Benoît Standaert : "Plus on descend dans sa pauvreté, plus il ne reste plus que Dieu"

Qui sont les ermites d’aujourd’hui ? Qu’expérimentent-ils dans leur ermitage ?

L’un d’eux, le moine bénédictin belge Benoît Standaert, nous parle de son mode de vie et nous livre ses réflexions sur l’humilité. Il rêve d’un christianisme humble. 

Benoît Standaert publie Journal de l’humilité (Ed. Salvator).

Depuis 6 ans, Benoît Standaert vit environ 3 semaines sur 4 dans l'ermitage de Bévercé près de Malmedy, qui date du 15e s. 

"Cette vie est une variante du modèle monastique, avec d'autres démons que ceux que l'on connaît en vivant en communauté. Et donc, je suis en rodage pour apprendre à gérer les démons de l'ermite. Mais la chose la plus précieuse pour moi, c'est l'ouverture du temps. Dans un cenobium, tout est plus ou moins réglé par un horaire, par une cloche, par un comportement collectif. En dehors de ce module, on est assez libre. Tandis que l'ermite est entièrement libre mais il doit prier tout le temps, nuit et jour."

 

Mieux se tourner vers Dieu

"Plus le dépouillement s'accomplit, faute de distractions, faute de concentration sur des choses secondaires, et plus on descend dans sa pauvreté, plus il ne reste plus que Dieu", c'est la définition de l'ermite que donne Benoît Standaert. 

"Les démons, ce sont des tendances au fond de l'homme. Quand on sort du cadre du timing, on peut tomber dans la paresse, dans la léthargie, dans l'indifférence complète. (...) L'autre tentation, c'est de monter trop haut, d'être dans les nuées, dans une contemplation qui perd un peu les pédales du réalisme d'une vie."

Benoît Standaert, lui, n'est pas complètement déphasé de tout. Il a une messe le matin à 8h, à laquelle assistent quelques personnes. "C'est eux mes garde-fous nécessaires". Il y a aussi tout le monde animalier, les rossignols, les chevreuils...

Il lui faut peu de choses, de moins en moins. "Sans livres, je ne pourrais pas vivre. Tout le reste est très secondaire. (...) L'amitié est importante, les connexions. Il y a internet. La correspondance e-mail est du pain quotidien, pour tout le monde, y compris pour moi." 

 

Rejoindre l'humble

Est-il humble ? "Je dirais que oui, mais si je le sais, je ne le suis plus."

"La vérité quant à l'homme, c'est d'être capable de se regarder tout à fait en face au milieu des autres hommes et sous le regard de Dieu. L'humilité se dégage surtout sous le regard de Dieu. Devant Dieu on ne peut être que humble. Il y a des gens qui ne sont pas croyants mais qui ont un rapport à l'absolu."

L'humilité est devenue une qualité extraordinaire en milieu chrétien, par la figure même de Jésus. Mais l'humilité ne marche pas toute seule. Elle a besoin de patience et de douceur. Ses tuteurs sont le dépouillement et le combat contre l'amour-propre. "Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi", dit Saint-Paul. "Ce moi est au service entièrement d'un Christ rayonnant, d'un Dieu pénétrant, d'une patience divine qui traverse tout l'être." Mais il y a des laïques beaucoup plus humbles que les moines, nous dit encore Benoît Standaert.

 

Pour un christianisme humble

"Ce serait un mouvement qui ne menace personne mais qui fertilise une société de l'intérieur, par des qualités d'humilité justement et non pas de possessivité ou de domination. Et qui est capable de dialogue, par une christologie également très humble, capable de rencontrer Mahomet, Bouddha, Moïse et les traditions religieuses entre lesquelles il est urgent que nous construisions une véritable paix." 

Pour lui, le christianisme est trop arrogant et n'est pas prêt à se déconstruire jusqu'à rejoindre ce Christ humble.

 

Comment atteindre l'humilité ?

C'est en faisant toujours plus silence et en s'émerveillant. "Car parfois j'ai l'impression que le rossignol est plus près de Dieu que moi et que moi près de lui. Car il fait tout ça pour rien et nous faisons tout parfois encore avec un programme, avec un projet, avec une intention seconde."

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Journal de l’humilité (Ed. Salvator)

Le désir d’être humble ! Voilà ce qui taraude Benoît Standaert depuis son plus jeune âge. 
À partir d’août 2007, ce moine bénédictin, devenu ermite, a relevé dans les pages d’un cahier ses expériences et ses réflexions pour approfondir sa quête. Dans le sillage des Pères du désert ou des mystiques flamands Ruysbroeck et Dom André Louf, ce moine d’aujourd’hui rappelle que le secret de la foi, de la joie chrétienne, n’a qu’un nom : l’humilité. C’est par l’humilité qu’on devient pauvre de coeur et c’est par l’humilité que l’Évangile vaincra toutes les résistances, à commencer par les nôtres ! Un plaidoyer remarquable pour un christianisme humble.  



Benoît Standaert est moine de l’abbaye bénédictine Saint-André à Bruges. Bibliste et théologien, il a enseigné à Rome, à Jérusalem et en Inde. Il a passé de longues années à la rencontre des traditions spirituelles et monastiques du monde entier. Aujourd’hui, il vit en ermite en Belgique. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages : L’Évangile selon Marc : commentaire (Éditions du Cerf), La prière (Anne Sigier), La sagesse comme art de vivre : abécédaire de la vie spirituelle (Bayard) et Les trois colonnes du monde (Albin Michel). Chez Salvator, il a publié, en 2016, Le Désir désiré, un commentaire du livre biblique du Cantique des Cantiques.

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