, la voie vers le cinéma n'a pas été simple. Née le 28 septembre 1934 à Paris, elle vient d'une famille d'industriels. La vie de Bardot est une série de ruptures et la première arrive déjà avec sa famille, bourgeoise et catholique, observe Dick Tomasovic.

Toute jeune, elle se passionne pour la danse classique. Elle va se faire repérer d'abord pour son physique par le magazine Elle : dès 1949, elle présente la mode junior. A 15 ans, elle est la mascotte du magazine, avec sa silhouette élancée, sa moue boudeuse, son regard de sauvageonne.

C'est là que la découvre le réalisateur Marc Allégret. A l'audition, elle rencontre son assistant Roger Vadim, ils tombent amoureux. Il va participer à façonner la carrière de Bardot.


L'incarnation de la liberté

Quand on pense à Bardot, on pense à elle comme un sex symbol, très vite starifiée dans le monde entier. Mais elle est bien plus que cela. Elle va incarner, au fil de différents films, une forme de très grande liberté sexuelle, elle va incarner l'esprit du temps, à travers un corps et un jeu de comédienne, en rupture avec tout ce qu'on a pu connaitre.

Le phénomène dépasse de loin sa plastique, son rôle de blonde française, de petite fiancée sexy et sympa, mais c'est vraiment en existant comme actrice qu'elle va porter à son climax les ruptures de cette époque et l'explosion des carcans


La petite fiancée de la France

En 1952, elle se voit proposer son premier rôle par le réalisateur Jean Boyer, dans Le Trou normand avec Bourvil. Puis elle va faire ses armes au théâtre, notamment dans L'Invitation au Château de Jean Anouilh. Elle passe ensuite très vite à l'international, en Italie, aux Etats-Unis.

Pour Dick Tomasovic, Brigitte Bardot a vraiment été inventée deux fois, une première fois par le cinéaste Michel Boisrond, qui, au milieu des années 50, incarne la pré-nouvelle vague. Elle devient son actrice fétiche, avec 'Cette sacrée gamine' en 1955, puis 'Une Parisienne' en 1957, 'Voulez-vous danser avec moi ?' en 1959. Et c'est là qu'elle devient la petite fiancée de la France, fraîche, irrésistible, mutine, un peu sauvage, sexy et sympa.


Et le scandale arrive

Puis, en 1956, Bardot prend une autre ampleur avec 'Et Dieu créa la femme', de Roger Vadim. Elle crée l'émeute par son sex appeal, elle devient un mythe vivant, un sex symbol international. Elle joue le rôle d'une jeune fille qui assume complètement l'insouciance de sa jeunesse, de sa beauté, de ses sentiments, de ses plaisirs. Elle fait exploser la communauté attachée aux bonnes moeurs, au travail. Certains se signeront devant la fameuse scène du mambo. 

Roger Vadim utilise Brigitte Bardot pour créer le scandale, il propose un personnage qui n'a aucune culpabilité, aucun tabou par rapport à la société.

Jusqu'à 'Et Dieu créa la femme', Brigitte Bardot est la petite fiancée parfaite de toute la France, la petite blonde un peu idiote. Après ce film, elle devient presque une menace pour l'ordre établi, comme si elle était trop libérée pour la France. Le film est assez mal reçu et les critiques pleuvent sur son jeu d'actrice.

Aux Etats-Unis, par contre, le film la propulse au statut de star ; il va revenir en France comme un boomerang et être récupéré par les jeunes femmes qui vont s'habiller et se coiffer comme elle, et revendiquer le même type de liberté. Son rôle est absolument déterminant. Elle cristallise l'esprit du temps.

A la différence de Marilyn Monroe, qu'elle admirait beaucoup, Bardot n'est pas cette femme-enfant hyper sexualisée mais vulnérable, elle est plutôt la prédatrice que la proie. Elle ne joue pas la femme fatale à l'américaine. Elle a d'ailleurs beaucoup lutté contre certains rôles qu'on voulait lui faire jouer. Elle s'est sentie coincée dans sa carrière, d'abord par son corps qui l'a enfermée, puis par les rôles qui la conditionnaient à être la petite blonde stupide ou la victime des hommes.

"Dans la tragédie comme dans la comédie, les schémas narratifs sont toujours extrêmement patriarcaux, elle est toujours la victime des hommes, alors que son personnage apporte une révolution incroyable", analyse Dick Tomasovic.


Des rôles intenses

En 1958, dans 'En cas de malheur' de Claude Autant-Lara, Bardot est face à Gabin. Le film est important parce que c'est la rencontre de deux monstres sacrés, de la minéralité froide de Gabin, assez coincé dans le rôle de l'amant transi, et de l'animalité foisonnante de Bardot.

En 1960, autre film important, de Henri-Georges Clouzot : 'La Vérité'. Ce rôle arrive au moment où elle est lassée des rôles de comédie et de blonde idiote et où elle a envie d'un grand rôle de tragédienne. Ce film est exigeant pour elle, avec des scènes très intenses.

"On sent à quel point tout est porté par un phrasé chez Bardot : quand elle chante, on dirait qu'elle parle et quand elle parle, on dirait qu'elle chante. Il y a une voix d'entre deux, entre la chanson et la déclamation, qui donne une distance par rapport au propos, une théâtralité permanente, qui donne un type de jeu qu'on pourrait dire moderne, même si ce n'est pas très conscient chez elle, en rupture avec tout ce qu'on a vu et entendu jusque là."

Puis vient, en 1963, 'Le Mépris' de Jean-Luc Godard, un métafilm autour de la figure et du corps de Bardot. Godard s'approprie l'image nue et allongée de Bardot que l'on a déjà vue plusieurs fois au cinéma. Il utilise Bardot pour séduire. Le mépris qu'elle manifeste dans le film annonce en quelque sorte celui qu'elle aura pour le métier, au moment où elle décidera de tout arrêter.

Dick Tomasovic retient de Bardot l'immense actrice qui a vraiment changé le jeu et les possibilités du cinéma. Elle a pu passer d'un cinéma très formaté à un cinéma moderne, avec Godard et bien d'autres. Cela prouve qu'elle était bien au-delà du jeu de la blonde idiote...

Ecoutez ici l'intégralité de l'entretien

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